J’ai longtemps eu peur de la nuit – Yasmine Ghata –

indexJ’ai lu ce livre en une soirée. Je n’ai pas pu le lâcher. Le récit commence sur la préparation d’un atelier d’écriture au sein d’une classe de lycéens. La consigne est simple : chacun des ados participants devra amener pour la prochaine séance, un objet ancien, ancré dans l’histoire familiale et auquel il est attaché…

Une demande simple et pleine de promesse d’écriture, qui va se révéler difficile pour Arsène, jeune orphelin rwandais qui a échappé aux massacres. Il aurait pu laisser tomber la consigne et broder une histoire avec n’importe quel objet sorti d’un placard. Mais non. Arsène apporte au lycée la seule chose matérielle qui le rattache à son pays d’origine, son histoire : une vieille valise en cuir.

J’ai choisi cette valise car c’est la seule chose qui me reste de ma famille biologique et de mon pays natal, Le Rwanda. Elle m’a sauvée la vie. 

Yasmine Ghata nous livre là une histoire poignante, sans user de procédés éculés pour amener l’émotion à tout prix. Le récit navigue entre deux histoires parallèles de perte et de souffrance, incomparables : celle de Suzanne, animatrice de l’atelier, qui se remémore sa vie après la disparition de son père…images

Suzanne devint muette ce jour-là, la colère et la frustration étaient trop fortes. Aucun son ne pouvait plus sortir de sa bouche. Les mots étaient une forme de légèreté qu’elle semblait avoir perdue à jamais.

… et celle d’Arsène dans sa fuite en avant, son errance sans but, gamin affamé et terrorisé devant les cadavres et les massacres, avec en tête une seule obsession, celle de respecter la volonté de sa grand-mère : fuir pour rester en vie !

Plus rien ne peut te faire peur, toi qui as erré si petit dans ce paysage hostile. Si, une chose te fait peur, te terrorise même, c’est de raconter. Ces événements enfouis dans ta mémoire pourraient ne jamais avoir existé, tu te dis parfois que c’est une légende qui court sur ton enfance.

Ce qui les relie : les mots. Cette fantastique possibilité de se reconstruire par l’écriture…

Les paroles pour l’un, l’écriture pour l’autre les conduisent à la recherche de soi. 

Doucement, tout doucement. L’un raconte et l’autre prend la plume, suspendue à son histoire maintenue si longtemps enfouie, pour ne pas avoir mal. Pour pouvoir continuer, avancer. Petit à petit, le récit prend forme et la douleur qui n’avait jamais été exprimée, se dissipe peu à peu pour laisser place à une formidable envie de vivre !

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Tout commence lorsque Suzanne, qui anime des ateliers d’écriture, demande à chacun de ses élèves d’apporter un objet de famille susceptible d’illustrer sa vie personnelle. L’un d’entre eux, Arsène, un orphelin rwandais réfugié en France après avoir réussi à échapper aux massacres qui ont ensanglanté son pays, doit avouer qu’il ne possède rien d’autre qu’une valise qui lui a servi d’abri durant sa fuite. C’est à partir de cet objet singulier que Suzanne va le convaincre de lui raconter son itinéraire et de lui livrer le secret de sa jeune existence. L’exercice devient pour Arsène le moyen d’exorciser sa  » peur de la nuit  » et de renouer les fils d’une identité dévastée, tandis que Suzanne accomplit son propre rituel du souvenir en revenant, pour un ultime adieu, sur les traces d’un père prématurément disparu. Par la grâce de l’écriture et de l’imaginaire.

Publicités

L’intelligence animale – Emmanuelle Pouydebat –

418n-QK3CeL._SX195_Emmanuelle Pouydebat est anthropologue et biologiste, chercheuse au CNRS. Dans ce livre, elle se propose d’aborder l’intelligence animale et son évolution dans sa globalité, dans son foisonnement, et non au sein d’une pyramide imaginaire qui tendrait vers la suprématie des primates et des humains en particulier, car la réalité est tout autre.

Il n’y a pas qu’une forme d’intelligence et si l’on considère cette notion à l’échelle des espèces, un critère s’impose : l’adaptation, ou plus précisément la capacité à répondre avec flexibilité aux situations nouvelles et complexes.

De là, Emmanuelle Pouydebat va passer au crible certains préjugés qui tendraient à prouver la suprématie de l’intelligence humaine – l’utilisation, la fabrication d’outils comme signes d’intelligence, la nécessité de posséder un pouce opposable pour se servir desdits outils, … Elle va pas à pas les déconstruire en nous présentant un nombre important d’exemples issus de ses recherches, de celles de ses étudiants ou collègues, qui infirme ces assertions et élargit notre vision du monde animal.

Il faudrait repenser la vie, le droit et l’intelligence des animaux domestiques et d’élevage dont le bien-être et la souffrance sont parfois ignorés. Sans doute faut-il adopter également un autre point de vue à leur égard et dans notre manière de les étudier. Il faudrait alors nous mettre à leur niveau à eux, en nous décentrant nous-mêmes comme la terre a été décentrée au profit du soleil par Copernic.

