La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose 1 – Diane Ducret –

indexParfois j’ai besoin de me rassurer. Quand ma tête est défaite, je me parle comme à une enfant, puisque tu ne l’as pas fait. Je me prends par la main, je prononce les mots que j’aurais aimé entendre de toi, de quelqu’un qui veillerait sur moi, qui aurait des bras immenses pour m’envelopper de « ne t’inquiète pas ».
J’ai appris à me consoler seule lorsque j’ai envie de pleurer, à chercher du menton mon épaule pour avoir quelqu’un à toucher, à me raconter une histoire, celle du jour où lorsque je me réveillerai, tout aura changé. Je serais toute petite, et levant les yeux, juste entre mes pieds et le soleil, il y aurait la hauteur de maman.

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Facteur pour femmes – Sébastien Morice / Didier Quella-Guyot –

41WPpny5RKL._SX195_Quand tous les hommes jeunes ou valides sont partis à la guerre (la première) que reste-t-il dans cette petite île bretonne ? Les femmes, les enfants, les vieux et les bêtes… et Maël, jeune homme un peu simplet au pied-bot, qui va devenir bien vite le facteur attitré et accessoirement, le chéri de ces dames. Toutes ? Non, bien sûr. Maël est prudent. Il ne butine que dans les fermes éloignées, auprès de femmes qui ne se connaissent pas et ne risquent pas de se rencontrer, pour qu’aucun grain de sable ne vienne perturber ses plans.

C’est plus facile, il le sait bien, d’être vainqueur quand on est tout seul, mais tout de même….

Par le courrier qu’il distribue, il apprend beaucoup sur ses futures conquêtes. Car bien sûr, Maël en profite pour le lire avant et mettre à profit tout ce qui pourrait lui permettre de séduire rapidement les plus belles femmes. Pendant que Maël prend du bon temps, les maris subissent la guerre et ses horreurs. Certains reviennent. Méconnaissables, traumatisés, gueules cassées et mental en berne !

Il ne mangeait plus, s’épuisait. Au mieux de sa forme, je l’asseyais sur une chaise de la cuisine et il passait des heures à regarder par la porte laissée entrouverte ce qui se passait au-dehors, sans bouger. Un refus total de se redonner vie. La guerre l’avait complètement déglingué… 

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Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice rendent bien la réalité des tranchées et la vie de l’île qui continue, grâce aux femmes qui peu à peu se chargent de tout ce que faisaient leurs hommes, en plus de leurs taches habituelles.

Avec l’aide des enfants et des vieillards, les femmes assurent peu à peu et de mieux en mieux, la continuité des exploitations agricoles. Elles peinent à la tâche, s’épuisent, passant du tricot à la fourche, battant le linge au lavoir, puis frappant le cul des vaches pour les mener au pré, fauchant le foin pour l’hiver, ramassant les bouses pour se chauffer.

Les dessins sont magnifiques et la colorisation superbe ! J’aurais préféré que la fin soit plus développée et non simplement racontée par une des protagonistes de cette histoire. Mais ce n’est qu’un point de vue personnel…

La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose – Diane Ducret –

indexAttention, si vous ouvrez ce livre, vous allez rire, pleurer, aimer, détester… l’avoir déjà fini ! Voilà ! Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu. Moi, je ne l’étais pas. Je me suis fiée aux couleurs pastel de la couverture, à ce flamant rose-bonbon, si sûr de lui, juché sur une seule pâte. Je ne m’attendais pas à cela : un récit fort, drôle, bouleversant et de surcroît : véridique…

Enaid-Diane Ducret nous livre son histoire, celle d’une enfant qui grandira loin de sa mère, sera élevée par ses grands-parents, dans l’indifférence totale d’un père et qui devra apprendre à vivre et se construire avec cette réalité affective-là ! Ce n’est pas la première, vous me direz, et sûrement pas la dernière et cela n’empêche pas toujours de grandir ! Pas toujours. Mais parfois si… Pour peu que la loi de Murphy s’en mêle et que l’on se retrouve prise au piège d’un engrenage infernal : violence, descente aux enfers, blessures physiques et morales indélébiles, …

Je ne sais pas comment ils vivent, ceux qui n’ont pas songé à mourir au moins une fois, ceux qui n’ont pas pleuré jusqu’à leur bile, ceux qui sont tout de suite heureux.

indexJe voyais Diane Ducret comme une belle femme à qui tout réussit, me demandant quelle bonne fée s’était penchée sur son berceau, jusqu’à ce que je découvre Enaid… À lire, on peut se dire que cela fait beaucoup pour une seule femme, mais je me suis surtout dit « quel talent ! » Elle a su mettre de la distance entre son personnage et elle : on en oublie Diane face à Enaid. Il n’y a aucune lourdeur, aucun artifice et on reste bluffer devant cette progression qui va crescendo et vous fait passer du rire aux larmes en moins de temps qu’il vous faut pour tourner la page, jusqu’à cette fin si belle…

Cela va paraître contradictoire, mais ce livre qui m’a pris aux tripes et fait rouler les larmes sur les joues, m’a donné une formidable envie de vivre, d’être heureuse et de prendre les gens que j’aime dans mes bras. Sans attendre que ce soit la dernière fois…

Ce que tu as vu là… ce n’est pas la vraie vie. C’est une partie de la vie seulement. Les paillettes, Ça ne brille pas… ça ne fait que refléter la lumière produite par d’autres.

