Gilles d’Elia dans les carnets de la création – France Culture –

…par provocation je dis que suis “réactionnaire” — ça veut dire “classique” en réalité — c’est-à-dire que beaucoup de mes photographies auraient pu‚ en matière de composition‚ être prises il y a trente ans voire même avant‚ alors que les formes photographiques ont évoluées (…)


Pour réussir une photo‚ je pense qu’il n’y a pas de trucs techniques. (…) La chose la plus difficile‚ c’est d’arriver à devenir amoureux du hasard. (…) Mais pour devenir amoureux du hasard et arriver à le repérer‚ il faut se défaire de toutes les catégories de pensée‚ être disponible et ne pas réfléchir. »

Interview à écouter ici : Les carnets de la création.

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Le Seigneur des Anneaux, Tome 3 : Le Retour du Roi – J.R.R. Tolkien –

index– Voilà. C’est fini.
– Tu as enfin franchi le pas ! C’est pas trop tôt non ? Depuis le temps qu’il traînait dans ta biblio !
– Il traînait pas. Il était en attente… Nuance ! J’ai tout fait, tu sais, pour ne pas en finir. Je l’ai relégué au fin fond de ma PAL pour ne pas voir s’afficher ce foutu mot fin ; mais il y a bien eu un moment où je pouvais plus reculer…
– Je sais pas comment tu fais. Moi, je ne peux pas attendre. Quand ça me plaît, peu importe que ça fasse deux ou quinze tomes, je les aligne à la suite et vas-y ! Je n’en sors pas avant d’avoir lu la dernière ligne !
– Bah, moi tu vois, c’est tout le contraire. J’ai pas envie d’en finir. Je le mets un peu à distance, comme ça je me dis que j’en ai encore un sous le coude. Un petit précieux à lire. Et puis, je pensais que le meilleur moment pour l’ouvrir serait Noël. Alors j’ai patienté…
– Et alors, t’en as pensé quoi ?
– Ça ne s’entend pas quand je t’en parle là comme ça, mais je peux t’assurer que mon petit cœur de guimauve a dégusté : il a souffert mille tourments dans les nombreuses batailles, il a failli pas repartir à plusieurs reprises et tu le connais, parfois il a un peu déconné…
– Déconné ?!?images
– Bah oui, quoi ! Il lui a pas fait de cadeau à Frodo ! Je ne te raconte pas le nombre de fois où il a eu envie de lui coller un bon coup de pied au cul pour qu’il se bouge et reparte. Je te le dis : j’ai honte pour lui. Que veux-tu, il a oublié le pouvoir de l’anneau ; il a oublié tout ce qu’il a pu en baver ce petit hobbit. J’avais beau le lui répéter, rien n’y faisait, c’était toujours « Sam ceci, Sam cela »… enfin bon, mon petit cœur de guimauve, il a tendance à trouver que le vrai héros, c’est pas celui qui s’est trimballé l’anneau… Puis, je te cache pas qu’il a eu du mal à s’attacher à Faramir, bien que toute ma tête lui disait :  « c’est un bon gars, pas un taré comme son père, alors, vas-y quoi, fais-lui confiance, au moins un peu, tu verras bien ce qu’il a dans le ventre… »
– Attends là ! Mais Faramir, c’est un personnage fabuleux. Il doit gérer la perte de son frère, un père qui flanche au moment où tout le monde compte sur lui, qui se laisse aller à la colère et à la folie… Il fait ses preuves, s’accroche et ne lâche rien ! Je l’adore moi, Faramir !
images– Oui, je sais. Mais mon petit cœur grenadine, il n’a pas encore fait le deuil de Boromir. Alors à Faramir, il a eu du mal à lui ouvrir ses portes. Faut dire : Boromir quand même ! La marche était haute ! Et puis, petit à petit, il lui a fait une place. Puis, y a eu la fin. J’ai eu peur que ça l’achève pour de bon. Je ne te raconte pas après, la vie de dingue qu’il m’aurait menée…
– Oui, la fin. Je m’en souviens comme si c’était hier et pourtant je l’ai découverte quand j’étais môme ! Ça date, je sais, tu vas me dire. Mais il y a des fins qui ne s’oublient pas… et celle-là, je l’ai rejouée tellement de fois dans ma tête, dans mes rêves ! Je ne voulais pas les laisser partir pour les Havres. On savait tous que dès qu’ils quitteraient la rive, ils seraient foutus. Combien de fois j’ai supplié l’esprit de Tolkien de ré-écrire juste ça ! Ou au moins de me laisser Frodon. Au moins un ! Mais non… J’étais môme, je te dis. Mais je ressens encore tout cela. Même maintenant, ça brûle encore…
– Je comprends. Je voulais pas rouvrir la blessure…
– Justement ! Tu sais quoi ? On va aller se regarder le premier film. Enfin, seulement si tu m’assures qu’on mettra pas un an avant de voir le suivant !
– Vas-y, moque-toi… Mais t’inquiète, on va faire mieux que ça : On va se faire une nuit Tolkien ! On commencera par Bilbo, s’il le faut, mais je t’assure qu’on va y passer la nuit !
– Ok, mais on ne dit rien aux gamins ! Pas de blague…
– Ça marche !