Son livre est novateur et tellement instructif, tout en laissant la part belle à l’humour et à la démonstration. Certaines espèces sont vraiment surprenantes – d’espièglerie et d’ingéniosité – : vous les regarderez sûrement différemment une fois ce livre refermé…

index

J’ai aimé qu’elle nous explique comment est née sa vocation : sa découverte, gamine, d’Yves Coppens et de Lucy… :

Pourquoi Lucy n’est-elle pas un humain ? C’est quoi un humain ? Je veux comprendre le passé pour comprendre le présent. C’est décidé ! Quand je serais grande, je serai Yves Coppens !

son admiration pour Jane Goodall et le fait qu’elle n’hésite pas à citer les étudiants qui ont participé à ses recherches en leur attribuant à tous le mérite qui leur revient. C’est assez rare pour être noté.

Ne vous privez donc pas de ce petit livre, il vous en apprendra beaucoup et vous surprendra encore plus !

Retour à Lemberg – Philippe Sands –

indexQue nous ayons des droits en tant qu’individus et que ces droits ne puissent être bafoués par le gouvernement du pays où nous vivons, nous paraît aujourd’hui allant de soi. C’est l’inverse qui ne l’est pas et nous fait nous insurger, aujourd’hui, contre certains pays où dirigeants au vu de l’actualité du monde : Qui ne s’est pas inquiété pour le sort d’Asli Erdogan, citoyenne turque ? Qui ne s’est pas demandé de quelles armes juridiques la communauté internationale pouvait disposer pour régler certains conflits dans le monde impactant dramatiquement les civils, et quelles étaient leurs réelles portées ?

Et pourtant, ces droits et les revendications qui en découlent sont encore bien récents et fragiles.

Il y a encore quelques décennies, prévalait partout dans le monde l’entière souveraineté de l’État : libre d’emprisonner, tuer, discriminer ses membres, sans avoir aucun compte à rendre… Beaucoup de pays considèrent encore de nos jours que leur souveraineté est au-dessus de tout, et autant aimeraient que le droit international ne sorte pas du monde des idées.

Avons-nous perdu le sens de l’histoire ? Les États veulent-ils vraiment « reprendre le contrôle » ? Une telle reprise du contrôle entraînerait-elle le retour du droit de traiter les citoyens, ou les étrangers, comme il leur plaît, sans qu’ils soient contraints par le droit international ou obligés par la fidélité aux engagements donnés ?

index

C’est cette transition et cette lutte pour inscrire dans le droit international, la notion de crime contre l’humanité, et de façon plus difficile encore, celle de génocide, que nous raconte Philippe Sands, juriste spécialisé dans les droits de l’Homme. Là où Retour à Lemberg est original, c’est que cette trame est soutenue par le récit haletant qu’il nous fait des parcours individuels des membres de sa famille (juifs et donc soumis aux lois raciales nazies) et de la ville de Lviv, berceau de ses origines. Il nous embarque littéralement dans cette (en)quête qui va durer plus de six ans. Six années où son chemin va croiser et mettre en perspective les destins passés ou présents de gens aussi divers que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin (créateurs des notions de crime contre l’humanité et de génocide), Niklas Frank (fils du gouverneur-général de la Pologne occupée qui fut un ami et fidèle d’Hitler), les accusés et témoins du procès de Nuremberg en passant par l’histoire de ses grands-parents et de sa mère, sans oublier Miss Tilney.

Ce qui nous hante apparemment, ce ne sont pas seulement les morts, ou les vides que laissent en nous les secrets des autres, ce sont aussi leurs histoires.

De nombreuses photographies illustrent son propos et Philippe Sands nomme, date, cite, inscrivant sans relâche les événements qui font, non seulement sens, mais nous touchent profondément car l’écrire, c’est en laisser trace, ne pas permettre qu’ils s’effacent et que nous les oublions. Et le lire, c’est aussi comprendre pourquoi il n’est jamais vain de connaître nos devoirs et se battre pour nos droits, afin de ne pas un jour avoir à se battre pour nos vies…

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Invité à donner une conférence en Ukraine dans la ville de Lviv, autrefois Lemberg, Philippe Sands, avocat international réputé, découvre une série de coïncidences historiques qui le conduiront de Lemberg à Nuremberg, des secrets de sa famille à l’histoire universelle. C’est à Lemberg que Leon Buchholz, son grand-père, passe son enfance avant de fuir, échappant ainsi à l’Holocauste qui décima sa famille ; c’est là que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, deux juristes juifs qui jouèrent un rôle déterminant lors du procès de Nuremberg et auxquels nous devons les concepts de  » crime contre l’humanité  » et de  » génocide « , étudient le droit dans l’entre-deux guerres. C’est là enfin que Hans Frank, haut dignitaire nazi, annonce, en 1942, alors qu’il est Gouverneur général de Pologne, la mise en place de la  » Solution finale  » qui condamna à la mort des millions de Juifs. Parmi eux, les familles Lauterpacht, Lemkin et Buchholz. Philippe Sands transcende les genres dans cet extraordinaire témoignage où s’entrecroisent enquête palpitante et méditation profonde sur le pouvoir de la mémoire.

