Et qui va promener le chien ? – Stephen McCauley –

 

Aussi loin que remontent mes souvenirs, mon père a toujours raffolé des jeux télévisés, essentiellement parce qu’ils le confortaient dans sa certitude que la race humaine n’était qu’un ramassis de tarés sans cervelle.

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Penser l’islam – Michel Onfray –

indexLe journalisme télé a moins le souci de penser la guerre que de mettre en scène le spectacle de la terreur et de le commenter en se contentant de dire ce que chacun voit à l’écran. Le philosophe se demande d’où elle vient. Qui l’a déclarée ? Quand ? Pourquoi ? Quels sont les belligérants ? Quelles sont leurs raisons ? Il faut dès lors sortir du temps court du journaliste qui vit d’émotion pour entrer dans le temps long des philosophes qui vit de réflexion.

Le grand livre – Connie Willis –

Le grand livre - Connie Willis - Et, de crainte que les hommes oublient ce dont ils doivent se souvenir, moi, qui ai vu tant de souffrances et le monde entier sous l’emprise du malin, moi qui étais parmi les morts et attendais le trépas, j’ai voulu porter témoignage.

Et de crainte que les morts disparaissent avec moi, je les confie au parchemin dans l’éventualité où des descendants d’Adam seraient épargnés par ce fléau et poursuivraient mon œuvre…

Frère John CLYN 1349

Le dernier banquet – Jonathan Grimwood –

indexEst-ce parce que ses parents sont morts de faim en le laissant seul au monde ou parce qu’il a été obligé de se nourrir de scarabées vivants, juteux et croquants, que Jean-Marie d’Aumout est autant fasciné et obsédé par le goût de tout ce qui peut se mettre sous la dent ? Je pencherai plutôt pour la seconde hypothèse. Après avoir goûté à cela, il s’est mis en tête de goûter à tout ! Et quand je dis tout ! C’est tout ! Une longue découverte qui va le mener à l’écriture d’un livre de recettes et d’avis divers sur tous ces aliments d’un nouveau genre. Au XVIIIe siècle, sa passion étonne, surprend, révolte ou écœure. Ou tout cela à la fois…

Jean-Marie d’Aumout est noble. C’est sans doute ce qui lui permet de continuer ses expériences, ballotté par le cours de l’Histoire, les guerres de pouvoir, les bouleversements sociaux et politiques faisant naître la révolution qui sonnera le glas de la noblesse et de ses pouvoirs.

J’ai un avis assez partagé sur ce livre. Il y a des passages un peu glauques – je lui laisse volontiers l’intégralité de ses découvertes culinaires : j’avoue qu’aucune de ses recettes n’a eu grâce à mes yeux ; je ne les ai rapidement, tout simplement pas lues. Par contre, j’ai aimé suivre l’enfance de Jean-Marie et son ascension dans le Monde, les prémisses de la Révolution qu’on devine, la contestation des gueux et le mépris des biens-nés devant la révolte qui gronde. Certains sauront tirer leurs épingles du jeu, d’autres mourront avec l’ancien temps. Quant à Jean-Marie, il regarde tout cela d’un œil indifférent, fort lucide sur les véritables enjeux de cette rébellion en gestation.

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Les intrigues de cour ont cessé depuis longtemps de m’intéresser. Je les laisse à Jérôme et Charles. Quant aux revendications d’Émile autrefois, elles m’ennuient. Les amis d’Émile ne veulent pas ouvrir la cage et remettre les animaux en liberté, ils veulent seulement changer le propriétaire du zoo.

Je n’irais donc pas jusqu’à parler de « chef-d’œuvre », mais plutôt d’un auteur qui a su surfer sur la vague du Parfum, avec quelques touches sulfureuses et un peu trash, pour nous offrir un livre aussi plaisant que dérangeant, dont je retiendrais surtout les passages sur la société de cette époque et les premiers pas d’une révolution en marche.

Je sens le poids de l’histoire inéluctable, telle une déferlante qui emporte tout sur son passage. À présent, au terme de mon existence, je comprends enfin ce que je n’ai pas su comprendre avant. L’histoire est en marche. Rien ne pourra l’arrêter. Ce monde à l’agonie est à la fois beau et cruel. Si ma mort est une partie du prix à payer, ainsi soit-il.

Qui peut résister à l’Histoire ?

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4ième de couv :

Un enfant crasseux dévore des scarabées à côté d’un tas de fumier. Il a cinq ans, ses parents sont morts. Il s’appelle Jean-Marie Charles d’Aumout, et c’est un noble sans le sou qui va connaître un destin exceptionnel.
Dans la France du XVIIIe siècle, l’orphelin devenu cadet à l’Académie militaire gravit les échelons de la société. Dès lors sa vie est remplie de fougue et d’intrigues ; il est soldat, diplomate, espion, amant impétueux… mais cela ne lui suffit pas. Il n’a qu’une obsession : l’art culinaire, qu’il veut porter à son paroxysme. Tandis que l’Ancien Régime agonise sous les coups de la Révolution, d’Aumout, tel un alchimiste prêt à toutes les expériences, cherche le goût parfait, absolu. Mais la perfection a-t-elle une place en ce monde ?

Ce roman historique est un chef-d’œuvre. The Times.

