Les choryphèles de l’Empereur – Eric Lysoe –

Anthelme, apprenti verrier, suit son Maître Barthelemy, sur la route qui mène au monastère où ils sont attendus tout deux pour remplacer la rosace de l’église. Sur le chemin, Barthelemy trouve une mystérieuse bille de métal aux reflets de verre. Il l’identifie tout de suite comme un objet précieux et magique, un choryphèle de l’Empereur. Au grand dam d’Anthelme qui souhaiterait plutôt le jeter au feu, son maître décide de le garder afin d’en percer les mystères. A ses risques et périls…

On est d’emblée projeté dans le récit, avec des personnages attachants et particuliers et un décor bien planté. Le monastère, ses moines et ses règles de vie n’ont rien d’angélique, car Ici, on se prépare autant à la guerre qu’on veut bien prier pour la paix, éternelle ou non.

Eric Lysoe installe son univers et fait monter, par petites touches, une certaine forme d’angoisse ou tout du moins d’étrangeté qui nous tient sur nos gardes tout au long du récit : Pourquoi autant de borgnes croisés dans ce village ? Chose curieuse, il s’agit toujours du même oeil. Et que dire de ce palefrenier à la main de verre ?

Cette main était une véritable oeuvre d’art. D’un art néanmoins fort éloigné du nôtre.

Sortilège ou hasard ? De la Magie, ça c’est sûr, mais blanche ou noire ?

J’ai beaucoup aimé les passages où l’auteur nous initie au travail du verre, à la création et la pose des vitraux ; cela n’alourdit en aucun cas le récit et donne du corps et de l’intérêt à l’histoire.

En bref, un très bon livre pour lequel je remercie Babelio et les éditions Le verger des Hespérides, que je découvre avec plaisir. Un catalogue à suivre pour une édition jeunesse accessible à tous, sans limite d’âge…

La fin suggère une suite à venir. Espérons-la !

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4ème de couv :

Anthelme est un jeune apprenti qui veut devenir artiste verrier. Avec son maître Barthelemy, ils sont en route pour restaurer la rosace de léglise dun monastère. Après la découverte dun mystérieux choryphèle sur le chemin, le comportement du maître dAnthelme devient étrange. Quel est le secret que cherche à cacher Maître Barthelemy ? Comment expliquer les phénomènes singuliers qui ont lieu dans la région ?

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Eurodance – Aurélien Bellanger –

Aurélien Bellanger met en lumière, à travers la ville de Calais (son tunnel, sa jungle), une Europe prise au piège de ses illusions.

Calais est moins la porte de l’Angleterre qu’un portail irréversible vers le futur – l’ultime stade du grand projet de modernisation de l’Europe.
C’est à Calais que le monde est devenu absolument moderne.

Une Europe qui a cru en un monde nouveau, un monde où les Européens inventeraient des règles nouvelles et pourraient faire fi de l’Histoire et de la Géographie pour relier les êtres et abolir les frontières (géographiques et culturelles). 

Les Européens de l’âge du tunnel avaient grandi dans la paix. Soixante-dix ans de paix. Une paix immense, une paix continentale. 

La péninsule européenne s’était vitrifiée dans un ensemble d’institutions bienveillantes et de traités régulateurs. 

L’Europe était le lieu où la guerre était sortie du monde. 

Une génération de Playmobil. 

Le verre brisé de l’histoire redevenu du sable.

Mais une Europe vite rattrapée par la réalité, par cette mondialisation qui a ouvert une guerre d’un autre genre. 

Nous pensions que les villes, longtemps fermées et fragiles comme des œufs, étaient enfin rendues au ciel (…) avaient enfin abandonné leurs formes défensives. Sans vouloir nous apercevoir que l’Europe est devenue folle, devenue hostile et malveillante. Les normes de sécurité des grands aéroports sont devenues les procédures de contrôle standard des flux humains et logistiques.