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4ième de couv :

Avec « Le Retour du Roi » s’achèvent dans un fracas d’apocalypse les derniers combats de la guerre de l’Anneau.
Tandis que le continent se couvre de ténèbres, annonçant pour le peuple des Hobbits l’aube d’une ère nouvelle, Frodon poursuit son entreprise.
Alors qu’il n’a pu franchir la Porte Noire, il se demande comment atteindre le Mont du Destin. Peut-être est-il trop tard : le Seigneur des Ténèbres mobilise ses troupes.
Les Rohirrim n’ont plus le temps d’en finir avec le traître assiégé dans l’imprenable tour d’Orthanc ; ils doivent se rassembler pour faire face à l’ennemi.
Tentant une fois de plus sa chance, Frodon passe par le Haut Col, où il sera livré à l’abominable Arachné. Survivra-t-il à son dangereux périple à travers le Pays Noir?

L’accordeur de silence – Mia Couto –

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– Je suis mon venin.

La nuit, sa langue se dépliait comme un serpent. Il se réveillait, le goût du venin à la bouche, comme si le diable l’avait embrassé. Tout ça parce que le sommeil du soldat est un lent défilé de morts. Il se réveillait comme il vivait : tellement solitaire qu’il s’entretenait avec lui-même à seule fin de ne pas oublier la parole humaine.

 

Lettre à Théo, janvier 1886 – Vincent Van Gogh –

Dirons-nous, à l’instar des lâches et des imbéciles : plus moyen, nous n’avons pas d’argent, il n’y a rien à faire ?

Je réponds : Non !

Voilà ce que nous dirons et nous le dirons en chœur, si tu veux bien. Nous serons pauvres et nous souffrirons la misère aussi longtemps qu’il le faut, comme une ville assiégée qui n’entend pas capituler, mais nous montrerons que nous sommes quelque chose.

On est vaillant ou on est lâche.

Lettre à Théo, janvier 1886 - Vincent Van Gogh -sept esquisses de mains – Anvers – 1886

Le second souffle – Philippe Pozzo di Borgo –

A l’hôpital, j’ai découvert la misère de la douleur, la solitude des estropiés, l’exclusion des vieux, des non-productifs, la perte d’innocence de tant de jeunes. Jusqu’à ce que l’accident me fasse entrevoir l’immensité de cette souffrance, j’en étais protégé !
(…)
Je n’ai pas encore donné un sens à l’accident.

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Interview de Phlippe Pozzo di Borgo, 2013 :

Manifeste Incertain 5 – Frédéric Pajak –

nuemptpint85Les mangeurs de pommes de terre – Vincent Van Gogh –

Que dit-il, ce tableau ? Il nous parle d’un instant qui n’éveille aucune joie, aucun appétit visible. Le mangeurs sont accablés par la vie, et Dieu sait s’ils connaissent une vie accablante, engoncés dans leurs vêtements de grossière étoffe, enfermés dans leur décor mangé d’ombre.
Mais il est humain, ô combien, ce petit peuple qu’aucun soleil ne caresse, humain d’une humanité cachée, honteuse, et partout répandue dans ce pays paysan.

C’est une scène christique sans Christ – sinon sur le mur où est accrochée une petite image de la Crucifixion -, une scène abandonnée de Dieu, dans laquelle les supplices et les violences de l’Ancien Testament ne sont que misère ordinaire, temps suspendu, corvées et gestes répétés. Ont-elles seulement prié, ces pauvres créatures ? Ont-elles levé les yeux aux ciel ? Mais il n’y a pas de ciel. Juste des patates en guise d’hosties.

Ce tableau est hideux, sa maladresse criante jusqu’au malaise. Il écœure, et fait appel au plus abject de la compassion. Mais soudain, Vincent est là. Il s’assoit à table, prend la main de chacun, bénit le plat de patates. Il se recueille, drapé dans sa pitié immense : il ne juge pas, il est simplement là, les larmes plein les mains, embrassant toute l’horreur du monde, laissant hurler les mots des Écritures, offrant ses coups de pinceau pour un salut qui ne viendra pas. Il a peint son Évangile à lui, il en est le Rédempteur, l’âme guérisseuse qui baise les pieds de ceux dont il n’est même pas digne.

Il accomplit une œuvre hautement religieuse, sans rien du fatras grandiloquent de la peinture de genre, surchargée d’enfants divins tétant au sein, de miracles, de supplices, de calvaires, de résurrections. Sur sa toile à lui, il n’y a que de pauvres gens autour d’un pauvre repas : et tout est dit.

