Les vils veinards – Paul Durham –

51Xk3WLUpJL._SX195_Les vils veinards commence par une course poursuite : Rye est pourchassé par le patron du « Poète en colère », un bouquiniste à qui elle a volé un livre. Mais pas n’importe quel livre. Celui-ci détiendrait la clef de bon nombre de secrets bien gardés de Noyé-sous-mer. Rye et ses amis ne voulaient pas le voler, mais seulement y jeter un œil et le remettre à sa place en toute discrétion. Mais voilà, les choses ne se sont pas passées comme ils l’auraient souhaité, les embarquant dans une aventure qui va les amener à croiser la route du comte de Longchance, du chef des vils veinards et de bien d’autres énergumènes tout aussi peu engageants les uns que les autres.

Demander aux Vils Veinards de résoudre nos problèmes, c’est comme demander aux guêpes de chasser les mouches. Une fois les mouches parties, qui les guêpes vont-elles piquer, à votre avis ?

Paul Durham a su me séduAVT_Paul-Durham_1548ire avec son récit destiné à un public jeunesse mais qui se lit franchement avec plaisir à tout âge. Ses personnages sont attachants – humains ou non – Nox le chat a d’emblée retenu mon attention. Et pas seulement pour son côté félin… Il y a une sorte de mystère qui plane sur la famille de la jeune héroïne ; on ne sait pas trop bien dans quel camp elle se trouve, mais on pressent très vite que tous ses membres sont bien plus que ce qu’ils prétendent être.

Les illustrations de Zac Gorman accompagnent fort bien l’écriture de Paul Durham et donne une consistance aux personnages et aux actions qui ne manquent pas, et aèrent un peu le contenu assez dense et rythmé de ce livre ; mais je vous rassure, même un jeune lecteur ne verra pas passer ces 480 pages.

Un premier tome engageant qui donne envie de poursuivre les aventures de Rye et ses amis. Ne reste plus qu’à attendre la traduction des deux autres tomes…

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4ième de couv :

Parfois, seuls les méchants peuvent nous sauver…
Un village encerclé par les monstres et les légendes ; de mystérieux hors-la-loi dont on chuchote le nom, mi-fasciné mi-terrifié : un récit de fantasy dense, accessible dès 10 ans.

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Hôzuki – Aki Shimazaki –

indexPremier livre ouvert d’Aki Shimazaki pour moi et une belle lecture. Nous découvrons petit à petit l’histoire de Tarô, jeune garçon de sept ans, sourd et muet et de surcroît métis, dans un Japon qui semble réfractaire à la diversité ethnique, et de sa mère Mitsuko. Celle-ci tient une petite librairie de livres d’occasions spécialisée dans les sciences humaines et notamment la philosophie. Mitsuko a ses clients habitués ; alors le jour où elle voit arriver dans sa boutique une femme et sa petite fille en kimono traditionnel, elle est intriguée par ces nouvelles venues. Elle ne sait pas encore que cette rencontre va lui faire revivre un passé qu’elle tait et qu’elle souhaiterait parfois oublier…

Il est question de philosophie (celle qu’on apprend dans la vie ou dans les livres)…

– Alors quel est le but de la philosophie ?
– C’est de se demander comment vivre jusqu’à la mort, pourquoi on est né dans ce monde, surtout de comprendre ce que signifie le monde.
Je le taquine :
– Pourquoi tant compliquer ?
– Alors dis-moi ce que tu penses !
– La différence est simple. La religion, c’est de croire, et la philosophie, c’est de douter.

index… de la langue japonaise : ses nuances, ses caractères et sa graphie, et d’amour maternel.

– Tarô…
– Oui, maman ?
– Tu es né pour me sauver la vie.
– Tu m’as déjà dit ça, mais tu m’as eu parce que je voulais être ton enfant.
– Alors, nous avons besoin l’un de l’autre.