L’enfant qui mesurait le monde – Metin Arditi –

indexIl y a tellement à dire sur ce livre – et tellement a été dit – que j’aimerais vous parler simplement de ce qui m’a touchée, interpellée, marquée :

– la douleur d’un père venu vivre sur les lieux du décès de sa fille, espérant ainsi rester au plus près d’elle, ne pas tout à fait la perdre, en posant ses pas dans les siens. Refaire les trajets, continuer les projets, grignoter quelques olives noires, un peu de tomates et de fromage feta dans un pain à la farine de maïs, le regard perdu dans les vagues, assis sur le sable. Ne pas effacer la trace.

– l’amour d’une mère pour son petit garçon autiste, qui fait du mieux qu’elle peut tous les jours, pour arriver à tout concilier : aller travailler en le sachant en sécurité, lui apprendre à gagner petit à petit de l’autonomie, de l’assurance, créer autour de lui un espace où il peut évoluer sans terreur, cris et pleurs.

– l’angoisse de cette question toujours présente : « qui allait s’occuper de Yannis quand elle ne serait plus là ? » Cette question, aucune maman ne devrait avoir à se la poser…A-2737027-1460874725-8933.jpeg

l’image de Maraki, tournoyant sur son bateau, les notes entêtantes du rebetiko et la voix de Sotiria Bellou à plein dans les oreilles. Ce moment de grâce qui la fait tenir…

– la Grèce : sa mer, ses criques et cette terre, si belle ! Metin Arditi ne nous y emmène pas. On y est d’emblée. C’est assez saisissant.

– Cette place que les habitants offrent à Yannis, dans leur vie et la vie du village. Elle paraît saugrenue au départ, avec cet instant où tout se fige pour l’enfant qui mesurait le monde. Ce moment partagé qui signe son appartenance au monde des autres. Comme une reconnaissance.

Et n’allez pas croire que c’est un récit larmoyant. Bien au contraire : l’écriture, l’histoire sont flamboyantes. Metin Arditi inscrit son récit dans la modernité en abordant les préoccupations actuelles et légitimes de la population grecque : comment survivre économiquement ? Comment satisfaire l’Europe et ses énarques tout en ne perdant pas son âme ?

Aujourd’hui, ce n’est pas Milos que nous combattons. C’est le FMI, L’Union Européenne et la Banque Mondiale.

Je vous laisse découvrir l’issue de ce combat, en concluant avec une toute petite phrase :

Yannis, tu es un trésor !

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude.
Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de la veille et calcule l’ordre du monde. Maraki, sa mère, se lève aux aurores et gagne sa vie en pêchant à la palangre. Eliot, architecte retraité qui a perdu sa fille, poursuit l’étude qu’elle avait entreprise, parcourt la Grèce à la recherche du Nombre d’Or, raconte à Yannis les grands mythes de l’Antiquité, la vie des dieux, leurs passions et leurs forfaits…
Un projet d’hôtel va mettre la population en émoi. Ne vaudrait-il pas mieux construire une école, sorte de phalanstère qui réunirait de brillants sujets et les préparerait à diriger le monde?
Alors que l’île s’interroge, d’autres rapports se dessinent entre ces trois personnages, grâce à l’amitié bouleversante qui s’installe entre l’enfant autiste et l’homme vieillissant.

Va par où tu ne sais pas… – Laurence de la Baume –

indexParfois, le hasard des lectures fait qu’elles se répondent. Après avoir lu Homo Deus de Yuval Noah Harari qui pointe du doigt le fait que notre modernité à dissocier le couple Intelligence/Conscience pour ne retenir que la première et mettre aux oubliettes la seconde, j’attaquais le livre de Laurence de la Baume (grâce à Babelio et aux éditions Massot), qui elle, témoigne de sa découverte personnelle de niveaux de conscience méconnus.

Car c’est bien d’un témoignage dont il s’agit dans Va par où tu ne sais pas…, bien plus que d’une démonstration ou d’une vulgarisation de thèses scientifiques actuelles qui confirmeraient l’existence de phénomènes liés à la conscience permettant à l’être humain de connaître le monde d’une manière différente, plus immanente et intuitive.

index2J’ai aimé découvrir son parcours et son cheminement : elle qui se définit « cartésienne » va faire l’expérience d’un état de conscience modifiée (comme lors d’une NDE – Near Death Experience – : décorporation, sensations accrues et sur-développées…) à la suite d’une rencontre avec Mudrooroo (romancier australien se disant aborigène) lors d’une interview pour une de ses émissions sur Arte.

