Thought of You – Ryan Woodward –

 Chaque jour il faut danser, fût-ce seulement par la pensée.
Nahman de Braslaw

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Tigres et Démons – Sean Kennedy –

510GSPhfETL._SX210_Je continuai à rester là avec un chat chaud sur les genoux, le regard rivé sur le mur en face de moi. Cela semblait un moment parfait pour figer le temps, pour ne pas avoir à gérer d’autres conséquences. Des archéologues pourraient me trouver dans trois siècles environ et ne jamais connaître mon histoire ni les controverses qui m’étaient reliées. Je serais froidement répertorié dans un listing de musée et rangé dans leur section d’archives qui ressemblerait un peu au sous-sol du Pentagone dans X-Files. Et là, nous serions oubliés pour l’éternité.

Plus haut que la mer – Francesca Melandri –

CVT_Plus-haut-que-la-mer_9039Ce livre est tout en délicatesse. Et pourtant, il y est question de meurtres, de terrorisme, de mari violent et de femme battue, d’enfant perdu par la violence, aveuglé par des idéaux de justice et de droits…

Luisa et Paolo se rendent sur une île-prison de haute sécurité, pour rendre visite l’une à son mari, homme violent qui a passé plus de temps derrière les barreaux qu’auprès d’elle, l’autre à son fils, jeune homme idéaliste qui a sombré dans le terrorisme.

Ces deux êtres n’ont rien en commun à part de devoir supporter toute la souffrance, la difficulté de vivre avec ce qu’un mari ou un fils a commis.

Au fil des ans, les gens lui avaient offert consolation, pitié, certains conseils – car il se trouve des gens pour donner des conseils même à un homme dont la femme s’est laissée mourir parce que son fils était un assassin. Mais personne jusqu’alors ne lui avait donné l’impression d’être compris, avec autant de simplicité. 

Ces deux-là vont devoir passer une nuit ensemble sur cette île ; une violente tempête les empêchant de rejoindre le continent.

Ce livre a cette particularité de s’attarder sur les familles des prisonniers, les gardiens et leur entourage, et non sur ces hommes enfermés pour les actes qu’ils ont commis. C’est un point de vue différent, qui nous fait partager une autre réalité, tout aussi tragique.

Le récit de Francesca Melandri est à la fois très court et intense, profond et intimiste. Je l’ai lu comme une parenthèse, une pause au milieu de toute cette violence latente, ce mal-être et ce désespoir qui, le temps d’une rencontre, va changer leur vie.

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4ème de couv :

1979. Paolo et Luisa prennent le même bateau, chacun de son côté, pour se rendre sur l’Île. Mais ce n’est pas un voyage d’agrément, car c’est là que se trouve la prison de haute sécurité où sont incarcérés le fils de Paolo et le mari de Luisa. Ce dernier est un homme violent qui, après un meurtre commis sous le coup de la colère, a également tué un surveillant en prison, tandis que le premier a été reconnu coupable de plusieurs homicides politiques sur fond de révolution prolétarienne. L’homme et la femme ne se connaissent pas, Paolo est professeur de philosophie, mais il n’enseigne plus ; Luisa, elle, est agricultrice et élève seule ses cinq enfants. À l’issue du voyage et de la brève visite qu’ils font au parloir de la prison, ils ne peuvent repartir comme ils le devraient, car le mistral souffle trop fort. Ils passent donc la nuit sur l’Île, surveillés par un agent, Pierfrancesco Nitti, avec qui une étrange complicité va naître. Pour ces trois êtres malmenés par la vie, cette nuit constitue une révélation et, peut-être aussi, un nouveau départ.
Avec Plus haut que la mer, Francesca Melandri livre un deuxième roman incisif et militant, une superbe histoire d’amour et d’idées qui est aussi une subtile réflexion sur le langage, celui de la politique et celui du monde dans lequel nous vivons.

Le second souffle – Philippe Pozzo di Borgo –

cvt_Le-second-souffle-suivi-du-Diable-gardien_7328Le handicap, la maladie sont fracture et dégradations. Dans ces instants où l’on perçoit l’échéance de la vie, l’espérance est un souffle vital qui s’amplifie; sa juste respiration en est le second souffle.
Les coureurs de marathon connaissent le second souffle. C’est une sorte d’état de grâce. La respiration s’assouplit, devient plus profonde, la douleur disparaît. Je me suis étouffé durant quarante-deux ans. Nous nous étouffons à nous élancer trop vite, à vouloir être les meilleurs, les premiers. Ceux qui respirent mieux, au bout de quelques dizaines de kilomètres, sont ceux qui imaginent l’arrivée. Le but, c’est le festin divin, l’amour retrouvé. Cette vision de l’arrivée est essentielle.