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4ième de couv :

Mitsuko tient une librairie d’occasion spécialisée en ouvrages philosophiques. Elle y coule des jours sereins avec sa mère et Tarô, son fils sourd et muet. Chaque vendredi soir, pourtant, elle redevient entraîneuse dans un bar haut de gamme. Ce travail lui permet d’assurer son indépendance financière, et elle apprécie ses discussions avec les intellectuels qui fréquentent l’établissement. Un jour, une femme distinguée passe à la boutique accompagnée de sa fillette, et les enfants de chacune sont immédiatement attirés l’un par l’autre. Sur l’insistance de la dame et pour faire plaisir à Tarô, bien qu’elle évite habituellement de nouer des amitiés, Mitsuko acceptera de les revoir. Cette rencontre pourrait toutefois mettre en péril l’équilibre de sa famille. Aki Shimazaki sonde ici la nature de l’amour maternel. Tout en finesse, elle en interroge la fibre et la force des liens.

La Route chante – Lhasa de Sela –

index

J’ai encore souvenir de la première fois où j’ai entendu sa voix. Ce que je faisais. Où j’étais. Cette silhouette gracile, fragile et cette chanson envoûtante au timbre inimitable. C’était la confession.

Je ne veux pas me souvenir du jour où j’ai appris sa mort. Il y a des artistes qui ne quittent jamais vraiment la scène. Lhasa de Sela est de ceux-là. Elle arrivait doucement, timide, le sourire aux lèvres, souvent habillée de noir, ses musiciens à ses côtés, et la magie opérait dans l’instant.

Je passe dans cet endroit, je ne le reverrai plus, mais pour pour cet instant c’est chez moi, c’est l’endroit où je suis, où mon cœur bat, c’est mon pays, et c’est ma vie.

Textuel Musik lui a laissé carte blanche dans ce petit livre : une belle façon de la découvrir et de s’émerveiller de toute la diversité, la richesse de son univers.

Écrire une chanson, c’est comme trouver une trame, un fil magique qu’on suit.

Lhasa en a fait un objet d’art entre carnet de route et journal intime. Elle nous dévoile son enfance, sa vie de bohème sur les routes du Mexique, des États-Unis, … et cette formidable liberté comme moteur de création.

index

J’ai lu ce livre avec des yeux d’enfant, m’émerveillant de ses peintures et dessins au stylo bic, admirative devant son absence de concession dans son processus de création et de sa formidable capacité à aimer et partager.

La Llorona, qui figure sur la pochette du disque, est de ma main. J’avais besoin de mettre le doigt sur ce personnage de pleureuse, de le voir représenté.

Il n’y a pas chez elle de frontière entre l’art, la joie, la souffrance, la vie (vraie ou rêvée)… tout cela est à la fois esprit et matière. Tout cela fait ce qu’elle est et ce qu’elle nous offre en partage.

Tout est vivant, il faut faire attention à ce qu’on créé. Si un jour on donne la vie à ces personnages, et qu’ils se lèvent et se mettent à marcher, comme ils vont m’en vouloir de les avoir si mal dessinés !

Écoutez Lhasa ! Écoutez-la…

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4ième de couv :

Silhouette sombre et gracile, enfance itinérante et identité folâtre, Lhasa raconte ici ses mondes sous forme de contes. Elle livre sa quête : la recherche de l’intensité émotionnelle, la vérité du rêve, ce qui fait signe et ce qui fait sens. Envoûté, vous commencez à voir comme Lhasa voit : le monde nettoyé des frontières où l’animé et l’inanimé, les hommes et les bêtes, les fleurs et le bitume sont du même tissu sans coutures. Ces pages, mystiques sans y songer, où peintures, notes et mots voisinent, nous dévoilent Lhasa, qui nous dévoile le monde.