Face à la génération des années 80, qui sait au plus profond d’elle-même qu’elle a participé à l’élaboration d’une chose sans précédent, dans le temps et dans l’espace, et qui reste encore pétrie de toutes ces promesses européennes, il y a la génération des années 93… 

On ressent cette fracture, cette sorte de nostalgie aussi, mêlée d’incompréhension : Qu’est-ce qui a bien pu foirer dans notre si beau projet ? Comment se peut-il que nous parlions à nouveau de frontière, de sécurisation…, là où nous n’avions à la bouche que les mots de liberté, d’abolition et de renouveau ?

Les formes recroquevillées et humaines sont apparues, en fausses couleurs, sur les écrans de contrôle.

Les clandestins de la marchandise, les passagers de la fin de l’histoire.
Des réfugiés venus d’un monde en guerre et risquant de contaminer le continent de la paix.

Eurodance, du nom de la musique la plus triste du monde, le bruit d’un univers qui vacille dans le néant. 

Telle une fuite en avant ?

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4ème de couverture

L’eurodance est un courant musical transeuropéen contemporain des grandes utopies de la fin du second millénaire : la fin de l’histoire, le traité de Maastricht et le triomphe de la logistique. L’époque est aux grands projets d’infrastructure et à la coopération internationale, au laboratoire du Cern et au tunnel sous la Manche. 
L’Europe déchirée par l’histoire commence à croire à une paix possible. 
L’eurodance, la musique de fête de la jeunesse de ces années-là, est pourtant d’une tristesse infinie. 
L’eurodance est peut-être le dernier grand courant artistique transeuropéen. 
Ce texte propose de l’entendre comme une élégie européenne. 
C’est la première partie d’un spectacle appelé 1993, spectacle joué par des acteurs nés cette année-là, et mis en scène par Julien Gosselin.

Hortense – Jacques Expert –

Jacques Expert commence son récit sur la déposition du commissaire chargé de l’enquête de la disparition d’Hortense, une petite fille arrachée à sa mère par son père biologique et restée introuvable depuis 1993. L’histoire se passe en 2015. Puis, nous découvrons Sophie, la mère de la gamine, à la vie déchirée qui n’a eu de cesse depuis toutes ces années de retrouver sa fille… 

Voilà ce que je suis devenue. Rien. Même pas un fantôme. Un fantôme, on finit toujours par le voir. Moi je ne suis rien, depuis une éternité, et cela m’indiffère.

L’auteur va alterné, dans de courts chapitres assez denses, les dépositions, les points de vue de Sophie, d’Hortense, et ainsi de suite jusqu’au dénouement final, dont je ne vous dirais absolument rien ! 

Mon avis sera donc court car je n’ai aucune envie de vous priver du plaisir de lire ce livre. Une chose est sûre, si comme moi vous vous laissez embarquer, vous ne pourrez plus le lâcher… Et quand j’apprends en plus que l’auteur s’est inspiré d’un fait divers, je ne peux que m’interroger sur le destin de cette femme et me demander si sa fille restera – ou non – toute sa vie dans l’ignorance ? Si elles finiront un jour par être réunies ? Parfois la réalité dépasse la fiction…
C’était mon premier Jacques Expert. Ce ne sera pas le dernier ! 

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4ème de couv : 

1993 : Sophie Delalande est folle d’amour pour sa fille, Hortense, presque trois ans, qu’elle élève seule. Son ex-compagnon est un homme violent, auquel elle refuse le droit de visite. Un jour, il fait irruption chez elle et lui enlève Hortense.
2015 : Sophie mène une vie morne, solitaire. Un dimanche pluvieux, elle se fait bousculer par une jeune femme dans la rue. Persuadée qu’il s’agit d’Hortense, elle la suit. Sans rien lui dévoiler, elle sympathise avec elle. La relation qui se noue alors est pleine de mystères. Sophie ne serait-elle pas la proie d’un délire psychotique qui lui fait prendre cette inconnue pour sa fille ? Et cette jeune femme est-elle aussi innocente qu’elle le paraît ?
Une intrigue fascinante et haletante, inspirée d’un fait divers.