Fascinée et à la fois déstabilisée, Laurence de la Baume se met en quête d’en apprendre plus sur ces phénomènes et nous fait partager ses découvertes :

– la Conscience (sorte d’hologramme cosmique) existerait hors du cerveau, dans un au-delà de l’espace-temps dans lequel elle reviendrait lors de la naissance et repartirait à la mort.
– Il y aurait 3 niveaux de conscience :
la conscience d’éveil (celle des perceptions sensorielles), la conscience intuitive (celle de la méditation, au delà des perceptions sensorielles) et la conscience suprême, celle qu’il nous reste à acquérir, qui est connaissance, puissance, amour, équilibre, lumière…
– Notre cerveau n’en serait donc qu’un récepteur et non l’origine. Il faut donc apprendre à se reconnecter à ces différents états de conscience (trouver la bonne fréquence) pour recevoir et comprendre l’information contenue dans ce champ énergétique de l’univers qui, sans cela, nous reste invisible.
– et d’autres concepts tels le champ akashique, le plenum cosmique, la comparaison de la conscience à un hologramme cosmique, … pour lesquels j’avoue, je n’ai pas su saisir exactement ce qu’elle voulait dire. Est-ce mon manque de connaissance ? son manque de clarté ? le fait que je ne sois pas une lectrice avertie de ces idées ? Sûrement un peu tout cela à la fois…

champakashique

Si vous n’êtes pas conscient que nous sommes tous connectés, vous vous malmenez les uns les autres. Vous maltraitez la nature et la planète sur laquelle nous vivons. Donc, il faut que nous changions de conscience pour changer le monde. Et changer de conscience signifie s’ouvrir à de nouvelles possibilités, se changer soi-même.

Là où la modernité fait le pari de l’intelligence, Laurence de la Baume choisit celui de la conscience. Dire cela a été pendant longtemps faire preuve de croyance. Or, elle nous parle de découvertes scientifiques, de la physique quantique avec notamment la théorie de la relativité, qui viendraient soutenir et accréditer ces phénomènes. J’aurais souhaité une démonstration claire et argumentée qui m’aurait permise d’appréhender totalement son propos. Mis à part cela, ce livre aura su attiser ma curiosité sur la possibilité non seulement de comprendre le monde d’une manière autre que rationnelle, mais aussi de vivre et de se concevoir différemment…

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

 » Des sagesses ancestrales à la science de demain, un voyage initiatique aux limites du réel, du temps et de la matière… « 
 » Un éclairage humaniste sur certains des plus grands concepts de notre temps !  » G. F Smoot, Prix Nobel de physique, 2006
Une narrative non fiction mêlant une expérience hors du corps à une enquête approfondie sur l’existence d’un autre niveau de conscience qui nous permettrait de vivre mieux

En 1996, la journaliste Laurence de la Baume, auteure dans l’émission  » Metropolis  » sur Arte, interviewe Mudrooroo, un écrivain aborigène qui se révèle être un  » chaman « . Le soir même,  » en contactant ses ancêtres « , il provoque chez elle une expérience qui va bouleverser sa vie. Elle découvre qu’il existe un autre niveau de réalité. Une  » conscience  » au-delà de notre conscience habituelle.
Laurence décide alors de partir à travers le monde, à la rencontre des plus grands spécialistes de la conscience et des scientifiques d’avant garde ouvrant de nouveaux territoires à la compréhension du réel. Au cours de ce véritable voyage initiatique qui durera plus de 10 ans, ces chercheurs lui confirmeront que nous sommes dotés de capacités extra-sensorielles qui nous relient à l’univers.
Dans ce livre, nous suivrons pas à pas les découvertes du cardiologue Pim van Lommel, spécialiste des  » expériences aux frontières de la mort « , pénétrerons le mystère des  » champs akashiques  » avec le philosophe Ervin László. Nous découvrirons les états modifiés de conscience grâce à la méthode du psychiatre Stanislav Grof et les traces de lumière dans nos corps avec le biophysicien Fritz-Albert Popp. Nous évaluerons notre part de  » libre-arbitre  » avec le physicien Philippe Guillemant, sur le chemin des  » synchronicités  » qui peuvent changer nos vies. Nous irons vérifier la flèche du temps avec George Smoot, le Prix Nobel de Physique 2006. Et en écho à toute cette science, nous découvrirons le  » travail cellulaire  » de Satprem, sur les traces du visionnaire indien Sri Aurobindo et de la Mère, nous capterons des  » voix inexpliquées  » grâce au Père François Brune témoin des communications instrumentales avec  » l’au-delà « .

