Check-point – Jean-Christophe Rufin –

4100OWdLDbL._SX210_Donner pour une cause humanitaire, en restant bien au chaud chez soi, et prendre le volant d’un camion pour apporter vivres et vêtements dans une Bosnie en guerre, sont deux choses bien différentes. Avant de lire Check-point, j’aurai eu tendance à penser qu’elles avaient néanmoins en commun ce désir d’aide et d’assistance à apporter à des populations civiles, premières victimes des conflits armés. Depuis que je l’ai lu, je m’aperçois que tout cela n’est pas aussi simple que ça et que de nombreux facteurs (politiques, sociaux, humains) interfèrent bien souvent dans les meilleures volontés du monde…

L’idéal qui l’avait d’abord amenée là révélait son caractère dérisoire, presque ridicule. Ces caisses défoncées semées sur une route étaient l’image tragique de l’impuissance humanitaire. Face à l’horreur et à la complexité de la guerre, ces ballots de vêtements, ces colis de nourriture et ces boîtes de médicaments étaient tout simplement grotesques.

Sur ces cinq personnes embarquées dans ce convoi, deux ont vraiment une vision idéaliste de l’aide, chacun à leur manière ; pour les 3 autres, cela reste bien différent…

Il se moquait pas mal de savoir comment vivaient les gens qu’ils allaient secourir. La seule chose qui lui importait, comme aux autres, ceux qui travaillaient au siège devant leur ordinateur, c’était d’avoir trouvé des « bénéficiaires ». Grâce à eux, l’association allait pouvoir recevoir l’argent de l’Union européenne et la machine caritative continuerait de tourner.

index

Il ne faut pas oublier que ce livre de Jean-Christophe Rufin est avant tout un thriller et que si votre motivation à sa lecture, est d’en savoir un peu plus sur cette guerre, vous risqueriez d’être déçu…

J’ai aimé que l’auteur nous fasse partager sa connaissance de l’action humanitaire, des ONG et des scènes de guerre à travers son récit. Malgré tout, Check-point est beaucoup plus centré sur la psychologie, les motivations des personnages et cette tension entre eux qui monte crescendo jusqu’au dénouement final. Ce qui en fait pour moi, une lecture plaisante mais qui aurait gagné en profondeur si l’auteur avait pris le parti de développer les motivations données en postface.

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Maud, vingt et un ans, cache sa beauté et ses idéaux derrière de vilaines lunettes. Elle s’engage dans une ONG et se retrouve au volant d’un quinze tonnes sur les routes de la Bosnie en guerre.
Les quatre hommes qui l’accompagnent dans ce convoi sont bien différents de l’image habituelle des volontaires humanitaires. Dans ce quotidien de machisme, Maud réussira malgré tout à se placer au centre du jeu. Un à un, ses compagnons vont lui révéler les blessures secrètes de leur existence.
Et la véritable nature de leur chargement.

À travers des personnages d’une force exceptionnelle, Jean-Christophe Rufin nous offre un puissant thriller psychologique. Et l’aventure de Maud éclaire un des dilemmes les plus fondamentaux de notre époque. À l’heure où la violence s’invite jusqu’au cœur de l’Europe, y a-t-il encore une place pour la neutralité bienveillante de l’action humanitaire ? Face à la souffrance, n’est-il pas temps, désormais, de prendre les armes ?

Publicités

Le dernier banquet – Jonathan Grimwood –

indexEst-ce parce que ses parents sont morts de faim en le laissant seul au monde ou parce qu’il a été obligé de se nourrir de scarabées vivants, juteux et croquants, que Jean-Marie d’Aumout est autant fasciné et obsédé par le goût de tout ce qui peut se mettre sous la dent ? Je pencherai plutôt pour la seconde hypothèse. Après avoir goûté à cela, il s’est mis en tête de goûter à tout ! Et quand je dis tout ! C’est tout ! Une longue découverte qui va le mener à l’écriture d’un livre de recettes et d’avis divers sur tous ces aliments d’un nouveau genre. Au XVIIIe siècle, sa passion étonne, surprend, révolte ou écœure. Ou tout cela à la fois…

Jean-Marie d’Aumout est noble. C’est sans doute ce qui lui permet de continuer ses expériences, ballotté par le cours de l’Histoire, les guerres de pouvoir, les bouleversements sociaux et politiques faisant naître la révolution qui sonnera le glas de la noblesse et de ses pouvoirs.