 

La forêt des araignées tristes – Colin Heine –

Bastien est un aristocrate déconnecté des enjeux et des difficultés de la vie, qui passe l’essentiel de son temps à collecter et étudier les créatures naissant de la vape, que lui ramène Ernest, explorateur et aventurier, lors de ses expéditions. Sa vie va prendre un tournant radical, lorsqu’il va enquêter sur un accident qui a bien failli lui coûter la vie. Un peu naïf et assez désarmé face au monde qu’il va découvrir, il lui faudra compter sur l’aide d’Agathe, sa gouvernante au caractère bien trempé pour arriver à sortir vivant de cette aventure. 

 J’ai beaucoup apprécié la révolte des ouvriers, la répression qui  en découle et la fuite d’Angela, qui va venir se greffer au petit groupe que constitue Bastien, Agathe et Ernest. Cette différence entre le monde du haut et celui du bas booste le récit : 

Le lac, c’est sale et c’est tout noir, hein ? ça pue la vase et le poisson pourri ! On y jette ses ordures et on n’y pense plus ! Eh ben sachez une bonne chose, monseigneur de Corville : le lac, c’est aussi la vie de dizaines de milliers de crève-la-faim ! On y trouve des mendiants, des gavroches et des pulmonaires en fin de tout, mais tous ces gens y vivent ! C’est leur quotidien ! Qu’ils s’aventurent un peu trop haut sur les piliers, et ces messieurs de la police auront tôt fait de les renvoyer à leur cloaque. Alors qu’on me dise pas qu’il y a personne en bas. Il y a une vie sale, grouillante, dépérissante et qui se cramponne comme elle peut à l’existence, mais une vie quand même. Alors on va compter sur elle et ne pas se dire que ces pauvres gens ne servent à rien. Pour une fois qu’il se passe quelque chose près de leur misère, peut-être que quelqu’un aura un truc à dire !

Un premier roman et un auteur que j’ai eu plaisir à découvrir grâce à Babelio et aux éditions ActuSF. A noter : la superbe illustration de Dogan Oztel !

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4ème de couv :

Bastien est paléontologue : sa spécialité ? Étudier les créatures étranges qui naissent de la vape, ce mystérieux brouillard aux propriétés énergétiques extraordinaires qui a recouvert le monde et menace de l’engloutir un peu plus chaque jour. Tour à tour victime d’un dramatique accident en apparence banal duquel il réchappe de justesse et témoin d’un attentat, où sa survie ne tient à nouveau qu’à un fil, il voit son destin basculer.
Le voilà pris dans l’engrenage d’une affaire d’espionnage d’envergure internationale, sous les feux croisés d’une société secrète d’assassins, de brutes armées et d’une agence de détectives aux méthodes douteuses. Sans compter qu’une créature cauchemardesque, tout droit venue des Vaineterres, ces zones perdues dans un océan de vape, semble bien décidée à lui faire la peau…

Disruption – Stéphane Mallard –

Disruption : Terme didactique désignant une fracture, une rupture. 

Oui, moi aussi cela m’a laissée coite. Mais après avoir écouté Stéphane Mallard, je peux vous proposer une définition plus parlante : le fait de casser des systèmes (économiques, culturels, politiques…) bien établis depuis des années, en proposant de nouveaux modèles et services innovants qui vont littéralement déboulonner et reléguer ces derniers au passé sans autre forme de procès… 

Si vous me parlez des chaînes TV publiques ou privées, je vous dis Netflix ! 
Si vous pensez Taxis, licences et monopole, j’avance Uber, les hôtels, Airbnb… La liste peut être longue, mais vous aurez compris l’idée.

 Cette nouvelle manière de concevoir l’économie, nos vies, nos loisirs, l’apprentissage… s’appuie à plein sur les nouvelles technologies (dont l’intelligence artificielle) mais aussi sur des esprits créatifs libres, non formatés par nos modes de penser, de concevoir, de travailler, de consommer…

La disruption va tout balayer, nos entreprises comme notre vision de l’humain. Disruptez-vous pour éviter de vous faire disrupter !

