Check-point – Jean-Christophe Rufin –

4100OWdLDbL._SX210_– Mais qui sont-ils, au juste, ces réfugiés ?
Maud se rendait compte qu’elle s’était contentée jusque-là de notions assez vagues. Elle n’était pas la seule. Dès son entrée dans l’association, elle avait été frappée par le côté abstrait de l’humanitaire. On discutait géopolitique, situation des forces sur le terrain, enjeux stratégiques mais, finalement, les gens qu’il s’agissait d’aider restaient assez virtuels. Ceux qu’on appelait les « victimes » ou, en parlant de l’aide, les « bénéficiaires » étaient des êtres irréels sur lesquels nul ne semblait désireux de mettre un visage. Et le pire, c’était que, jusque là, cela lui convenait assez bien. Elle avait besoin d’aider et elle était satisfaite de savoir qu’il existait quelque part des personnes qui avaient besoin de secours.

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La claire fontaine – David Bosc –

Au mur de son atelier, à Paris, Courbet avait affiché une liste de règles :
1 – Ne fais pas ce que je fais
2 – Ne fais pas ce que les autres font
3 – Si tu faisais ce que faisait Raphaël, tu n’aurais pas d’existence propre
4 – Fais ce que tu vois et ce que tu ressens, fais ce que tu veux.

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La claire fontaine, David Bosc – Librairie Mollat – :

Le dernier banquet – Jonathan Grimwood –

index— Ce n’est qu’une enfant.
Manon me jette un regard acerbe.
— Quel âge avais-je, d’après toi, quand je me suis mariée ? Quand j’ai eu ma fille ? Quand je suis venue au château pour m’occuper de Laurent ?
— Tu m’as dit que tu avais dix-neuf ans.
— J’ai menti. J’avais besoin de ce travail, alors, j’ai menti. J’avais quatorze ans quand je me suis mariée. À peine quinze quand j’ai eu ma fille. Seize quand tu as vu mon sein nu dans le jardin, le jour où tu m’as embauchée. Vingt lorsque tu m’as enfin mise dans ton lit. À l’âge d’Hélène, j’étais mariée et j’avais déjà enfanté. Elle regarde autour d’elle.
— Ce monde qui est le tien refuse de faire grandir les enfants.
« Non, me dis-je. C’est le tien qui les fait grandir trop vite. »

Check-point – Jean-Christophe Rufin –

4100OWdLDbL._SX210_Donner pour une cause humanitaire, en restant bien au chaud chez soi, et prendre le volant d’un camion pour apporter vivres et vêtements dans une Bosnie en guerre, sont deux choses bien différentes. Avant de lire Check-point, j’aurai eu tendance à penser qu’elles avaient néanmoins en commun ce désir d’aide et d’assistance à apporter à des populations civiles, premières victimes des conflits armés. Depuis que je l’ai lu, je m’aperçois que tout cela n’est pas aussi simple que ça et que de nombreux facteurs (politiques, sociaux, humains) interfèrent bien souvent dans les meilleures volontés du monde…

L’idéal qui l’avait d’abord amenée là révélait son caractère dérisoire, presque ridicule. Ces caisses défoncées semées sur une route étaient l’image tragique de l’impuissance humanitaire. Face à l’horreur et à la complexité de la guerre, ces ballots de vêtements, ces colis de nourriture et ces boîtes de médicaments étaient tout simplement grotesques.

Sur ces cinq personnes embarquées dans ce convoi, deux ont vraiment une vision idéaliste de l’aide, chacun à leur manière ; pour les 3 autres, cela reste bien différent…

Il se moquait pas mal de savoir comment vivaient les gens qu’ils allaient secourir. La seule chose qui lui importait, comme aux autres, ceux qui travaillaient au siège devant leur ordinateur, c’était d’avoir trouvé des « bénéficiaires ». Grâce à eux, l’association allait pouvoir recevoir l’argent de l’Union européenne et la machine caritative continuerait de tourner.

index

Il ne faut pas oublier que ce livre de Jean-Christophe Rufin est avant tout un thriller et que si votre motivation à sa lecture, est d’en savoir un peu plus sur cette guerre, vous risqueriez d’être déçu…

J’ai aimé que l’auteur nous fasse partager sa connaissance de l’action humanitaire, des ONG et des scènes de guerre à travers son récit. Malgré tout, Check-point est beaucoup plus centré sur la psychologie, les motivations des personnages et cette tension entre eux qui monte crescendo jusqu’au dénouement final. Ce qui en fait pour moi, une lecture plaisante mais qui aurait gagné en profondeur si l’auteur avait pris le parti de développer les motivations données en postface.

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4ième de couv :

Maud, vingt et un ans, cache sa beauté et ses idéaux derrière de vilaines lunettes. Elle s’engage dans une ONG et se retrouve au volant d’un quinze tonnes sur les routes de la Bosnie en guerre.
Les quatre hommes qui l’accompagnent dans ce convoi sont bien différents de l’image habituelle des volontaires humanitaires. Dans ce quotidien de machisme, Maud réussira malgré tout à se placer au centre du jeu. Un à un, ses compagnons vont lui révéler les blessures secrètes de leur existence.
Et la véritable nature de leur chargement.