L’enfant de poussière – Patrick K. Dewdney –

indexOn a beau être haut comme trois pommes, la vie est dure à Corne-Brune pour le jeune Syffe, orphelin élevé à la ferme Taron, avec trois autres mômes comme lui… Et encore, sa vie sous l’aile pas tant protectrice de la veuve Taron, sera sans doute la plus sereine, au regard de ce qui l’attend dans ce premier tome d’une série qui commence on ne peut mieux.

Tous les ingrédients sont là pour ne pas nous laisser souffler un seul instant :

– un univers bien développé qui nous permet de nous approprier très vite les lieux de ce décor médiéval et les querelles de pouvoir qui vont bien vite désorganisés autant la région de Brune, que la modeste vie de notre jeune orphelin. Syffe va se retrouver au cœur d’une intrigue qu’il ne maîtrise pas et ne comprend pas toujours ;

– des personnages haut en couleurs que Patrick K. Dewdney ne imagesménage pas : on tue, on assassine, on meurt dans L’enfant de poussière, mais tous ont ce coffre, cette épaisseur et cette nuance qui fait qu’on s’attache à eux, malgré cette dureté et ce manque d’empathie qui les caractérisent. Corne-Brune est une cité rude, où les faiblesses se payent cher ;

L’homme que l’on tuait était encore vivant au moment où la lame quittait son corps. Il avait mal et peur, et bien souvent le temps de comprendre qu’il allait mourir.

– beaucoup d’actions et de batailles – ce qui n’est pas pour me déplaire – et tout autant de dialogues jouissifs et de réparties savoureuses ;

Il y avait quelque chose dans son regard mutin qui racontait comment elle voulait encore combattre. « Je suis debout », disait son œil sombre. « Je frissonne, parce que j’ai sué toute la nuit, mais j’ai le poitrail large et les sabots acérés, et je n’en ai pas fini ici. Tout ça n’est pas terminé ». Le nez collé dans son cou fauve, je réaffirmai doucement prise sur moi-même, parce qu’à ce moment et à cet endroit il n’y avait plus que cela à faire. Sous le regard féroce de la jument de guerre, mes sanglots s’espacèrent d’eux-mêmes, pour se transformer en respirations assurées. Je décidai que je n’allais pas crever ici, ou du moins pas de cette manière, pas terré dans les bois comme un lapin peureux.

– un style énergique et agréable qui agit comme un moteur : vous n’arrêterez pas de tourner les pages jusqu’à la fin de ce tome et malheur ! Il va nous falloir attendre la suite pour découvrir ce que l’avenir réserve à notre Syffe, qui semble avoir entre les mains, plus d’une arme pour affronter la suite…

Nous ne rentrons jamais vraiment chez nous. Nous nous battons pour une idée changeante, qui fluctue pendant que nous sommes loin. Puis nous mourons, à l’écart, respectés mais incompris. Étrangers à tous ces gens pour lesquels on a donné sa vie. Certains même ne nous approuvent pas et je crois que je les comprends, de plus en plus.

Un livre et un auteur que j’ai découvert grâce à Babelio et aux éditions Au Diable Vauvert, qu’il n’est plus besoin de présenter. Merci à eux et vivement la suite !

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4ième de couv :

Ne la lisez pas ! Elle en dit trop à mon goût !
Ou lisez-là en connaissance de cause…

L’enfant de poussière – Patrick K. Dewdney –

indexUn titre, ce n’est plus rien quand on porte les mêmes haillons que le potier ou le paysan, quand il faut ramer, baiser et chier au milieu des autres, et ramer encore, pour ne pas se noyer. Et puis ils savaient ce qu’ils fuyaient, et ce qu’ils ne voulaient plus. Les bûchers, et les vieux maîtres. C’étaient des penseurs d’un genre nouveau. Des hommes qui n’avaient pas peur de clamer haut et fort leur ignorance. C’était cela, leur force.

Le dernier banquet – Jonathan Grimwood –

indexLes anges de la mort grattent à ma porte. A marcher dans les couloirs, à voir mon regard vide dans le reflet des miroirs ternis, je ne peux plus croire que les miroirs mentent. Ce sont les derniers jours de mon existence. Les maîtres d’école apprennent aux enfants à commencer par le début. (…) Mais comment savoir où se situe la véritable genèse de l’histoire ? Est-ce le jour de ma rencontre avec Virginie ? Le jour où Jérôme et Charles m’ont accueilli à l’académie militaire ? Le jour où j’ai rencontré Émile ? … ou bien a-t-elle débuté avec le tas de fumier auquel je m’adossais pour manger des scarabées au soleil ? Quand je repense à mon existence, je ne me rappelle pas de moments plus heureux. C’est pourquoi nous allons commencer là, dans un lieu qui vaut aussi bien qu’un autre.

FUTU.RE 1 – Dimitri Glukhovsky –

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Le mensonge présente un seul inconvénient : il exige une excellente mémoire. Mentir, c’est comme construire un château de cartes : chaque nouvelle carte doit être posée avec plus de précaution que la précédente, et ce sans jamais quitter des yeux la construction instable sur laquelle on compte s’appuyer. Oubliez le moindre détail des mensonges précédents et tout s’effondre. Le mensonge a ceci de particulier : une seule carte ne suffit jamais.