La Servante écarlate – Margaret Atwood –

indexQuelle claque, mes ami.e.s ! Quelle claque !

Je savais que cette lecture allait être particulière, d’une parce qu’il est difficile de ne pas avoir entendu parler du succès et de l’impact de son adaptation télévisuelle  et de deux parce que je l’ai menée avec Aelinel. Jour après jour, nous cheminions l’une et l’autre au diapason : finissant le soir, à quelques pages près, notre lecture au même moment du récit et la reprenant avidement dès le matin suivant.

La servante écarlate a réellement remué en moi beaucoup de questionnements, fait surgir des images et des réflexions personnelles au point que plus d’une semaine après en avoir achevé la lecture, elle me taraude encore ! 

59105b093fcc1Et pourtant… dans ce récit, Margaret Atwood, ne fait que rassembler dans une même « république » ce qui existait dans notre monde à la rédaction de la servante écarlate (les femmes afghanes sont passées de la mini-jupe dans les années 70, à la burqa en 80, de la fac, des cabinets de médecine, d’avocats, … à la cuisine et au lit ; les mormones sont toujours soumises au bon vouloir des hommes et accessoirement de Dieu, et j’en passe car la liste était déjà longue à l’écriture de ce livre). Alors pourquoi s’étonner de le lire actuellement comme si c’était une prémonition ? Parce que notre monde devient de plus en liberticide ? Parce que les femmes sont de plus en plus la cible des intégrismes de tout bord ? Parce que cela commence à toucher l’occident et ses valeurs que nous croyions acquises, immuables ?

Ne nous voilons pas la face, ce dont il s’agit ici, c’est d’une société qui impose aux femmes un rôle défini préalablement par des caractéristiques fonctionnelles et biologiques : les fertiles seront des ventres voués à la reproduction, les belles de jolis ornements pour les dirigeants, les ménagères des cuisinières et bonnes à tout faire. Les soumises qui « malheureusement » n’auront pas une de ces qualités seront offertes aux bons soldats en récompense, mais pour les autres (les rebelles, les révoltées, les antifemmes), ce seront les travaux forcés avec éventuellement, avant cette dernière étape qui conduit à la mort, une escale dans les maisons closes, car il faut bien que les grands de ce monde se délassent et s’amusent un peu…

Et le moteur déclencheur de tout cela, c’est quoi ? La baisse démographique, les religions, le chômage, la guerre, le sexisme, le totalitarisme, la pollution et la destruction d’une partie de notre biotope… ? C’est tout cela à la fois, mais c’est, je pense, surtout, notre passivité (et je me compte largement dedans), cet « aquabonisme » qui tue dans l’œuf toute velléité de rébellion et toute saine colère ! Ne plus savoir dire NON ! 

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La République de Gilead, disait Tante Lydia, ne connaît pas de frontières. Gilead est en vous.

Il y eut des marches de protestation, bien sûr avec beaucoup de femmes et quelques hommes. Mais elles étaient plus clairsemées qu’on n’aurait pu s’y attendre. J’imagine que les gens avaient peur. (…)
Je ne participai à aucune des manifestations. Luke avait dit que ce serait inefficace et que je devais penser à eux, ma famille, lui et elle.

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Elle devait penser à eux… Combien d’entre nous avons déjà dit, reçu… cette phrase ? Vous avez sûrement entendu parler de la charge mentale ? Est-ce que ce ne serait pas là aussi une autre clef, un verrou à faire sauter ? On parle de celle des femmes, mais elle existe aussi pour les hommes : les femmes doivent tout gérer, organiser, se taper une seconde journée de boulot quand la première est terminée, Supermum joue à la roulette russe avec le burn-out tous les jours ! Les hommes doivent assurer la subsistance et la protection de leur foyer, sans faillir ni faiblir ! Je vous l’accorde, l’une est sans doute plus confortable que l’autre, mais inverser les rôles et c’est la société qui tousse ! Et toutes ces « normes » et « préjugés », notre éducation a fait que nous les avons intériorisées. Nous y consentons (hommes et femmes) implicitement.

Ce que l’éducation a fait, sans doute est-elle seule à pouvoir le défaire… Personnellement, j’en suis convaincue. Sans elle, toutes les lois ne sont que des solutions provisoires (même si nécessaires) décorées d’un beau smiley « politiquement correct », des pansements sur des jambes de bois. L’éducation en est la sève et peut seule faire changer les mentalités, durablement et profondément… D’ailleurs n’est-ce pas ce que font tout totalitarisme, tout intégrisme,… à coup de triques et/ou de lavages de cerveaux : à grand renfort de propagande et de ré-éducation, ils modèlent les esprits) ? En démocratie, la manière est plus subtile, mais elle n’est pas moins exempte de telles pratiques (communication irresponsable, manipulation médiatique (ce que Walter Lippmann a appelé la fabrique du consentement*).

Sortons de cette « pédagogie de l’impuissance » de ce TINA** de Miss Thatcher, et ne renonçons pas à changer le monde ! Parole de Colibri, naïve et pas plus futée que les autres qui s’est un peu lâchée dans cette chronique, mais qui a tendance à croire que c’est possible…

* La « fabrique du consentement » est une expression de l’essayiste américain Walter Lippmann, qui, à partir des années 1920, mettant en doute la capacité de l’homme ordinaire à se déterminer avec sagesse, a proposé que les élites savantes « assainissent » l’information avant qu’elle n’atteigne la masse.

** Tina, initiales de « There is no alternative »  il n’y a pas de solution de rechange »), propos
de Mme Margaret Thatcher posant le caractère inéluctable du capitalisme néolibéral.

 ¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique.

 

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