Disruption - Stéphane Mallard - L’intelligence artificielle fait des progrès à pas de géant et n’a déjà plus grand chose à voir avec la technologie comme nous l’entendions ou l’entendons encore ! Là, nous ne parlons plus d’outils, de machines ou d’objets, mais de technologie innovante que l’on contrôle par la pensée et qui, à terme, devanceront même nos pensées, nous permettront d’anticiper nos émotions, nos réactions voire d’accéder à nos désirs avant même que nous en ayons conscience…

Science fiction, me direz-vous ? Méfiez-vous, cette seule idée, si elle est la votre, vous expose directement à la disruption. Ceux qui tireront leur épingle du jeu, seront ceux qui auront su anticiper, créer, devancer un courant, un besoin, une demande, … avant même qu’ils émergent… mais pour cela, il faut savoir penser autrement… 

Je ne développe pas plus, tout et tant sont à découvrir dans ce livre ! 

Mais je vais vous livrer pèle-mêle quelques réflexions qui me sont venues au fur et à mesure : 

– son développement sur la fin du salariat est puissant et je pense fort pertinent, idem pour son analyse de notre système éducatif ;

– si seuls les esprits créatifs et innovants pourront travailler et donc gagner leur vie, que vont devenir tous ceux qui n’ont pas ce profil ? Assistanat ? Revenu universel ?(oui, mais financé par qui ?) ou toute autre option des plus Happy aux plus Gore…

– seul un pourcentage infime des hommes pourront être acteurs de cette disruption, aboutissant à la création de produits et services de plus en plus novateurs. La question se pose de savoir qui pourra se permettre d’accéder à toute cette technologie ? Stéphane Mallard parle beaucoup d’empathie, de bienveillance, de progrès technologiques allant vers un mieux-être pour l’humanité. Pour lui, le monde sera un nouvel Eden… Mais qui financera tout cela ? Les GAFA ont-elles une âme de Robin des Bois ? Cela se saurait, non ? Le monde de la finance, disrupté ou non, a encore de beaux jours devant lui… Je ne peux imaginer que la course aux profits disparaisse pour laisser place à l’Altruisme. Ou alors, ils cachent bien leur jeu ;

– le réel dont il parle, me semble encore bien loin ! Et là, je commence sérieusement à me dire que je suis en bonne place sur la liste des potentiels futurs disruptés et qu’il va falloir que je me prenne en main histoire de changer avant qu’il ne soit trop tard… pour moi.

4ème de couverture :

Disruption. Mélange de rupture et de révolution, à la fois rapide, brutale et inéluctable. Ce terme qualifie de plus en plus l’époque actuelle, propulsée par les progrès technologiques. Des secteurs entiers, établis solidement depuis des années, disparaissent très rapidement, remplacés par des acteurs plus petits, plus agiles, plus efficaces, moins chers, moins arrogants. Ces acteurs de la disruption, nous les connaissons : ce sont Uber, Airbnb, Netflix, et bien d’autres.
Tout est disruptable : les entreprises et leurs services, mais aussi nos modèles d’organisation, nos manières de penser, de communiquer, de travailler, nos valeurs et jusqu’à notre propre corps. Face à la puissance de cette vague qui balaie tout sur son passage, il est urgent de comprendre les nouveaux codes exigés par la disruption, et de se disrupter soi-même pour ne pas disparaître.
Sur un ton libre et enthousiasmant, ce livre donne les clés pour comprendre le monde en train de naître, ne pas le craindre, et s’y engager, pour éviter que d’autres ne le bâtissent à notre place. Une lecture dynamique et incarnée par l’auteur lui-même, un des plus grands spécialistes de la transformation digitale.

Les passeurs de livres de Daraya – Delphine Minoui –

Ce n’est pas que je n’ai pas envie d’aborder cette thématique si forte, de la littérature, de la lecture qui sauvent les hommes, de cette formidable entreprise qui consiste à construire une bibliothèque sous les bombes, avec les livres extraits des décombres, des flammes… Décrire à quel point, ce lieu de culture et de loisirs devient ici un lieu de survie, de résistance, une petite bulle protectrice où se poser pour reprendre pied, continuer la lutte, rêver à un pays libre et éclairé… jusqu’à devenir un symbole. Non, ce n’est pas cela.