J’ai un avis assez partagé sur ce livre. Il y a des passages un peu glauques – je lui laisse volontiers l’intégralité de ses découvertes culinaires : j’avoue qu’aucune de ses recettes n’a eu grâce à mes yeux ; je ne les ai rapidement, tout simplement pas lues. Par contre, j’ai aimé suivre l’enfance de Jean-Marie et son ascension dans le Monde, les prémisses de la Révolution qu’on devine, la contestation des gueux et le mépris des biens-nés devant la révolte qui gronde. Certains sauront tirer leurs épingles du jeu, d’autres mourront avec l’ancien temps. Quant à Jean-Marie, il regarde tout cela d’un œil indifférent, fort lucide sur les véritables enjeux de cette rébellion en gestation.

AVT_Jonathan-Grimwood_7915

Les intrigues de cour ont cessé depuis longtemps de m’intéresser. Je les laisse à Jérôme et Charles. Quant aux revendications d’Émile autrefois, elles m’ennuient. Les amis d’Émile ne veulent pas ouvrir la cage et remettre les animaux en liberté, ils veulent seulement changer le propriétaire du zoo.

Je n’irais donc pas jusqu’à parler de « chef-d’œuvre », mais plutôt d’un auteur qui a su surfer sur la vague du Parfum, avec quelques touches sulfureuses et un peu trash, pour nous offrir un livre aussi plaisant que dérangeant, dont je retiendrais surtout les passages sur la société de cette époque et les premiers pas d’une révolution en marche.

Je sens le poids de l’histoire inéluctable, telle une déferlante qui emporte tout sur son passage. À présent, au terme de mon existence, je comprends enfin ce que je n’ai pas su comprendre avant. L’histoire est en marche. Rien ne pourra l’arrêter. Ce monde à l’agonie est à la fois beau et cruel. Si ma mort est une partie du prix à payer, ainsi soit-il.

Qui peut résister à l’Histoire ?

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Un enfant crasseux dévore des scarabées à côté d’un tas de fumier. Il a cinq ans, ses parents sont morts. Il s’appelle Jean-Marie Charles d’Aumout, et c’est un noble sans le sou qui va connaître un destin exceptionnel.
Dans la France du XVIIIe siècle, l’orphelin devenu cadet à l’Académie militaire gravit les échelons de la société. Dès lors sa vie est remplie de fougue et d’intrigues ; il est soldat, diplomate, espion, amant impétueux… mais cela ne lui suffit pas. Il n’a qu’une obsession : l’art culinaire, qu’il veut porter à son paroxysme. Tandis que l’Ancien Régime agonise sous les coups de la Révolution, d’Aumout, tel un alchimiste prêt à toutes les expériences, cherche le goût parfait, absolu. Mais la perfection a-t-elle une place en ce monde ?

Ce roman historique est un chef-d’œuvre. The Times.

L’enfant de poussière – Patrick K. Dewdney –

indexOn a beau être haut comme trois pommes, la vie est dure à Corne-Brune pour le jeune Syffe, orphelin élevé à la ferme Taron, avec trois autres mômes comme lui… Et encore, sa vie sous l’aile pas tant protectrice de la veuve Taron, sera sans doute la plus sereine, au regard de ce qui l’attend dans ce premier tome d’une série qui commence on ne peut mieux.

Tous les ingrédients sont là pour ne pas nous laisser souffler un seul instant :

– un univers bien développé qui nous permet de nous approprier très vite les lieux de ce décor médiéval et les querelles de pouvoir qui vont bien vite désorganisés autant la région de Brune, que la modeste vie de notre jeune orphelin. Syffe va se retrouver au cœur d’une intrigue qu’il ne maîtrise pas et ne comprend pas toujours ;

– des personnages haut en couleurs que Patrick K. Dewdney ne imagesménage pas : on tue, on assassine, on meurt dans L’enfant de poussière, mais tous ont ce coffre, cette épaisseur et cette nuance qui fait qu’on s’attache à eux, malgré cette dureté et ce manque d’empathie qui les caractérisent. Corne-Brune est une cité rude, où les faiblesses se payent cher ;

L’homme que l’on tuait était encore vivant au moment où la lame quittait son corps. Il avait mal et peur, et bien souvent le temps de comprendre qu’il allait mourir.

