Toutes les vagues de l’océan – Victor del Arbol –

La joie était une arme contre laquelle les puissants ne pouvaient rien.

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1980 – Le ravissement de la parole – Marguerite Duras –

1980 - Le ravissement de la parole - Marguerite Duras -

On ne peut pas être sur tous les fronts en même temps… C’est…un dépeuplement de la vie quand même. Quand je pense à ma vie, je pense que j’ai été quand même très absente. 

Sauf peut-être de l’amour de mon enfant.

Absente, ça écrit tout le temps, c’est-à-dire, c’est pas seulement quand on écrit, c‘est un « quant à soi » qui est complètement impérieux, qui… qui ne cesse jamais qui…. dont on est complètement la proie, la victime, enfin… C’est assez horrible, comment vous dire…
Après chaque livre je me dis que c’est fini que je ne peux plus vivre comme ça dans cet… cet aparté infernal.

Il n’y a pas… Il n’y a pas d’écriture qui vous laisse le temps de vivre… Ou bien, il n’y a pas d’écriture du tout. 

Vous savez c’est ce que je pense, et puis ce que vous mettez dans le livre, ce que vous écrivez, c’est ce qui sort de vous, qui en passe par vous plutôt. Puisque c’est ça en définitif le plus important de tout ce que vous êtes. Vous ne pouvez pas faire l’économie de ça. Si vous faites l’économie de ça en faveur de la vie vécue, vous n’écrivez pas.

On n’est personne dans la vie vécue, on est quelqu’un dans les livres.
Et plus on est quelqu’un dans les livres, moins on est dans la vie vécue.

Le miroir aux alouettes – Michel Onfray –

téléchargementPenser ce que pense l’autre parce que son support passe pour le summum de la bienséance intellectuelle ou politique, ça n’est pas penser mais dodeliner de l’intelligence.
(…)
Qui peut avoir assez de liberté, d’esprit critique, d’intelligence rebelle et libertaire, pour s’affranchir de journaux qu’il croit libres, de journalistes qu’il estime honnêtes, d’éditorialistes qu’il suppose sincères, lorsqu’il s’agit de se faire un avis ?

Mistral perdu ou les événements – Isabelle Monnin –

indexJ’ai été stagiaire, non rémunérée, quatre mois ici, deux mois ailleurs, une semaine là, on me propose cette fois un contrat de trois mois. On dit un CDD, durée déterminée. Dans la rédaction, nous sommes un maigre bataillon de jeunes, ils nous appellent « les petits », c’est affectueux. Entre nous dansent les deux sœurs jumelles, invitées qu’on nous impose, elles s’appellent Rivalité et Précarité. La première s’incruste comme une sangsue, l’ignorer ne la décourage jamais. La seconde est une redoutable tatoueuse. Elle imprime à nos peaux la place qu’on nous accorde. Fragile, inférieure, inquiète. C’est comme un premier regard, une assignation : nous ne serons jamais que des hôtes chanceux à la table des grands. Chaque jour implique de faire ses preuves, et chaque jour durera longtemps ; c’est épuisant mais se plaindre serait indécent et inutilement coûteux en énergie.

Les frères Lehman – Stefano Massini –

CVT_Les-freres-Lehman_5717Alors vous aimez le paysage, Mister Lehman ?
Voyez comme le caféier est beau,
il ne pousse qu’autour de l’Équateur…
Aussi, pour en boire une tasse,
il faut l’acheter chez nous, ou en Afrique…
En Éthiopie, raconte-t-on, les coûts sont minimes :
là-bas, les indigènes crachent leur sang
pour une gamelle de soupe et une cabane.
Ici c’est un peu différent
mais comme le trajet est plus court,
il n’y a pas d’Éthiopiens pour me faire concurrence,
du moins en Amérique :
moi je vous vends des sacs au prix qui est le mien,
après quoi, si vous le voulez le marché vous appartient :
de la Floride au Canada Dieu sait combien il faut de café,
et Lehman Brothers peut nager dedans !

Utopies réalistes – Rutger Bregman –

index« C’est une génération où on dit à chaque enfant : « Tu peux devenir ce que tu choisiras d’être. Tu es spécial », explique Twenge. Nous avons été élevés à doses régulières de narcissisme, mais nous sommes de plus en plus nombreux à nous écraser ou à nous brûler les ailes dès qu’on nous lâche dans le grand monde des possibilités illimitées. Le monde s’avère froid et dur, la compétition et le chômage font rage. Ce n’est pas un Disneyland où il suffit de faire un vœu en regardant une étoile pour voir ses rêves réalisés, mais une foire d’empoigne où l’on assume seul la responsabilité de ses échecs.

La littérature… Mark Greene –

La littérature... Mark Greene -

La littérature est presque toujours une affaire de vieux garçons. Certains peuvent avoir été des Casanova, avoir eu du succès avec les filles, mais, au fond, on écrit parce qu’on n’est pas très heureux en amour, qu’il y a quelque chose qui n’est pas accompli de ce point de vue-là. Quand on s’intéresse aux livres, à la fiction, à l’imaginaire, c’est que la vie de tous les jours est incomplète…

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar – Antoine Choplin –

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar - Antoine Choplin -

Je me dis que le théâtre doit au contraire puiser dans la réalité pour raconter des histoires. C’est là sa mission et que c’est comme ça qu’il est le plus fort. Qu’il n’a à se soucier de rien d’autre que ça, reproduire la réalité pour qu’on ait juste la possibilité de la regarder mieux, autrement, grâce à lui.

Le sillon 2 – Valérie Manteau –

Le sillon 2 - Valérie Manteau -

Toutes deux d’habituelles marcheuses de nuits solitaires et glacées, on est dans notre élément, on se raconte des histoires d’anciennes danseuses. Asli fait en riant un entrechat un peu raide, inattendu, quand tout à coup au coin de la rue débouchent trois militaires lourdement armés, cagoulés. Probablement une ronde de nuit, conséquence de l’état d’urgence. Asli se fige. Ils viennent pour moi – et tout de suite elle se reprend, s’autocensure – tu sais, quand ils ont débarqué chez moi ils étaient des dizaines, avec les masques, ils ont braqué leur arme comme ça. Elle fait le geste de pointer vers moi et se ravise, elle pointe sur elle, en plein milieu de la poitrine, le menton levé.