C’est que j’aimerai évoquer Shadi, Ahmad, Omar, Hussam, les femmes de Daraya et tous les autres qu’on nous présentent la plupart du temps comme des terroristes vivants dans l’obscurantisme et dont la seule motivation serait de détruire le régime de Bachar-al-Assad pour instaurer une gouvernance religieuse et intolérante. Ces dangereux rebelles qu’il faut à tout prix écraser dans un conflit qu’on évoque le plus souvent uniquement comme une guerre contre le terrorisme. 

Delphine Minoui évoque de front cette question  avec Ahmad :

La question djihadiste me taraude. A Damas, la télévision pro-régime Al-Dounia ne cesse de proférer la même rengaine : Daraya est un nid de terroristes. Il faut les éliminer. En découdre pour de bon. Le mensonge d’Etat, fidèle à la fabrication d’un récit officiel, ne fait aucun doute. Je souhaite pourtant en avoir le cœur net : la banlieue de Daraya héberge-t-elle, oui ou non, des terroristes islamistes, fussent-ils en minorité ?

La réponse d’Ahmad est honnête et lucide. Si la jeunesse s’est laissée séduire dans un premier temps par cette idée de l’islam comme étendard, une façon de dire non à un régime castrateur, elle a pour la plupart vite découvert le vrai visage sous le drapeau noir : les attentats-suicides, la terreur imposée dans les territoires tombés sous leur contrôle, l’assassinat de combattants de l’Armée syrienne libre, … 

Dans les passeurs de livres de Daraya, je ne les ai pas trouvés, ces djihadistes ivres de Dieu. J’ai découvert de jeunes hommes qui se battent, pas seulement « contre », mais pour :

– pour le droit de s’exprimer et de vivre autrement ; 
– pour la liberté – celle de penser, de dire, d’apprendre, lire et enseigner autre chose que ce qui est convenu et étiqueté politiquement acceptable par le système ;
– pour l’instauration d’une démocratie et donc pour une révolution – politique, culturelle, sociale… ; 
– vivre autrement, puis vivre tout court ;
– …

Je ne suis pas en train de vous dire que Daraya est pure de tout terroriste islamiste. Je vous fais partager cette découverte bouleversante de ces jeunes en lutte, de ces 47 femmes signant cette missive collective : cri de détresse lancé à la face du monde occidental qui s’en fout, noyé dans ses propres préoccupations et qui regarde tout cela de bien loin…

JE regardai tout cela de bien loin. Maintenant, je ressens les choses autrement. J’essaie de ne pas tomber dans la pensée unique, de ne pas laisser ce voile de l’esprit tomber devant mes yeux pour enfin essayer de penser différemment ce conflit. Les passeurs de livres de Daraya - Delphine Minoui -Daraya n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Damas, la Syrie, aux portes de la Turquie où vit Delphine Minoui – quelle femme et quelle journaliste ! Qu’il serait salutaire qu’on donne à de telles personnes la parole plus souvent, autrement que brièvement sur la 5 ou Arte. Si vous ne devez lire que quelques pages des passeurs de livres, lisez les pages 92 à 95. Elles touchent au cœur, à un essentiel. Je les publierai sur mon blog. Plus qu’une citation, ce sera un extrait. Tant pis. Je ne force personne à le lire. 

Ce leitmotiv de Bachar-al-Assad – « Moi ou le Chaos » -, je ne veux plus le voir comme la moins mauvaise des solutions à ce conflit. Je veux le voir comme ce qu’il est réellement : une carte blanche laissée au tyran pour anéantir tout ce qui s’oppose à lui. Fût-ce son propre peuple…

De Daraya, ce sont ces images-là que je veux conserver en mémoire, a-t-il insisté. Celle d’un groupe uni, soudé. D’une envie commune de construire l’avenir. De défendre de nouvelles idées. Nous ne faisions qu’un. Une ambiance de solidarité, de camaraderie. Une expérience unique qui aurait pu servir de modèle à d’autres villes. Daraya, ce n’est pas seulement un lieu, c’est un esprit.