 

Manifeste Incertain 5 – Frédéric Pajak –

indexVincent Van Gogh. Depuis des années, je lis, regarde, cours après tout ce qui parle de lui. Avec parfois de beaux coups de cœur et quelques déceptions. Et puis j’ai découvert le Van Gogh de Frédéric Pajak… Là où d’autres nous offre leur érudition, lui nous prend par la main et nous donne à voir, à aimer, cet être saugrenu, un peu barré, un peu illuminé, qui deviendra, à force de passion et d’acharnement, le peintre que nous admirons. Ce n’est pas un critique qui parle, c’est avant tout un artiste, qui laisse le mythe de côté pour évoquer le peintre en devenir et sa fragile humanité. Peut-être est-ce ce qui fait la différence ? Pajak a en plus des mots, son trait d’encre noire pour nous livrer son Van Gogh. Il remet l’homme au centre de sa création. Cet homme hors norme, un peu fou, avec ce désir d’absolu et cette intransigeance qui va le conduire à ne jamais abandonner cette quête du trait, du rendu parfait, non de la réalité, mais de ce qui est vu !

Il voudrait pouvoir dessiner en quelques traits ; il voudrait croquer les passants dans les rues et sur les boulevards, et explorer ainsi des motifs nouveaux.

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Toute œuvre nouvelle balbutie longtemps avant d’exploser à la face de ses voyeurs. Vincent est en grand apprentissage ; jeté au milieu des peintres de la peinture nouvelle, il cherche sa propre éloquence.

C’est ce cheminement auquel nous invite Frédéric Pajak, des mineurs du Borinage aux paysans, en passant par la capitale de France, pour finir par l’explosion des couleurs du midi et l’accablement devant cette tâche immense !

Comme Van Gogh qui peint sans se préoccuper de ce qui plaît, se vend, s’expose, Pajak suit son bonhomme de chemin avec son Manifeste Incertain en racontant et croquant ce qui lui importe et non ce qu’un éditeur attend de lui. L’histoire nous montre que c’est souvent le meilleur moyen de ne pas vivre de son art. Mais qu’importe… Ce n’est tout compte fait pas un choix, mais une nécessité !

Je me suis souvent demandée, si j’avais été une de ses contemporains, quel accueil j’aurai réservé à Van Gogh ? Aujourd’hui, tout le monde, à la quasi unanimité, s’extasie sur son travail d’artiste, ses œuvres et connaît plus ou moins sa vie : de ses accès de folie, sa relation fraternelle indestructible avec Théo, à son oreille coupée et sa mort tragique.
Van Gogh, c’est un mythe : celui de l’artiste sans le sou, qui meurt dans un dénuement terrible alors que les ventes de ses peintures s’élèvent actuellement à des millions de dollars… Combien d’entre nous aurait donné 10 francs pour l’achat d’une de ses croûtes ? Combien d’entre nous s’attardent aujourd’hui dans les ateliers ou expo d’artistes et sortent quelques billets pour l’achat d’une œuvre d’un(e) illustre inconnu(e) mais qui peut-être… ? Je crois que là on tient un début de réponse…

Bien sûr, tous ne seront pas Van Gogh, mais à combien donnons-nous la chance les moyens de pouvoir continuer de créer ?

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4ième de couv
:

En découvrant le roseau de Camargue à Arles en 1888 — deux ans avant sa mort —, Vincent Van Gogh révolutionne l’art du dessin, en même temps qu’il introduit dans sa peinture une gestuelle directement transposée de ce trait nouveau.

Le dessin et la peinture ont été pour lui, on le sait, un véritable chemin de croix, depuis ses premières esquisses malhabiles jusqu’à ses œuvres flamboyantes. Dix ans d’acharnement qui le conduisent d’un médiocre talent au génie le plus incontestable. Dans ce cinquième Manifeste incertain, Frédéric Pajak se propose de retracer scrupuleusement l’errance solitaire de Vincent, de sa Hollande natale jusqu’à Auvers-sur-Oise, en passant par Londres, le Borinage, Paris, Arles et Saint-Rémy.

Errance existentielle, errance artistique, cette biographie écrite et dessinée met l’accent sur des épisodes peu connus ou mal interprétés de sa vie, notamment de son enfance. La légende de Van Gogh est ici examinée, en particulier son supposé suicide, revu à la lumière du témoignage tardif d’un meurtrier présumé.

De la curiosité – Alberto Manguel –

De la curiosité - Alberto Manguel -Ce que nous désirons savoir et ce que nous imaginons sont les deux faces d’une même page magique.

L’une des expériences communes à la plupart des vies de lecteurs est  la découverte, tôt ou tard, d’un livre qui mieux que tout autre favorise l’exploration de soi-même et du monde, qui paraît inépuisable en même temps qu’il concentre l’intelligence d’une manière intime et singulière sur les détails les plus minuscules.

De la curiosité - Alberto Manguel -

Kinderzimmer – Valentine Goby –

Kinderzimmer - Valentine Goby -« Est-ce que l’enfant étouffe sous le béton du ventre ? Est-ce que ça le brise comme ça fracasse les reins ? »

« trois heures ou toute la vie, toute la vie c’est peut être moins que ça. »

« Partir. Maintenant. Comme ça. Être libre. Libre de quoi. »

« silencieuses et perdues à cause de ce mot, frei, libres, elles en ont rêvé et maintenant qu’en faire ? »