– beaucoup d’actions et de batailles – ce qui n’est pas pour me déplaire – et tout autant de dialogues jouissifs et de réparties savoureuses ;

Il y avait quelque chose dans son regard mutin qui racontait comment elle voulait encore combattre. « Je suis debout », disait son œil sombre. « Je frissonne, parce que j’ai sué toute la nuit, mais j’ai le poitrail large et les sabots acérés, et je n’en ai pas fini ici. Tout ça n’est pas terminé ». Le nez collé dans son cou fauve, je réaffirmai doucement prise sur moi-même, parce qu’à ce moment et à cet endroit il n’y avait plus que cela à faire. Sous le regard féroce de la jument de guerre, mes sanglots s’espacèrent d’eux-mêmes, pour se transformer en respirations assurées. Je décidai que je n’allais pas crever ici, ou du moins pas de cette manière, pas terré dans les bois comme un lapin peureux.

– un style énergique et agréable qui agit comme un moteur : vous n’arrêterez pas de tourner les pages jusqu’à la fin de ce tome et malheur ! Il va nous falloir attendre la suite pour découvrir ce que l’avenir réserve à notre Syffe, qui semble avoir entre les mains, plus d’une arme pour affronter la suite…

Nous ne rentrons jamais vraiment chez nous. Nous nous battons pour une idée changeante, qui fluctue pendant que nous sommes loin. Puis nous mourons, à l’écart, respectés mais incompris. Étrangers à tous ces gens pour lesquels on a donné sa vie. Certains même ne nous approuvent pas et je crois que je les comprends, de plus en plus.

Un livre et un auteur que j’ai découvert grâce à Babelio et aux éditions Au Diable Vauvert, qu’il n’est plus besoin de présenter. Merci à eux et vivement la suite !

index

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Ne la lisez pas ! Elle en dit trop à mon goût !
Ou lisez-là en connaissance de cause…

FUTU.RE – Dimitri Glukhovsky –

51nVHEPejwL._SX210_

Voici un roman de SF qui a su posé son univers : un FUTU.RE où la quasi-totalité de l’humanité est devenue immortelle. Le prix à payer : faire le deuil des enfants à naître ou offrir sa propre vie en échange de celle de sa descendance. Le choix est cornélien et certains essaient de se soustraire à cette obligation. La traque commence alors… C’est là que Jan, alias 717, intervient.

Les hommes du rang sont rarement gâtés. Mais essayez donc de trouver un autre boulot qui donne du sens à votre vie. Parce que dans une vie éternelle, le sens fait sacrément défaut. Sur cette terre, un trillion d’individus jouent des coudes dans le petit bain de l’éternité et, dans leur grande majorité, ils ne peuvent se vanter de faire quelque chose d’utile : tout l’utile a été fait il y a pas loin de trois siècles. En revanche, ce que nous faisons sera toujours d’actualité. Non, on ne démissionne pas d’un poste comme ça. Personne ne nous laisserait partir, de toute manière.

Je ne vous en dirais pas plus afin de ne pas vous ôter le plaisir de découvrir cette histoire bien ficelée, somme toute un scénario assez réaliste de ce qui pourrait se produire face à l’immortalité des hommes et  la question cruciale qui en découle : celle de la surpopulation. Comme aujourd’hui : tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit ; en pratique, c’est une autre histoire…

Moi aussi j’aurais dû naître fainéant, insouciant, dans ce jardin paradisiaque, tenir les rayons du soleil pour acquis, ne pas voir les murs ni en être effrayé, vivre libre, respirer à pleins poumons ! Et au lieu de ça…
J’ai commis une seule et unique erreur je suis sorti du ventre de la mauvaise mère et maintenant je le paye toute mon interminable vie.

imagesMais cela ne s’arrête pas là : Dimitry Glukovsky développe une réflexion pointue et pertinente sur cette société FUTU.RE qui n’est, au final, pas si loin de nous et de ce qui pourrait advenir dans un avenir guère si lointain…

Seul petit bémol, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer vraiment dans le récit. J’ai trouvé quelques longueurs et c’est l’intérêt que je portais au sort de Jan et au fonctionnement de cette société que je découvrais au fur et à mesure, qui m’a fait ne pas l’abandonner. Et je ne le regrette pas, car passer les 200 premières pages, je ne l’ai plus lâché…

Nous avons besoin de la mort ! Nous ne devons pas vivre éternellement ! Nous sommes trop bêtes pour l’éternité. Trop égoïstes. Trop présomptueux. Nous ne sommes pas prêts à vivre sans fin. Nous avons besoin de la mort, Jacob. Nous ne savons pas vivre sans.

