Mon cœur – Pauline Bureau –

J’ai été empoisonnée. Comme dans les contes de fées. J’ai été empoisonnée. Des gens savaient et personne n’a rien fait. Je mets du temps à comprendre ça. A l’envisager. A l’intégrer. Et quand je saisis, elle arrive. Elles est contagieuse. La colère.

 

 

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Couleurs de l’incendie 2 – Pierre Lemaitre –

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– Je suis très étonnée, mon oncle ! Si c’était aussi inéluctable, aussi grave, les journaux ne parleraient que de ça !

– Ils ne sont pas payés pour en parler, voilà tout ! Paye-les, ils en parleront. Paye-les à nouveau, ils se tairont. Ils ne sont pas là pour informer, les journaux, où te crois-tu ?

Cosmos – Michel Onfray –

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Mon père est mort dans mes bras, vingt minutes après le début de la nuit de l’Avent, debout, comme un chêne foudroyé qui, frappé par le destin, l’aurait accepté, mais tout en refusant de tomber. Je l’ai pris dans mes bras, déraciné de la terre qu’il avait soudainement quittée, porté comme Enée porta son père en quittant Troie. Ensuite, je l’ai assis le long d’un mur, puis, quand il fut clair qu’il ne reviendrait pas, je l’ai allongé de toute sa longueur sur le sol, comme pour l’aliter dans le néant qu’il semble avoir rejoint sans s’en apercevoir.

Utopies réalistes – Rutger Bregman –

indexLe pays d’abondance est enveloppé de brouillard. Alors que nous devrions nous assigner pour tâche d’investir de sens cette existence riche, sûre et saine, nous avons enterré l’utopie. Il n’y a pas de nouveau rêve pour la remplacer, parce que nous ne pouvons imaginer de monde meilleur que le nôtre. En fait, dans les pays aisés, la plupart des gens croient que la vie de leurs enfants sera plus difficile que la leur.
Mais la véritable crise de notre temps, de ma génération, n’est pas que nous n’avons pas la vie facile ou qu’elle risque de devenir plus dure.
Non, la véritable crise, c’est que nous n’avons rien de mieux à proposer.

Un village sans papas – Florence Seyvos –

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Je vivrais dans ta tête, je ne t’abandonne pas. Je serai dans l’air tout autour de toi. Je serai la terre sous chacun de tes pas. La seule chose que je sache, Victor, quand le chagrin est trop fort, il faut vivre une minute à la fois. Puis une heure à la fois. Une nuit, puis un jour. Un seul jour à la fois. Un seul jour à la fois, Victor. Tu ne m’oublieras pas, mais un jour ton chagrin s’apaisera.

Pour un aperçu de la la pièce, c’est ici !

A son image – Jérôme Ferrari –

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L’énigme qui la captivait n’était pas celle-ci. Peu lui importait d’appartenir ou pas à la famille de ceux qui avaient laissé leur trace sur le papier glacé. L’énigme consistait en l’existence de la trace elle-même : la lumière réfléchie par des corps désormais vieillis ou depuis longtemps tombés en poussière avait été captée et conservée au cours d’un processus dont l’aspect miraculeux ne pouvait être épuisé par de simples explications techniques.

Le cas Sneijder – Jean-Paul Dubois –

Je devrais être mort depuis le mardi 4 janvier 2011. Et pourtant je suis là, chez moi, dans cette maison qui m’est de plus en plus étrangère, assis, seul devant la fenêtre, repensant à une infinité de détails, réfléchissant à toutes ces petites choses méticuleusement assemblées par le hasard et qui, ce jour-là, ont concouru à ma survie. Nous étions cinq dans la cabine. Je suis le seul survivant.

Parfois je ris tout seul – Jean-Paul Dubois –

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Quand je suis rentré de l’hôpital, le premier geste que j’ai fait en arrivant chez moi a été d’allumer la lumière. Puis la télévision. Ensuite, j’ai pris une bière dans le réfrigérateur. Elle était glacé. J’ai décroché le téléphone et j’ai entendu le bruit de la tonalité. Les choses ne m’avaient pas laissé tomber. Malgré ma longue absence, elles continuaient à marcher. Elles avaient cru en mon retour.

Mistral perdu ou les événements – Isabelle Monnin –

indexEt pour apprendre à lire la vie, il y a les reportages de Jean-Paul Dubois. Il est un genre d’orpailleurs des non-lieux, il fouille les alluvions des stations-service, tamise les terres banales, les sèches, les légères et les gluantes, esquivant les tours operators de l’information et cherchant l’actualité où elle n’a pas l’air d’être, dans les interstices des villes, sous les arbres, derrière les temps morts, partout où aucun journaliste sérieux ne songeait à mettre un orteil ; il fuit la comédie concave des conférences de presse pour aller décrocher le combiné d’une cabine téléphonique du Nevada que des gens du monde entier appellent, il ramène l’époque dans ses mains, comme l’enfant creuse ses paumes pour rapporter le plus de billes possible, et elle scintille de quelque chose de si vrai, on a parfois envie de pleurer.