À travers des personnages d’une force exceptionnelle, Jean-Christophe Rufin nous offre un puissant thriller psychologique. Et l’aventure de Maud éclaire un des dilemmes les plus fondamentaux de notre époque. À l’heure où la violence s’invite jusqu’au cœur de l’Europe, y a-t-il encore une place pour la neutralité bienveillante de l’action humanitaire ? Face à la souffrance, n’est-il pas temps, désormais, de prendre les armes ?

Penser l’islam – Michel Onfray –

indexLe journalisme télé a moins le souci de penser la guerre que de mettre en scène le spectacle de la terreur et de le commenter en se contentant de dire ce que chacun voit à l’écran. Le philosophe se demande d’où elle vient. Qui l’a déclarée ? Quand ? Pourquoi ? Quels sont les belligérants ? Quelles sont leurs raisons ? Il faut dès lors sortir du temps court du journaliste qui vit d’émotion pour entrer dans le temps long des philosophes qui vit de réflexion.

Le grand livre – Connie Willis –

Le grand livre - Connie Willis - Et, de crainte que les hommes oublient ce dont ils doivent se souvenir, moi, qui ai vu tant de souffrances et le monde entier sous l’emprise du malin, moi qui étais parmi les morts et attendais le trépas, j’ai voulu porter témoignage.

Et de crainte que les morts disparaissent avec moi, je les confie au parchemin dans l’éventualité où des descendants d’Adam seraient épargnés par ce fléau et poursuivraient mon œuvre…

Frère John CLYN 1349

Le dernier banquet – Jonathan Grimwood –

indexEst-ce parce que ses parents sont morts de faim en le laissant seul au monde ou parce qu’il a été obligé de se nourrir de scarabées vivants, juteux et croquants, que Jean-Marie d’Aumout est autant fasciné et obsédé par le goût de tout ce qui peut se mettre sous la dent ? Je pencherai plutôt pour la seconde hypothèse. Après avoir goûté à cela, il s’est mis en tête de goûter à tout ! Et quand je dis tout ! C’est tout ! Une longue découverte qui va le mener à l’écriture d’un livre de recettes et d’avis divers sur tous ces aliments d’un nouveau genre. Au XVIIIe siècle, sa passion étonne, surprend, révolte ou écœure. Ou tout cela à la fois…

Jean-Marie d’Aumout est noble. C’est sans doute ce qui lui permet de continuer ses expériences, ballotté par le cours de l’Histoire, les guerres de pouvoir, les bouleversements sociaux et politiques faisant naître la révolution qui sonnera le glas de la noblesse et de ses pouvoirs.

J’ai un avis assez partagé sur ce livre. Il y a des passages un peu glauques – je lui laisse volontiers l’intégralité de ses découvertes culinaires : j’avoue qu’aucune de ses recettes n’a eu grâce à mes yeux ; je ne les ai rapidement, tout simplement pas lues. Par contre, j’ai aimé suivre l’enfance de Jean-Marie et son ascension dans le Monde, les prémisses de la Révolution qu’on devine, la contestation des gueux et le mépris des biens-nés devant la révolte qui gronde. Certains sauront tirer leurs épingles du jeu, d’autres mourront avec l’ancien temps. Quant à Jean-Marie, il regarde tout cela d’un œil indifférent, fort lucide sur les véritables enjeux de cette rébellion en gestation.

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Les intrigues de cour ont cessé depuis longtemps de m’intéresser. Je les laisse à Jérôme et Charles. Quant aux revendications d’Émile autrefois, elles m’ennuient. Les amis d’Émile ne veulent pas ouvrir la cage et remettre les animaux en liberté, ils veulent seulement changer le propriétaire du zoo.

Je n’irais donc pas jusqu’à parler de « chef-d’œuvre », mais plutôt d’un auteur qui a su surfer sur la vague du Parfum, avec quelques touches sulfureuses et un peu trash, pour nous offrir un livre aussi plaisant que dérangeant, dont je retiendrais surtout les passages sur la société de cette époque et les premiers pas d’une révolution en marche.

Je sens le poids de l’histoire inéluctable, telle une déferlante qui emporte tout sur son passage. À présent, au terme de mon existence, je comprends enfin ce que je n’ai pas su comprendre avant. L’histoire est en marche. Rien ne pourra l’arrêter. Ce monde à l’agonie est à la fois beau et cruel. Si ma mort est une partie du prix à payer, ainsi soit-il.

Qui peut résister à l’Histoire ?

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4ième de couv :

Un enfant crasseux dévore des scarabées à côté d’un tas de fumier. Il a cinq ans, ses parents sont morts. Il s’appelle Jean-Marie Charles d’Aumout, et c’est un noble sans le sou qui va connaître un destin exceptionnel.
Dans la France du XVIIIe siècle, l’orphelin devenu cadet à l’Académie militaire gravit les échelons de la société. Dès lors sa vie est remplie de fougue et d’intrigues ; il est soldat, diplomate, espion, amant impétueux… mais cela ne lui suffit pas. Il n’a qu’une obsession : l’art culinaire, qu’il veut porter à son paroxysme. Tandis que l’Ancien Régime agonise sous les coups de la Révolution, d’Aumout, tel un alchimiste prêt à toutes les expériences, cherche le goût parfait, absolu. Mais la perfection a-t-elle une place en ce monde ?

Ce roman historique est un chef-d’œuvre. The Times.