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

L’action de FUTU.RE se déroule dans un avenir lointain où l’humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir d’une forme d’immortalité.L’Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s’entasse une population qui avoisine le trillion de personnes, fait figure d’utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée.La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite procréer doit déclarer la grossesse à l’État et désigner le parent qui recevra l’injection d’un accélérateur métabolique destiné à provoquer son décès à plus ou moins brève échéance.Une mort pour une vie, c’est le prix de l’État providence européen.La Phalange, entité paramilitaire à l’existence et aux méthodes controversées, veille au strict respect de la loi. Matricule 717, le protagoniste principal du roman, est un homme du rang. Mais sa vie miteuse va basculer le jour où un sénateur lui propose d’éliminer en sous-main un activiste de l’opposition. Brillant, trash et émouvant !

 

 

Soyons aussi intelligents que la nature ! – Gunter Pauli –

51hTYn0GzmL._SX195_Il y a plusieurs façons d’aborder l’épuisement en ressources de notre planète, notre mode de consommation, de production sans fin et l’avenir que tout cela nous réserve.

Certaines sont assez radicales :

Micro-trottoir n°1 : « La civilisation a toujours été vecteur de progrès et la nature a toujours su se débrouiller pour rebondir et arranger les choses : le réchauffement climatique, le problème de l’eau, de la pollution, de l’épuisement des ressources, ce n’est que du baratin, un énorme Hoax lancé par une poignée d’agitateurs à l’échelle de l’humanité, l’avenir leur donnera tort ! Et moi, j’en ai rien à cirer, tant que j’ai mon iphone dans ma poche et mon Nutella sur mes tartines ! »

Micro-trottoir n°2 : « C’est terrible, le monde est pourri ! Ce sont les politiques qui ne font pas leur boulot, trop occupés à faire le jeu du monde de la Finance pour en récupérer les miettes (des grosses miettes, entendons-nous bien !) ; ils en ont rien à foutre de nous ! Tu penses : la nourriture de merde, l’eau polluée et les cages à lapin, c’est pas pour eux. Faut tout foutre en l’air et tout faire péter. Il nous faut une bonne révolution. Faire table rase de tous ces blaireaux et repartir à zéro ! »

Il y a aussi les bras qui tombent et les forfaits avant combat :

Micro-trottoir n°3 : « Bah, bien sûr qu’on va tous crever ! Ce n’est pas pour rien que les pleins de tunes construisent des fusées pour se barrer de ce monde de merde ! Mais que veux-tu qu’on y fasse ? Que veux-tu que j’y fasse moi ?! Avec mon salaire qui me permet tout juste le nécessaire et les rêves qui vont avec ! Après moi le déluge ! Tant pis ! Je préfère tenir que courir et profitez de la vie tant qu’il est encore temps… »

Et il y a ceux qui ont déjà touché le fond et qui n’ont pas d’autre choix que d’agir ou crever ! Ceux-là ont inventé des solutions avec les moyens du bord, en observant et imitant ce qui marche dans la nature : des solutions de « pauvres » qui ont permis de nourrir des populations, reboiser des territoires, penser autrement l’agriculture pour changer les pénuries en moissons foisonnantes, valoriser les déchets au lieu de les laisser empoisonner leurs eaux et leurs terres, exploiter ce qu’ils ont, au lieu de payer un bras pour ce qu’ils n’ont pas…

index

Ce sont toutes ces initiatives jugées un peu folles au départ, mais payantes et tout à fait réalisables (puisque réalisées) que Gunter Pauli nous présente dans son livre, qu’il synthétise en 12 tendances révolutionnaires pour sauver notre consommation… et notre planète. Je vous laisse les découvrir… Son approche est claire et constructive et son enthousiasme communicatif, même s’il n’en reste pas moins lucide :

Le défi consiste à faire renoncer les personnes qui contrôlent le système de production actuel ! Et la question est de savoir s’ils accepteront de considérer que la résilience doit être l’objectif principal de tout système économique sain.

Le voilà, le nœud du problème ! Personnellement, je pense que convaincre les cadors de la Finance que « détruire la nature, c’est pas bien », que « se tenir debout sur une montagne de fric, c’est pas socialement correct », que « le partage est la clef d’une vie sereine et paisible pour l’humanité », et que « les bisounours existent en vrai, si, si, je vous assure… » c’est comme « pisser dans un violon ». Bon. Je n’en rajoute pas plus, je pense que vous avez saisi l’idée.

Par nature, l’environnement créé une abondance. Pourtant, nous choisissons de ne pas voir ni exploiter cette abondance. Nous rendons les choses « simples » et « efficaces », et nous créons la pénurie – car il s’agit en fait du meilleur moyen pour faire davantage de profits.