Disponible en replay sur France5 ou sur Youtube

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4ème de couv : 

De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Delphine Minoui est grande reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient. Prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak, elle sillonne le monde arabo-musulman depuis 20 ans. Après Téhéran, Beyrouth et Le Caire, elle vit aujourd’hui à Istanbul, où elle continue à suivre de près l’actualité syrienne. Elle est également l’auteur des Pintades à Téhéran (Jacob-Duvernet), de Moi, Nojoud, dix ans, divorcée (Michel Lafon), de Tripoliwood (Grasset) et de Je vous écris de Téhéran (Seuil).

Cosmos – Michel Onfray –

Le livre n’est grand que lorsqu’il apprend à se passer de lui, à lever la tête, à sortir le nez du volume pour regarder le détail du monde qui n’attend que notre souci.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire ce que vous avez à faire. Je pourrais éventuellement lâcher à mi-mots « Lisez Cosmos ! » avec ce sourire entendu, un brin crétin parfois, de celle qui se la joue, entre initiée et novice. Je pourrais. Mais je préfère vous confier mes impressions sur cette lecture singulière. 

Cosmos - Michel Onfray - Michel Onfray nous propose une invitation au sublime résultant de la tension avec le souci et l’attention au spectacle du monde concret et la petitesse de notre conscience aiguisée, sachant qu’elle n’est pas grand-chose, mais qu’elle peut beaucoup.

Il commence par nous faire ressentir cet écart qui existe maintenant entre ce qu’il appelle le temps virgilien, celui de la nature, des saisons …, celui de son père. Un temps où l’homme vivait en harmonie avec le monde, au même diapason, sans heurts et précipitations, sans cette idée récurrente que nous avons tous maintenant de gagner ou de perdre du temps, « son » temps…

Ignorer les cycles de la nature, ne pas connaître les mouvements des saisons et ne vivre que dans le béton et le bitume des villes, l’acier et le verre, n’avoir jamais vu un pré, un champ, un sous-bois, une forêt, un taillis, une vigne, un herbage, une rivière, c’est vivre déjà dans le caveau du ciment qui accueillera un jour un corps qui n’aura rien connu du monde.

Cette force vive, à laquelle nous tentons de nous arracher ou faisons « comme si » nous n’y étions pas reliée, nous détermine et finit toujours par nous soumettre, que ce soit simplement en sonnant la fin de nos existences. Homme ou Animal, nous y sommes tous soumis. Il n’y a pas de différence de nature entre l’homme et l’animal mais une différence de degré. Ce cosmos, d’où nous sommes issus et dans lequel nous vivons et interagissons, peut être la clef d’une sagesse retrouvée, hors de toutes les interprétations religieuses ; l’occasion d’un discours sur le monde, enfin concret et cohérent avec notre nature profonde…

Ce que j’ai eu énormément plaisir à lire : 

– les très belles pages sur son père ; 
– cette découverte de la culture tzigane ; 
– l’incroyable expérience de Michel Siffre, ce géologue, exilé volontaire sous la terre pendant deux mois ; 
– toutes ses réflexions sur l’animal, comme alter ego, sur le véganisme et le végétarisme ; 
– son analyse du Land Art…

Sans compter tout ce que j’oublie…

J’ai eu plus de mal avec son analyse des Haïkus. Un brin longuet à mon goût, mais cela reste très subjectif. 

En un mot, j’ai vraiment apprécier ce livre, qui nous ouvre à d’autres horizons, tout en nous ramenant constamment à ce que nous sommes. Je compte bien lire Décadence, même s’il me tente un peu moins. 