Homo Deus : une brève histoire du futur – Yuval Noah Harari –

indexPetit à petit, nous sommes entrés dans une nouvelle ère où nous n’hésitons pas à céder des parts de liberté, de notre indépendance et nos données personnelles et privées, pour pouvoir bénéficier de tout ce que peuvent nous apporter les nouvelles technologies. Et cela bouleversera – si ce n’est déjà le cas – l’organisation du Monde : nos sociétés autant que nos droits fondamentaux d’êtres humains. En tête de ce mouvement, citons les vecteurs et acteurs que sont Google, Facebook, la Silicon Valley et bien d’autres…

Dans le passé, la censure opérait en bloquant le flux de l’information. Au XXIème siècle, elle opère en inondant la population d’informations non pertinentes. Nous ne savons précisément pas à quoi prêter attention, et passons notre temps à débattre de problèmes annexes.

Yuval Noah Harari se propose avec Homo Deus : une brève histoire du futur, de nous livrer quelques clefs pour ne pas nous laisser sombrer dans cet océan de données. Il va déconstruire beaucoup de concepts, de réalités que la plupart d’entre nous considèrent comme acquis ou allant de soi : notre libre arbitre, l’humanisme, la démocratie, … puis nous aider à penser ce qu’implique la révolution technologique que nous vivons depuis si peu d’années au regard de l’humanité, et ce vers quoi elle peut nous mener.

Toutes les prédictions qui parsèment ce livre ne sont rien de plus qu’une tentative pour aborder les dilemmes d’aujourd’hui et une invitation à changer le cours de l’avenir. 

Le grand mystère de la vie, de la connaissance et de l’intelligence fait place à une vérité implacable : Nous sommes tous des algorithmes. Et ceci est la clef ultime, non seulement de la compréhension, mais aussi du bond terrible que va faire l’humanité, vers ce nouvel ordre qui verra l’avènement d’Homo Deus (être humain augmenté qui aura su dompter les technologies à son profit). À moins que ce soit le contraire et que l’être humain connaisse le sort qu’il réserve actuellement aux animaux de consommation (parqués, toute volonté annihilée, en totale privation de liberté et sans aucune prise en compte des besoins physiologique et psychologique essentiels et vitaux), tenu par une main de fer et d’acier totalement indifférente à ce triste sort.

Si le développement technologique de « nos machines » les amène à ne plus être au service de l’humain et leur donne une totale indépendance et déconnexion de l’Homme, mais aussi du vivant, qu’aura-t-elle à faire, cette précieuse technologie, de parasites aussi destructeurs que nous ?

images

Au début du XXIe siècle, le train du progrès sort à nouveau de la gare, et ce sera probablement le dernier train à quitter la gare Homo Sapiens. Ceux qui loupent le train n’auront jamais de seconde chance. Pour y trouver une place, il faut comprendre la technologie du XXIe siècle, et notamment les pouvoirs de la biotechnologie et des algorithmes informatiques. 

Si Sapiens : Une brève histoire de l’humanité m’avait sidérée et procurée une intense jubilation intellectuelle, force est de constater qu’Homo Deus est un cran en dessous. Ce qui ne veut pas dire qu’il m’a laissé indifférente, loin de là, mais l’effet de surprise n’était sans doute plus là. Et puis, j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs et redites qui ne permettent pas d’atteindre à ce rythme et cette fulgurance de la pensée que l’on trouve dans Sapiens.

Mais cela reste une lecture prenante et tellement intéressante que le maigre aperçu que je donne ci-dessus est loin d’être à la hauteur de tout ce que Yuval Noah Harari présente. La dernière partie m’a réellement captivée et j’aurais souhaité qu’elle soit bien plus importante. Il y a encore matière à de nombreux développements, interrogations et supputations sur notre futur proche.

« Sœurs et Frères humains, nous n’avons pas fini de trembler ! »
versus
« Réveillons-nous ! »

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Sapiens retraçait l’histoire de l’humanité. Homo Deus interroge son avenir. Que deviendront nos démocraties quand Google et Facebook connaîtront nos goûts et nos préférences politiques mieux que nous-mêmes ? Qu’adviendra-t-il de l’Etat providence lorsque nous, les humains, serons évincés du marché de l’emploi par des ordinateurs plus performants ? Quelle utilisation certaines religions feront-elles de la manipulation génétique ? Homo Deus nous dévoile ce que sera le monde d’aujourd’hui lorsque, à nos mythes collectifs tels que les dieux, l’argent, l’égalité et la liberté, s’allieront de nouvelles technologies démiurgiques. Et que les algorithmes, de plus en plus intelligents, pourront se passer de notre pouvoir de décision. Car, tandis que l’Homo Sapiens devient un Homo Deus, nous nous forgeons un nouveau destin. Best-seller international – plus de 200 000 exemplaires vendus en France, traduit dans près de 40 langues – Sapiens interrogeait l’histoire de l’humanité, de l’âge de la pierre à l’ère de la Silicon Valley. Le nouveau livre de Yuval Noah Harari offre un aperçu vertigineux des rêves et des cauchemars qui façonneront le XXIe siècle. Yuval Noah Harari est docteur en Histoire, diplômé de l’Université d’Oxford. Aujourd’hui, il enseigne dans le département d’Histoire de l’université hébraïque de Jérusalem et a remporté le « prix Polonsky pour la Créativité et l’Originalité » en 2009 et en 2012. Acclamé par Barack Obama et Mark Zuckerberg, son ouvrage Sapiens est devenu un phénomène international : traduit dans près de 40 langues et présent dans toutes les listes de bestsellers à travers le monde.

