Les frères Lehman – Stefano Massini –

CVT_Les-freres-Lehman_5717On pourrait penser à un conte, ou bien à un long poème, à l’ouverture de ce livre aux 838 pages. Mais, une fois refermé, je me dis que ce n’est pas encore tout à fait cela. Cette forme aux 30 000 vers, à tort ou à raison, semble vouloir inscrire cette histoire des frères Lehman, dans les tables d’une nouvelle religion, et pas n’importe laquelle : celle du culte de l’argent, du fric, du flouse, du pognon, de l’oseille, enfin… de la Finance en règle générale.

Exagéré ! Me direz-vous ? Mais qui dirige actuellement le monde depuis plus d’un siècle ? Qui fait plier les peuples, obéir les puissants et détourner les révolutions ? L’Argent. Il méritait bien une épopée à la forme d’un livre sacré : Levée de rideau sur la genèse et balbutiements de la petite entreprise Lehman, développement et prospérité incroyable à l’entracte, jusqu’aux heures de gloire et l’anéantissement de la société au tombé du rideau. Victime collatérale du grand spectacle du monde…

Il n’y a qu’une seule règle
pour survivre à Wall Street
et elle consiste à ne pas succomber
ce qui signifie
que le financier ne doit pas
lâcher prise un instant :
qui s’arrête est perdu
qui reprend son souffle est mort
qui s’installe est piétiné
qui réfléchit peut le regretter amèrement
et donc courage, Sigmund :
chaque banquier est un guerrier
et ceci est le champ de bataille.

Tout commence par l’arrivée, sur le sol américain, d’un jeune allemand émigré de Bavière, bien décidé à gagner sa vie et connaître un autre destin que celui de son père. Henry Lehman s’adapte rapidement à sa nouvelle vie et va développer un sens du commerce, lui permettant de répondre aux besoins de ce nouveau monde, de les anticiper et même, à long terme, d’en créer de nouveaux. Il fait venir ses frères pour le suppléer et voici posées les premières pierres de l’Empire. Les Lehman ont vendu un nombre incalculable de produits et de matières premières, jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’au-delà de la marchandise, il y a les transactions, l’échange, la Bourse… l’argent en soi et pour soi, la Finance comme vecteur et suprématie de toute chose.

Si nous persuadons
le monde entier
qu’acheter, c’est vaincre,
alors acheter signifiera vivre.
Car l’être humain, messieurs,
ne vit pas pour perdre.
Vaincre, c’est exister.
Si nous persuadons
le monde entier
qu’acheter, c’est exister,
nous briserons, messieurs,
la vieille barrière qui se nomme besoin.
Notre objectif
est une planète Terre
où l’on n’achète pas par besoin
mais où l’on achète par instinct.
Ou, si vous voulez, en conclusion, par identité.
Alors seulement les banques,
et avec elles Lehman Brothers,
deviendront immortelles.

indexCe récit de Stefano Massini est fascinant, parfois dur, mais bourré d’humour – qui fait rire de bon cœur ou grincé des dents parfois – et d’une belle lucidité sur notre monde, les médias, l’art de la manipulation et de bien d’autres choses encore qui expliquent l’excellence et la réussite des Lehman – et de ce livre !

Je lisais dans une autre critique, que c’était aussi l’histoire de l’Amérique, du capitalisme et par la même occasion de notre monde moderne. C’est tellement cela également !

Merci aux éditions Globe et à Babelio d’avoir mis ce livre entre mes mains.

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4ème de couv :

11 septembre 1844, apparition. Heyum Lehmann arrive de Rimpar, Bavière, à New York. Il a perdu 8 kilos en 45 jours de traversée. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui. 15 septembre 2008, disparition. La banque Lehman Brothers fait faillite. Elle a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans. Comment passe-t-on du sens du commerce à l’insensé de la finance ? Comment des pères inventent-ils un métier qu’aucun enfant ne peut comprendre ni rêver d’exercer ? Grandeur et décadence, les Heureux et les Damnés, comment raconter ce qui est arrivé ? Non seulement par les chiffres, mais par l’esprit et la lettre ? Par le récit détaillé de l’épopée familiale, économique et biblique. Par la répétition poétique, par la litanie prophétique, par l’humour toujours. Par une histoire de l’Amérique, au galop comme un cheval fou dans les crises et les guerres fratricides. Comment prendre la suite de Yehouda Ben Tema qui écrivit dans les Maximes des Pères : « Tu auras cinquante années pour devenir sage. Tu en auras soixante pour devenir savant » ? Nous avons 1207 pages et 30 000 vers pour devenir instruits, circonspects, édifiés. Groggy.

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Bientôt viendront les jours sans toi – David Trueba –

CVT_Bientot-viendront-les-jours-sans-toi_635Le père de Dani Mosca est mort, il y a un an. C’est le temps qu’il lui a fallu pour prendre la décision de le ramener dans son village natal, pour qu’il soit inhumé auprès des siens. Commence alors un long voyage. Dani se remémore son enfance, son père, ses amours et le déroulement de sa carrière de chanteur : ces rencontres qui ont décidées de son destin, les galères du début où, paradoxalement, il fut sans doute le plus heureux.