Et elle sera belle la lumière d’Enaid ! Même s’il en faudra du temps et des embûches, pour que Diane la laisse enfin s’échapper, la plume glissant sur le papier…

J’écris pour me raconter les histoires que tu ne m’as jamais dites, c’est la seule manière que j’ai trouvée de ne pas être seule. Je raconte les aventures de filles de mauvaise vie, en espérant guérir en moi le vide que tu as laissé.

Encore une belle découverte que je dois aux éditions Flammarion et aux masses critiques de Babelio.

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4ième de couv :

La loi de Murphy n’est rien comparée à la loi d’Enaid : tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera plus mal encore qu’on aurait humainement pu le prévoir. Après avoir été quittée à Gdansk par téléphone, Enaid se rend à l’évidence : les fées qui se sont penchées sur son berceau ont dû s’emmêler les pinceaux. Comment expliquer, sinon, la sensation qu’elle a depuis l’enfance qu’il lui a toujours manqué quelqu’un ? Il y a de quoi se poser des questions quand les parents adoptifs sont en fait les grands-parents, que la mère est danseuse de nuit, que le père change de religion comme de famille, que les bunkers de l’ETA servent d’école buissonnière. Et que l’accident d’un instant devient la fracture de toute une vie? On peut se laisser choir ou faire le saut de l’ange. Être boiteux ou devenir un flamant rose. Sur ses jambes fragiles, tenir en équilibre avec grâce par le pouvoir de l’esprit, un humour décapant et le courage de rester soi.

Pourquoi j’ai mangé mon père – Roy Lewis –

J’ai calculé grosso modo, que nous passons un tiers de notre vie à dormir, un tiers à courir derrière la viande, et tout le reste à mastiquer. Où prendre le temps pour méditer ? Ce n’est pas avec cette sorte de remâchage-là que nous ruminerons nos connaissances, assouplirons nos réflexions. Si nous voulons pouvoir considérer nos objectifs avec plus de recul, il faudrait pouvoir reposer de temps en temps nos mandibules. Sans un minimum de loisir, pas de travail créateur, par conséquent pas de culture ni de civilisation.

Histoire du fado – José Pinto de Carvalho –

Le fado a une origine maritime, origine qui se devine dans son rythme ondulé, reproduisant les mouvements cadencés des vagues, balançant de bâbord à tribord, […] triste comme les lamentations de l’Atlantique, empreint de l’indéfinissable nostalgie de la lointaine patrie.

« Canção do Mar » – Dulce Pontes : 

Fui bailar no meu batel
Além do mar cruel
E o mar bramindo
Diz que eu fui roubar
A luz sem par
Do teu olhar tão lindo.

Vem saber
Se o mar terá razão
Vem cá ver
Bailar meu coração.

Se eu bailar no meu batel
Não vou ao mar cruel

E nem lhe digo aonde eu fui cantar
Sorrir, bailar, viver, sonhar contigo.

Je suis allée danser dans mon bateau
Au-delà de la mer cruelle
Et la mer grondant
Dit que je suis allée voler
La lumière sans pareil
De tes si beaux yeux.

 

Viens savoir si la mer aura raison
Viens ici pour voir danser mon coeur


Si je danse dans mon bateau
Je ne vais pas à la mer cruelle

Ni ne lui dis où je suis allée chanter
Sourire, danser, vivre, rêver… de toi

Intouchable : Une famille de parias dans l’Inde contemporaine – Narendra Jadhav –

Aayee, ici, on appelle un chat un chat. Quand on parle, il faut donner leur force aux mots. Ils doivent garder leur saveur… comme le chutney qui assaisonne le poisson bombil. Vous autres, avec vos raffinements de sahebs, vous êtes désespérants… Avec votre langage doux et châtié, vous êtes aussi insipides que des patates bouillies.

Le Quartier américain – Jabbour Douaihy –

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Ils viennent de contrées lointaines où, pour eux aussi, la vie n’était plus tenable. Pendant de longs jours ils ont marché la tête nue, sous un soleil cuisant, dans la poussière de chemins sans arbres. Ils se tiennent là à vendre ce qu’ils peuvent. Les gens du quartier alentour disent qu’ils mangent le pain des autres et ne dépensent rien. Ils s’entassent dans des pièces exiguës, se lèvent dès la prière de l’aube, se rassemblent aux carrefours, courent après les voitures, hèlent les passants, se bousculent, se battent férocement pour arracher un travail, tirent des poids comme des bêtes de somme.