Les mots entre mes mains – Guinevere Glasfurd –

41+rg1HMkBL._SX210_Quel portrait de femme étonnant nous livre là Guinevere Glasfurd ! Au point qu’on en oublie totalement presque Descartes. Franchement, pour moi, l’attrait principal de Les mots entre mes mains ne fut pas de connaître les tenants et aboutissants de la liaison du grand philosophe avec une servante, lors d’un de ses exils aux Pays-Bas ; mais bien de partager avec Helena Jans, la vie des femmes de son époque et de sa condition. Et que dire de cette quête des mots et du langage, cette opiniâtreté à vouloir s’approprier l’écriture à la plume avec toutes les difficultés matérielles que cela supposait : comment se procurer l’encre, le papier ? Comment ne pas gâcher le peu qui a été donné ? Et ce geste de lisser la plume entre ses doigts juste avant de la tremper dans l’encrier et de commencer à écrire… Et tout cela, en secret, avec la peur d’être découverte car au XVIIème siècle, c’était sacrilège de vouloir instruire les filles, même de bonne famille, alors que dire des servantes…

– « Qu’est-ce qu’il a, ton bras ?
– C’est rien.
– Non, c’est pas rien ! » Elle remonte ma manche. « De l’écriture ? Il y a des mots sur ta peau. Partout ! »
Elle essaie de s’expliquer cette éruption étrange, frotte dessus avec son pouce.
« C’est arrivé comment ?
– Je les ai écrits ».

Une enfant va naître des amours de Descartes et d’Helena. Le philosophe va alors gérer cette situation en grand-homme (au regard bien sûr de son époque) avec le souci premier d’éviter le scandale pour continuer ses recherches et son œuvre, tout en conciliant sa paternité et sa relation avec Helena. Ce qui forcément, ne sera pas simple : on ne peut disposer des êtres comme des choses et son ancienne servante n’a pas l’intention de jouer le rôle qu’il compte lui assigner.

Mais s’il ne remarque pas que je m’en vais, je ne sais plus dans quel monde je suis désormais : un monde qu’il a organisé pour son plaisir – à l’encontre des règles et de celles que je suivais jusqu’alors ? Serais-je surprise si je me réveillais un jour pour découvrir que, finalement, la Terre tourne et que Dieu a disparu ?

Helena veut un avenir pour sa fille. Cette enfant va la pousser à établir cette fameuse liste (que je vous laisse découvrir) et qui va être le fil rouge de sa vie…images

Guinevere Glasfurd nous plonge vraiment dans l’univers de cette époque ; que ce soit le monde des lettres et des sciences du XVIIème, les enjeux et les tâtonnements des recherches de Descartes et leur réception auprès des savants du monde occidental, la condition féminine, le parcours d’un livre de sa rédaction à l’objet imprimé jusqu’à sa diffusion… tout est juste et crédible !

Le seul reproche que je ferai, c’est le rythme du récit qui aurait mérité d’être un peu plus soutenu, surtout dans la première partie, mais là, je chipote ! Car ce rythme colle malgré tout bien à l’histoire.

Et pour finir sur une jolie note, j’ai aimé ce clin d’œil à Virginia Woolf :

J’ai une chambre à moi.
Je ne compte plus les jours.

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Quand Helena Jans van der Strom arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son appétit pour la vie et sa soif de connaissance trouveront des échos dans le cœur et l’esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, où les penseurs sont souvent sévèrement punis, où les femmes n’ont aucun droit, leur liaison pourrait les perdre.
Descartes est catholique, Helena est protestante. Il est philosophe, elle est servante. Que peut être leur avenir?

À partir d’une grande histoire d’amour avérée et méconnue, Guinevere Glasfurd dresse le portrait fascinant d’une femme lumineuse en avance sur son temps. Un roman de passion et de liberté sur fond de fresques envoutantes des Pays-Bas au « siècle d’or ».

 

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air – Darragh McKeon –

indexDarragh McKeon dans Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, situe principalement son roman en Union Soviétique, de la catastrophe de Tchernobyl à nos jours. Nous connaissons tous, ce que fut l’État soviétique avant la Perestroïka et nous savons la manière désastreuse dont ces dirigeants ont géré la catastrophe nucléaire, préférant sacrifier des populations entières au nom de la préservation de la sacro-sainte Patrie et de son idéal politique. Peut-être avez-vous lu beaucoup de livres sur ce sujet, certains parfois insoutenables, révoltants ou poignants – la supplication de Svetlana Alexievitch est tout cela à la fois – et on peut se demander ce qu’un jeune auteur irlandais pourrait apporter de plus sur un tel sujet ?