Peut-être arriverons-nous à faire pencher la balance de notre côté en ne respectant plus les règles du marché qu’ils nous imposent ? Je dis bien, peut-être…

Gunter Pauli développe quelques pistes ; J’en ai ajouté quelques-autres :

– essayer de consommer autrement, chacun à hauteur de ses moyens ;
– recréer une économie locale ;
– privilégier le rapport qualité-prix tant qu’on le peut ;
– faire le deuil de tous ces produits dont nous n’avons absolument pas besoin, mais dont on nous conditionne à avoir une énooorrrrmmme envie… ;
– arrêter, pour certains, de trouver cela normal de mettre 1000 euros dans le dernier smartphone tous les ans et faire un scandale à l’idée de payer le juste prix du kilo de fruits, légumes, … au paysan du coin qui les cultive sans (ou sans trop) de chimie et lui préférer la grande surface à 20 km qui va vous en vendre 2 pour le prix d’un ! :
– Essayer de donner son temps, son argent, son énergie à ce (ceux) qui en vaut la peine…

Peut-être qu’à force, cela pourrait devenir de plus en plus facile et réalisable ?!

Ces 12 tendances sont basées sur des expériences pratiques et des centaines de projets mis en œuvre. Il ne s’agit pas de prévisions statistiques, mais de vagues de plus en plus grosses poussées par des courants sous-jacents (profondément ancrés dans nos sociétés et nos économies, partout dans le monde), par lesquels de plus en plus de gens sont prêts à « tourner le dos » au modèle qui ne les a pas satisfaits. La puissance de ces vagues émergentes garantit une transformation plus rapide et plus profonde que tout ce que nous pouvions considérer comme viable.

Merci aux éditions de l’Observatoire et à Babelio pour l’envoi de ce livre passionnant et utile.

  ¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Pénuries annoncées, pollution, malnutrition… Avons-nous vraiment bénéficié des supposées avancées technologiques ? Pour Gunter Pauli, il est temps de révolutionner notre consommation et nos moyens de production. Son business model ? La nature ! Nous avons fait l’erreur de vouloir supplanter la nature, persuadés d’être capables de l’augmenter. Résultat, nous avons épuisé notre planète. Pour Gunter Pauli, le « Steve Jobs du développement durable », créateur du concept d’« économie bleue », ces dégâts peuvent être réparés. La solution est simple : il nous faut repenser notre système de production agricole, voué à l’échec, en observant les phénomènes naturels et en imitant leur fonctionnement, à grande échelle, afin de mieux cultiver et consommer ce que notre planète produit déjà. C’est possible, et sans même sacrifier notre confort ! Décryptant 12 tendances illustrées par des cas concrets qui ont fait leur preuve aux quatre coins de la planète, Gunter Pauli annonce une véritable révolution planétaire : meilleures conditions de vie, dynamisme économique local, autosuffisance nationale, diversification de la faune et la flore… Une chance pour chacun d’entre nous !

Illusions dangereuses – Vitaly Malkin –

CVT_Illusions-dangereuses--Quand-les-religions-nous-p_7195À l’heure où on tue dans les rues ou les salles de concert et aux quatre coins de la planète, au nom de Dieu (peu importe lequel, chaque dieu des trois livres a eu son lot au fil des siècles de tués ou sacrifiés, mécréants ou martyrs), c’est un livre bien courageux que nous offre Vitaly Malkin. Dans cet essai fort bien documenté, illustré et étayé de raisonnements clairs et lucides, l’auteur fait le procès des religions monothéistes (christianisme, judaïsme et islam) sans oublier le bouddhisme, dans le but de démontrer qu’elles ne sont qu’illusions dangereuses qui empoisonnent nos sociétés et briment l’humanité.

L’homme ne vit plus dans un monde riche et varié, celui des choses et des hommes, mais avec la vision du monde proposée par le livre.