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4ème de couv : 

Cosmos est le premier volume d’une trilogie intitulée « Brève encyclopédie du monde ». Il présente une philosophie de la nature. Il sera suivi de « Décadence », qui traitera de l’histoire, puis de « Sagesse », consacré à la question de l’éthique et du bonheur. « Trop de livres se proposent de faire l’économie du monde tout en prétendant nous le décrire. Cet oubli nihiliste du cosmos me semble plus peser que l’oubli de l’être. Les monothéismes ont voulu célébrer un livre qui prétendait dire la totalité du monde. Pour ce faire ils ont écarté des livres qui disaient le monde autrement qu’eux. Une immense bibliothèque s’est installée entre les hommes et le cosmos, et la nature, et le réel ». Tel est le point de départ de ce livre, dans lequel Michel Onfray nous propose de renouer avec une méditation philosophique en prise directe avec le cosmos. Contempler le monde, ressaisir les intuitions fondatrices du temps, de la vie, de la nature, comprendre ses mystères et les leçons qu’elle nous livre. Tel est l’ambition de ce livre très personnel, qui renoue avec l’idéal grec et païen d’une sagesse humaine en harmonie avec le monde.

Les âmes englouties – Susanne Jansson –

L’histoire commence simplement : Nathalie Ström, revient sur ses terres natales pour finaliser sa thèse en biologie. Elle loge dans une petite maison, près d’un vieux manoir. Elle fait rapidement la connaissance d’un étudiant en art qu’elle va mettre à contribution pour effectuer toute une série de mesures scientifiques dans la tourbière. Jusqu’au jour où elle le sauve d’une mort certaine…

Une enquête est menée par un policier pas vraiment motivé ; la photographe sous contrat aux affaires criminelles, Maya, est bien plus décidée à faire éclore la vérité… Car, peu à peu, les cadavres remontent à la surface, si j’ose dire, sortent les uns après les autres de la tourbe. Et pourtant, rien n’indique qui pourrait en être responsable. La tourbière a tout englouti, les preuves comme les corps et que dire des âmes ? C’est là tout le nœud et l’intérêt de ce récit…

Les tourbières sacrificielles avaient la réputation d’être à la fois dangereuses et sacrées. Un lieu à craindre et à vénérer en même temps.

Devant ces événements, le passé de Nathalie prend peu à peu sens. Elle qui ne s’est jamais vraiment confiée ni libérée de son histoire, se rend compte qu’elle va devoir affronter toutes ces choses et que tout cela est peut-être lié…

Susanne Jansson installe dès les premières pages une ambiance assez fantasmagorique… Les paysages de tourbières, les personnages assez froids et distants, suspicieux souvent, prennent corps sous sa plume. On a vraiment l’impression de se frayer un chemin dans les tourbières avec l’angoisse d’être happée par cette terre mouvante en cas de faux pas… 
A découvrir !  

Je remercie les éditions Presses  de la Cité pour l’envoi de ce livre sans oublier Babelio et ses opérations masse critique.

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4ème de couv : 

Surgie des tourbières scandinaves, une nouvelle voix du polar nordique

Pour travailler à sa thèse de biologie, Nathalie retourne vivre dans sa région natale, au coeur d’une Suède humide et reculée. Dans la petite maison qu’elle habite en forêt, elle se laisse rappeler à son enfance douloureuse, à l’époque où la disparition de la jeune Tracy avait inauguré une succession de drames. Un jour, un cadavre est retrouvé dans la tourbière. Dix années auparavant, déjà, une jeune fille momifiée avait été découverte au même endroit. Bientôt, de nouveaux cadavres affleurent. Alors que la police se met en quête d’un serial killer, Göran, ancien 
professeur de physique, est convaincu que l’endroit est peuplé de revenants. Cette théorie intrigue aussi Maya, photographe judiciaire. Les trajectoires de Nathalie et de ces deux enquêteurs de l’ombre vont se mêler… et de nombreux secrets seront déterrés. 

Angoissant et précis, un thriller atmosphérique à la rare puissance suggestive, qui conjugue tentations surnaturelles, croyances populaires, explications scientifiques et fines analyses psychologiques.