Les Misérables, Préface – Victor Hugo –

Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.
Hauteville-House, 1er janvier 1862.

Les misérables, de Claude Lelouch – Patricia Kaas – :

Le coeur converti – Stefan Hertmans –

CVT_Le-coeur-converti_8981Il y a presque mille ans, un parchemin était jeté dans la Guenizah du Caire, ce trou sombre situé dans la synagogue, où l’on jetait tout texte invoquant le nom de Dieu, car Iahvé doit aussi le reprendre ; un être humain ne peut détruire le nom de Dieu. La lettre voltige pour rejoindre le reste, parmi les gravats et la poussière.

De nos jours, Stefan Hertmans vit à Monieux, un petit village de province où une légende court sur un trésor caché, depuis bientôt mille ans.

Ces deux évènements ont en commun un destin hors norme : celui de Vigdis, devenue Hamoutal suite à sa conversion au judaïsme par amour pour David. C’est le destin terrible de cette jeune femme que nous conte Stefan Hertmans dans le cœur converti.

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Il y a deux récits dans ce livre : celui de Vigdis, dans tout ce qu’il a de romanesque et tragique à la fois – un portrait de femme comme on aimerait lire plus souvent – ; et celui de Stefan Hertmans, écrivain curieux de percer le secret du Trésor de Monieux, qui va peu à peu se trouver obséder par le destin d’Hamoutal : Démêler son histoire, en découvrir les traces, tracer et reprendre son parcours de Rouen à Monieux, en passant par Narbonne, Alexandrie, et le Caire.

Cela paraît insensé, mais j’ai envie de voir le paysage de mes propres yeux, de m’imprégner des détails, des panoramas possibles. Je veux découvrir ce qui peut encore être visible après un millénaire. Presque rien en fait.

Envoûté par cette femme, c’est une véritable quête qu’il va entreprendre, afin de faire sortir Vigdis de l’oubli dans lequel l’a plongée le temps.

L’auteur mêle ses réflexions et l’avancée de ses recherches au déroulement de la vie d’Hamoutal. Un peu comme s’il était derrière notre épaule, guidant notre lecture, précisant au fur et à mesure la genèse de son histoire et ses choix d’écriture.

Vidocq, le Napoléon de la police – Marie-Hélène Parinaud –

Il arrive un soir, en retard et couvert de boue, pour dîner dans un restaurant où il avait rendez-vous avec des amis. Il explique alors qu’un de ses employés, ancien forçat, roulant avec son chargement de papier sur un chemin glissant avait fait verser la voiture. Pour sauver le chargement, le brave homme s’était précipité la tête la première pour soutenir les rames de papier, et s’était retrouvé coincé dessous. Vidocq aussitôt averti, accourt. Il a juste le temps de se glisser sous le timon de la charrette. Il la soulève par la seule force de son dos, sauvant son employé d’une mort certaine. L’ancien Vautrin a gardé sa haute stature à la musculature impressionnante et toute sa force. Victor Hugo à qui l’on raconte cette aventure la reprendra dans Les Misérables.

Vidocq, le Napoléon de la police - Marie-Hélène Parinaud -

Bilqiss, Remerciements – Saphia Azzeddine –

Bilqiss, Remerciements - Saphia Azzeddine -Merci à mon père Boualem Azzeddine de m’avoir saoulée toute ma jeunesse avec des conversations interminables sur les choses de la vie, d’avoir ensuite éveillé en moi une curiosité jusque-là inassouvie, de m’avoir karchérisée de culture avec ses moyens à lui, de m’avoir écrit des poèmes avec des fautes d’orthographe quand j’étais triste, de m’avoir sagement transmis sa religion plutôt que de me l’imposer bêtement et d’avoir eu une foi incommensurable en sa femme, en ses filles et en ses fils.

Éditorial de Thierry Guichard – Le matricule des anges –

imagesChanger les mots des autres c’est détricoter leurs vie et donc affirmer un pouvoir sur eux. On comprend que ceux qui s’y livrent puissent se griser d’un tel pouvoir. Mais la langue est vivante : elle se régénère dans la littérature, mais aussi au comptoir des bistrots, dans le langage de la rue, dans l’exercice d’un travail, sur les chantiers, sur les scènes de théâtre. C’est bien cette langue-là, organique et mouvante, qu’il faut faire entendre et non celle qui épingle nos vies pour les fixer sous un ciel de plomb.