Les Vils Veinards – Paul Durham –

51Xk3WLUpJL._SX195_Je crois, Riley, qu’on est tous hantés – hantés par ceux qu’on a aimés, mais qui ne sont plus parmi nous. Voilà où vont les morts. Et plus on a aimé de gens, ou plus on a fait de rencontres, plus il y aura de personnes qui nous garderont dans leurs cœurs. Pour toujours.
– Et les fantômes qui hantent ce cimetière, alors ? Ou les cachots de la forteresse Longchance ? Ou la cave à vin de l’auberge du Poisson-Mort ?
– Peut-être que les fantômes qui arpentent ce cimetière se sentent très seuls. Qu’ils n’ont pas de cœurs où se réfugier.

FUTU.RE – Dmitry Glukhovsky –

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Moi aussi j’aurais dû naître fainéant, insouciant, dans ce jardin paradisiaque, tenir les rayons du soleil pour acquis, ne pas voir les murs ni en être effrayé, vivre libre, respirer à pleins poumons ! Et au lieu de ça…
J’ai commis une seule et unique erreur – je suis sorti du ventre de la mauvaise mère – et maintenant je le paye toute mon interminable vie.

Le quartier américain – Jabbour Douaihy –

41ybnA337EL._SX210_J’ai l’impression d’être passée à côté de ce livre : ni déçue, ni emballée… Et pourtant, son propos est on ne peut plus actuel : Jabbour Douaihy nous parle d’intégrisme religieux, de la Syrie et de ses habitants, de Tripoli (ses beaux quartiers aux ambiances feutrées et son quartier américain, le plus pauvre de la ville, où tout n’est que bouillonnements et vie), du quotidien des femmes et des luttes anciennes et nouvelles, puis de l’exil aussi…

Il y a un beau portrait de femme, celui d’Intissâr, fil conducteur du récit, qui va faire lien entre deux autres personnages que tout oppose : son fils Ismaïl (jeune homme désœuvré) et Abdel-Karim (fils d’une famille de notables pour laquelle Intissâr travaille). Les deux sont tout aussi paumés. Le premier, parce que sa vie ne mène à rien, enfin pas là où il aurait souhaité et le second par désespoir amoureux qui le laisse groggy tous les jours après avoir passé toutes ses nuits à pleurer sur son amour perdu, avec à pleine puissance dans les oreilles, les notes des plus beaux opéras.

Que m’a-t-il manqué pour que je l’apprécie pleinement ? J’avoue ne pas savoir trop bien. Peut-être un rythme plus soutenu, une plus grande empathie pour les personnages d’Abdel-Karim et Ismaïl ? Peut-être n’était-ce pas pour moi le bon moment pour l’ouvrir.

Et pourtant, j’ai été sensible à la détermination sans faille d’Intissâr, qui tient à bout de bras toute sa famille, aux rouages bien huilés des intégristes qui savent exploiter les failles de tous ces jeunes (manque de reconnaissance, d’emploi, d’argent…) pour mieux les amener exactement là où ils le souhaitent (à des attentats suicides) et cette idolâtrie du martyr qui en fait rêver plus d’un et offre à la famille du sacrifié, gloire et fierté…

La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose 2 – Diane Ducret –

imagesDans mon souvenir elle n’avait pas d’âge, puisqu’elle avait disparue avant que le mien n’ait deux chiffres. Je m’étais imaginée qu’elle était à peine sortie de l’adolescence à l’époque où elle m’avait perdue, inconsciente elle-même des responsabilités d’une mère. Trois décennies sur terre et j’ai toujours l’impression d’avoir les deux pieds dans le même soulier, comment jeter la pierre à une gamine ? Mais elle avait quarante ans, ma mère. Elle porte à présent un masque sur le visage, relié à une sorte d’accordéon qui se gonfle et se rétracte pour la faire respirer. J’ai passé l’âge du goûter. Personne ne viendra plus, je dois rejoindre la cour des presque grandes personnes, où je vois mes amies préparer à leur tour des goûters pour de petits êtres qui leur tendent des visages pleins de dents de lait et de pourquoi. Moi, fille de personne, je n’arrive pas à m’imaginer devenir un jour mère de quelqu’un.