Ma vie balagan – Marceline Loridan-Ivens –

Voilà ! Ça c’est dit ! Maintenant vous pouvez ouvrir ce livre et mesurez la force incroyable de ce petit bout de femme ! Elle en a fait grincer des dents, Marceline, jamais la langue dans sa poche, toujours un mot plus haut que l’autre. Rebelle et indignée. C’est peut-être cela sa revanche, prendre toutes les libertés, même et surtout, celles qu’on lui refuse… 

Elle évoque ses souvenirs, les hommes de sa vie, ses combats et bien sûr les camps. C’est une révoltée, une rebelle, Marceline. Insaisissable, toujours en mouvement : une valise toujours  prête au cas où, ses marches folles jusqu’à l’épuisement et ce désir de foutre le camp !  Oui, foutre le camp, comme dit Myriam dans la petite prairie aux bouleaux, ce film qu’elle a tourné avec Anouk Aimée que j’aimerai tant découvrir… Et cette femme après la projection qui lui demande si elle en a fait exprès d’utiliser cette expression « foutre le camp ». Vous vous rendez compte ? Non elle ne s’était pas rendu compte… 

Ma vie balagan - Marceline Loridan-Ivens -

On connait tous son amitié pour Simone Veil : les pages qu’elle lui consacre sont emplies de sobriété et de pudeur. On y découvre Simone comme elle aimait la raconter. Et d’autres anonymes également, auxquels elle tente de rendre justice, avec cette peur et cette tristesse que sa mémoire n’y suffise plus… 

L’âge lui vole ses souvenirs, elle s’en plaint à la fin du livre, mais certainement pas sa détermination et son indignation ! Ma vie balagan n’est pas un mémorial où reprendrait vie ceux qui ne sont plus, Ma vie balagan est une formidable ode à la  vie, à la détermination et à cette ténacité qui fait que vivre, c’est ne rien lâcher, ne pas plier. Tenir bon ! Toujours !  

Je pense que la mort arrive à un moment du chemin où ça va comme ça. Ça suffit. Mais je n’en suis pas sûre non plus. Il y a des gens qui ont très peur de mourir. Moi, je ne peux pas dire que je n’ai pas peur. J’aimerai encore simplement être. C’est tout. Pas faire. Être. 

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4ième de couv : 

Le matin de ses soixante-dix-huit ans, Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, calcule que 7 et 8 font 15 : quinze ans, son âge lors de sa déportation au camp d’Auschwitz-Birkenau. Elle contemple les objets de sa maison, qui réveillent en elle des fragments de sa vie faite de désordres, de révoltes, de provocations et d’engagements sur les marges du monde… 1945 : revenue d’Auschwitz détruite à mort, Marceline se lance dans la vie comme si elle n’avait plus rien à perdre. Elle hante les nuits bleues des caves de Saint-Germain-des-Prés, entre au PC, claque la porte, porte les valises pour le FLN, s’engage pour l’avortement – elle est de tous les combats. Et rencontre le grand cinéaste Joris Ivens ; la voilà avec lui au Vietnam sous les bombardements, à Pékin pendant la Révolution culturelle… Une grande histoire d’amour et de cinéma commence. Simone Veil, son amie pour la vie, se rappelle que même à Auschwitz Marceline racontait des histoires drôles. Une façon pour elle de survivre à la souffrance omniprésente du souvenir. Ainsi se reconstruit à la première personne, sur une mémoire fuyante et une force de vie contagieuse, la légende intime de Marceline Loridan-Ivens, que le feu des nazis n’a pas pu anéantir.

Une colonne de feu – Ken Follett –

Quand un homme est convaincu de connaître la volonté de Dieu, et qu’il est résolu à l’accomplir à tout prix, il devient l’être le plus dangereux du monde.  

Le destin tragique de Marie Stuart a été un des moments forts du récit pour moi. Sa rivalité avec Elizabeth, les tentatives d’instrumentalisation de ce conflit entre ces deux reines par divers conseillers ou hommes de guerre, et la manière dont elles ont fait face, essayant de reprendre la main sur ce jeu de pouvoir et de dupes, en sachant pertinemment quel serait le prix à payer pour celle des deux qui échouerait… un événement sans précédent, à cette époque.

Je referme le livre avec une formidable envie de découvrir le film qui va sortir bientôt sur Marie Stuart, reine d’Ecosse, et espère ne pas vous avoir détourné de la lecture du dernier opus de cette si belle saga ! Ne vous privez surtout pas de le lire, si ce n’est déjà fait !