Darragh McKeon ne s’attache pas spécialement à la tragédie qui s’est déroulée, même si c’est forcément un point central de son récit, mais plus aux personnages dont la vie va, pour chacun différemment, être impactée par cette catastrophe. Comment peut-il en être autrement ? C’est la première chose qui vient à l’esprit. Comment peut-on organiser sa vie après ça ? Et bien, Maria, Evgueni, Sofia, Artiom et tant d’autres l’ont pu. Et pour une raison fort simple : la désinformation, alliée à une répression de fer et une mise à l’écart des victimes (populations proches, liquidateurs, etc) a paralysé et anéanti toute réaction de masse possible. Seul Grigori, chirurgien appelé sur les lieux de la catastrophe, se démène avec les armes qu’il a et un sacré courage pour essayer d’informer, soigner, sauver, agir…, sidéré et révolté par les décisions prises au plus haut degré de l’État et suivies passivement et sciemment en toute connaissance de la situation et des conséquences d’une telle obéissance. Seul, il lutte, jusqu’à ce qu’il ne se contente plus que de soigner, apaiser les maux, et sauver le peu de vies qui peut encore l’être. Et pour combien de temps…

combats humains, combats de chiens.
index

On a cette impression terrible que ce drame sans nom, aux conséquences qu’aucun autre état du monde n’avait encore eu à gérer dans son histoire, ne pèse pas bien lourd devant le poids de la répression, la peur d’être dénoncé pour dissidence, de perdre son emploi, de ne plus pouvoir subvenir au besoin de sa famille…

Il faudrait un gros tuyau d’arrosage pour nettoyer toute l’Union soviétique, faire table rase du passé. Virer ceux qui sont au pouvoir. Promouvoir les personnes de talent. Écouter les nouvelles idées. Il faudrait procéder à tout cela, mais ça n’arrivera jamais. Le système ne le permettra pas.

Il y a quelque chose de pathétique dans leurs histoires et pourtant, on se demande comment il aurait pu en être autrement. Et c’est triste et déprimant d’en arriver à cette conclusion. Mais tant que les Hommes seront prêts à TOUT pour défendre une idéologie, tant que les réalités imaginaires (quelles qu’elles soient : religieuses, politiques, et même humanistes…) auront plus de valeur que la réalité des êtres de chair et de sang, des terres et des océans, … voilà ce qu’il en coûtera ! Voilà le prix qu’il nous faudra payer !

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

En URSS, en 1986.
Dans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins.
Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture, et tente de faire oublier son passé de dissidente.
Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s’étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé.
Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières de l’aube, une aube rouge, belle, étrange, inquiétante.
Nous sommes le 26 avril 1986. Dans la centrale de Tchernobyl, quelque chose vient de se passer.
La vie de ces quatre personnages va changer. Le monde ne sera plus jamais le même…

 

Une vie sans fin – Frédéric Beigbeder –

indexTrès partagée sur cette lecture. Le début m’a vraiment emballée : rythme, pertinence des réflexions (la théorie du selfisme façon Beigbeder vaut son pesant de likes), humour… enfin, je me voyais déjà brandir une foultitude d’étoiles à grand renfort de compliments dithyrambiques, et puis…

Et puis, je me suis lassée.

Lassée de ces visites et déplacements incessants de cliniques en professeurs, de la mise en scène de sa vie, de ce côté people et un peu bobo, qui m’a semblé souvent présent pour contrebalancer un discours qu’il craignait peut-être un peu trop sérieux.

Et pourtant, le sujet est intéressant et on ne peut pas reprocher à Frédéric Beigbeder de n’avoir pas su le développer. Il colle tout à fait aux questionnements que chacun peut avoir face au rendez-vous avec la mort qui semble forcément plus proche à 50 balais qu’à 20 printemps, aux enjeux de la science (et de la finance) face aux balbutiements du transhumanisme. Enfin, balbutiements… Certaines options et recherches, éthiquement condamnées et légalement interdites chez nous, se développent ailleurs et risquent bien de changer la donne de nos sociétés dans quelques décennies.

Tel était le rêve des biotechnogénéticiens : composer une espèce, comme un musicien compose une symphonie.

Le fossé entre les 10 % les plus friqués de la planète qui pourront avoir accès aux bienfaits de ces découvertes et les 90 % des autres (vous et moi) n’a pas fini de se creuser… bon, ça, ce n’est qu’un avis personnel.

index

Il fallu rapidement créer de nouveaux collèges pour les « sur-enfants » dont les notations n’étaient pas mesurables avec les moyens d’évaluation ordinaires.
(…)
La suite n’était pas compliquée à prévoir : le génocide des sous-hommes par les machines biologiques était indispensable pour régler le problème de la surpopulation et du réchauffement climatique.