Il y a des personnes qui nous aident à nous construire car nous savons qu’elles surveillent nos pas.

David Trueba nous offre un récit intimiste ponctué de réminiscences fortes et de réflexions pertinentes sur des choses aussi variées que l’amour, l’amitié, l’industrie de la musique et son évolution, la création, la perte d’amis chers qui laissent un vide que rien ne pourra venir combler.
Peu importe les années passées.

La mort est peut-être plus puissante que n’importe quelle autre idée, parce que c’est la dernière.

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Bientôt viendront les jours sans toi est un livre qui nous ramène à notre propre enfance, nos rêves d’adolescent et de jeune adulte, et à cette mélancolie qui pointe parfois le bout de son nez, quand arrivé à la quarantaine, on amorce timidement le bilan de sa vie.

Pourquoi c’est toujours comme ça, pourquoi est-on si pressé de grandir ? L’été dernier, en regardant mes enfants qui jouaient, heureux sur la plage, j’ai pensé : quand arrêtons-nous de bâtir des châteaux de sable au bord de la mer ? Quand commettons-nous cette erreur ?

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4ème de couv :

Le musicien Dani Mosca a 40 ans à la mort de son père, avec qui il a toujours entretenu une relation houleuse. Un an plus tard, il décide contre toute attente de ramener son cercueil dans son village natal, au nord de l’Espagne. Ce voyage, autant physique qu’intérieur, va lui réserver bien des surprises. Que reste-t-il, quand on fait l’état des lieux de sa vie, des moments de grâce et des rencontres décisives ? Des femmes aimées au-delà de l’entendement, des amis d’un jour ou pour l’éternité, d’un père au courage intimidant ? Dans ce roman nourri des éblouissements et des déchirements qui forgent une existence, David Trueba semble ne poser qu’une seule et même question : si nous n’avons pas été à la hauteur de nos idéaux, faut-il pour autant y renoncer ?

Mistral perdu ou les événements 2 – Isabelle Monnin –

indexLes heures de rêverie, que deviennent-elles quand on s’en échappe ? Elles imprègnent les murs et les plafonds, s’y gravent à l’encre secrète, elles sont pareilles aux souvenirs : glissées sous les choses. Chaque maison, chaque sentier, chaque arbre est couvert de ces couches invisibles, on peut bien poncer les enduits et arracher les écorces, elles ne disparaissent jamais vraiment.

Mistral perdu ou les événements 1 – Isabelle Monnin –

indexMa mémoire n’a pas conservé les détails, elle a juste inscrit dans mes souvenirs l’instant précis de l’irruption – « sa chanson s’intitule Marche à l’ombre et il s’appelle Renaud ! »-, elle a gravé le moment premier où un homme au regard adolescent (il pourrait être notre père) déchire le voile qui enferme nos enfances dans des certitudes trop sages pour en faire des confettis d’insolence ; l’instant où un homme aux cheveux longs et aux jambes arquées comme une porte de grange (il pourrait être mon père mais mon père ne ferait jamais cela) défie la caméra et fait entendre une langue drôle, si drôle que nous l’adorons dans l’instant, cette langue qui dit flipper, bande, crado, poufiasse, nibard, blondasse, colbac, cette langue qui signifie liberté et fait soupirer d’indignation notre grand-père dans son gros fauteuil de gauche.

Contours du jour qui vient – Léonora Miano –

Contours du jour qui vient - Léonora Miano -Allons-nous vivre, mère, sans jamais rien nous dire ? Peut-être. Ce sera notre attachement. Des générations viendront à l’heure dite, qui ne contempleront pas comme nous les allées et venues du temps qui change d’habit. Elles en captureront chaque instant, ne laisseront pas une minute inoccupée. Elles rempliront le temps de rêves réalisés, d’amour-propre et de ces lendemains rieurs que nous le leur auront pas légués, mais qu’elles sauront conquérir. Je n’ai de prière que l’espérance de nous voir un jour arrêter de mourir. C’est elle qui me ferme les yeux à présent et m’autorise à dormir. Ton visage vient encore derrière mes paupières closes, pour ne pas me sourire. A cette absence, je rends tout ce que j’ai, tout ce que je suis néanmoins devenue : un être vivant.

Shakespeare and Company*, Paris : A History of the Rag & Bone Shop of the Heart – Krista Halverson –

« J’ai créé cette librairie comme un homme écrirait un roman, construisant chaque pièce comme un chapitre. Et j’aimerais ouvrir la porte aux visiteurs, comme j’ouvre un livre. Un livre qui les conduit vers le monde magique de leur imagination. » George Whitman.
* Shakespeare and Company : Librairie du Vième arrondissement de Paris (37 rue de la Bûcherie) fondée par l’Américain George Whitman (décédé en 2011) et tenue actuellement par sa fille, Sylvia Whitman.
Et si vous avez encore un peu de temps, aller jeter un oeil sur ce bel article de Vanity Fair (France) et vous saurez tout des Tumbleweeds, de l’alcôve de l’écrivain, du miroir de l’amour et des « angels in disguise »… C’est Ici.