En conclusion, donc, si vous adorez Beigbeder, peut-être le trouverez vous plus sérieux (c’est qu’il arrive quand même à grandir, le bougre), mais cela ne vous empêchera pas de le suivre avec plaisir dans sa recherche du Graal (la vie éternelle) ; et si comme moi, vous n’êtes pas forcément fan du Monsieur, sans pour autant le détester, vous passerez malgré tout de bons moments à la lecture de ce livre et si son côté « moi-je » ne vous dérange pas, ce sera peut-être un sans faute.

Mais dans tous les cas, vous rirez beaucoup ! Et n’est-ce pas un atout précieux face à la perspective d’une vie sans fin ?

¤ ¤ ¤
4ème de couv :

« La vie est une hécatombe. 59 millions de morts par an. 1,9 par seconde. 158 857 par jour. Depuis que vous lisez ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont décédées dans le monde – davantage si vous lisez lentement. L’humanité est décimée dans l’indifférence générale.
Pourquoi tolérons-nous ce carnage quotidien sous prétexte que c’est un processus naturel ? Avant je pensais à la mort une fois par jour. Depuis que j’ai franchi le cap du demi-siècle, j’y pense toutes les minutes.
Ce livre raconte comment je m’y suis pris pour cesser de trépasser bêtement comme tout le monde. Il était hors de question de décéder sans réagir. »

 

Aveu de faiblesses – Frédéric Viguier –

51RfkixIjnL._SX210_Ce livre est une machination démoniaque ! Tu le commences en te disant « Bof ! Bof ! Bof ». Faut dire que le narrateur est un ado de 16 ans, qu’on pourrait classer dans les moins dégourdis du panel, bien que des esprits mauvais me susurrent à l’oreille qu’ils sont maintenant tous comme cela ! Faisant taire les voix parentales en trauma avec leurs rejetons, je ne cautionnerais pas cette médisance. Mais fort est de constater qu’Yvan ne brille ni par sa culture, ni par son éloquence – Quoi que : « tyrosémiophilie » fait partie intégrante de son lexique, alors que moi, telle une pauvrette, j’ignorais totalement de quoi il s’agissait. Pour info, c’est l’activité de collectionner les étiquettes de fromages – . Tout cela pour dire que, forcément, les premières phrases ne te mèneront pas à l’extase. Mais surtout, lecteur, ne t’arrête pas à cela ! Car, passée la dizaine de pages, fais-moi confiance, tu y seras aux côtés d’Yvan, ce gamin laid et un peu enrobé, doté d’une mère qu’il adore, même si elle a quelques péchés mignons : la sculpture sur beurre et la recherche éperdue de boîtes de fromages en tout genre… Quant à son père, il l’évite. Faut dire que cet ouvrier désabusé apprécie largement mieux franchir la porte du bistrot que celle de sa maisonnée.

Je ne connais rien à l’ivresse, je ne connais que le mot. Je pense que c’est une invention qui rend la solitude supportable, je n’ai jamais essayé, je suis pourtant seul, mais j’ai ma mère, et je pense que c’est un rempart à l’ivresse.

Ce qui fonctionne pour le fils, ne semble pas convenir au père.

indexJe pourrais te raconter l’accroche ou le nœud du récit qui va faire flancher ton petit cœur de lecteur au sein de ce Germinal des temps modernes – Il paraît que Frédéric Viguier n’en est pas à son coup d’essai et que sous sa plume, la misère sociale devient écrasante –, mais je n’en ferai rien ! Je sais, ce n’est pas fair-play, mais que veux-tu : je ne serais pas celle qui va te pourrir la lecture de ce livre.

Car à partir du moment où tu vas l’ouvrir, tu vas rentrer dans la tête de ce gamin. Tu vas t’approprier ses mots, ses angoisses, ses peurs… et tu vas assister à un réel coup de maître !

C’est pas compliqué la liberté, c’est pas une question d’endroit, c’est dans la tête que ça se passe.

Et dans ta tête, peut-être que tu vas la sentir te quitter, cette liberté. À un moment donné tu verras : tu vas la sentir partir…

On ne grandit jamais seul, Yvan, jamais. On peut jouer un rôle, simuler, faire semblant de ne plus avoir peur, mais grandir c’est autre chose.

Allez ! Je te laisse sur cette belle pensée, en espérant que tu viendras m’en toucher quelques mots, si toutefois tu te décides à faire tien cet aveu de faiblesses…

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

« Je suis laid, depuis le début. On me dit que je ressemble à ma mère, qu’on a le même nez. Mais ma mère, je la trouve belle. »

Ressources inhumaines, critique implacable de notre société, a imposé le ton froid et cruel de Frédéric Viguier dont le premier roman se faisait l’écho d’une « humanité déshumanisée ». On retrouve son univers glaçant et sombre, qui emprunte tout à la fois au cinéma radical de Bruno Dumont et au roman social. Mais au drame d’un bourg désindustrialisé du nord de la France, Frédéric Viguier ajoute le suspense d’un roman noir. Dès lors, l’histoire d’Yvan, un adolescent moqué pour sa laideur et sa différence, accusé du meurtre de son petit voisin, prend une tournure inattendue.