A travers ces huit chapitres, exposant chacun les relations que la religion entretient avec la mort, la raison, la sexualité, la sainteté, la Shoah…, Vitaly Malkin arrive aux conclusions suivantes :

– La religion est avant tout un instrument d’asservissement des peuples et de pouvoir pour quelques-uns ;
– Si Dieu existe, quid de la Shoah, du rôle des nazis et d’Hitler, … en un mot de la volonté divine ?
– L’humanité se porte mieux lorsque la religion ne guide pas les sociétés humaines (la Grèce antique, les lumières, nos sociétés actuelles (pour combien de temps, face au retour du religieux dans la sphère politique et sociale ?)
– Le croyant calque sa vie sur des préceptes qui l’amène à renier ou négliger sa vie présente et matérielle au bénéfice d’une spiritualité qui lui promet post mortem richesses et bien être. Et si le Paradis, c’était tout simplement à construire ici et maintenant ?
– La religion comme pulsion de mort qui prône souffrance et pénitence en opposition au plaisir, au bien-être et à l’épanouissement de l’être humain, qui ne demande qu’à vivre !
– et bien d’autres choses encore que je vous laisse découvrir…

index

Ce livre ravira les non-croyants qui se soucient du religieux, mais est-ce qu’il fera réellement douter le croyant fervent ? Je ne le pense pas. Les croyances, quelles qu’elles soient (religieuses, politiques, …, ont toujours accompagné l’humanité et semblent bien constitutives de la nature humaine.

Je remercie vivement Babelio et les éditions Hermann pour l’envoi de ce livre. Il m’a beaucoup intéressé et même si on sent, bien sûr, le parti pris de l’auteur, son argumentation est juste et sensée. J’ai repensé souvent à la théorie des mèmes et au livre de Susan Blackmore du même nom. Sa lecture en fait un bon complément.

Je voudrais qu’un Dieu unique et bon, omnipotent, omniscient et omniprésent existe. Il participerait à nos affaires humaines et notre vie en serait bien meilleure. Mais force est de constater qu’il n’y a aucun signe de lui et que les femmes et les hommes, incorrigibles, restent les seuls responsables de tout le mal sur terre.

Et tout le bien aussi…

La huitième vie (pour Brilka) – Nino Haratischwili –

indexIl ne faut pas que ses 955 pages vous effraient. Je connais des livres de 200 pages qui me sont tombés des mains. Celui-ci ne m’a pas lâché.

J’en ressors ébahie, légèrement groggy et tellement admirative de Nino Haratischwili que je ne tarderai pas à ouvrir un autre de ses livres. Cette jeune autrice, vivant depuis une quinzaine d’années seulement en Allemagne, a réussi le pari fou de nous faire vivre, à travers l’histoire d’une famille de 1917 à nos jours, la réalité politique, sociale et humaine de son pays d’origine : la Géorgie, et d’une bonne partie de l’ancien bloc de l’Est (Union soviétique et RDA confondues). Et tout cela dans sa langue d’adoption.

Toi et moi, et la légende, nous vivons. Alors nous devons essayer d’en faire quelque chose.

Le récit commence par la fugue de Brilka (adolescente un peu paumée et révoltée, qui a fui la Géorgie dans l’espoir de rejoindre Vienne) et l’obligation dans laquelle se trouve Niza (sa tante vivant en Allemagne et qu’elle n’a pas vu depuis son enfance) de la ramener chez elle. Niza va alors entreprendre l’écriture d’un livre pour Brilka, afin de lui raconter l’histoire de sa famille – ces racines si précieuses qui vous aident à tenir debout…

C’est peut-être ce jour-là précisément que j’ai compris aussi que dans la courte et banale histoire de ma vie étaient déjà inscrites beaucoup d’autres vies qui côtoyaient mes pensées et mes souvenirs, que je collectionnais et qui me faisaient grandir. Et que les histoires que j’aimais tant soutirer à Stasia n’étaient pas des contes qui me transportaient dans un autre temps, elles constituaient la terre ferme sur laquelle je vivais. 

Dans les veines de Brilka coule le sang des Iachi. Tout commence avec un célèbre chocolatier et un breuvage amer et doux, suave et sucré, chaud sans être brûlant : un mystérieux chocolat lié aux destins singuliers de cette famille que vous aurez du mal à quitter.

Je ne vous raconterais rien de plus. Il faut le lire et vous laisser emporter.

images

Les personnages foisonnent, mais vous ne vous y perdrez pas. Un arbre généalogique dans le revers de la couverture vous permettra de mieux situer les protagonistes. Les personnages féminins sont admirables. Pour ma part, Kitty, Stasia et Niza font partie de ceux dont j’ai eu le plus de plaisir à suivre l’histoire. Et Christine aussi…

Il y a tellement de thèmes abordés dans le livre de Nino Haratischwili, que je ne retiendrais que ceux qui m’ont le plus marqué :

– la lente désillusion que fut le socialisme, l’extermination de masse qui en découla, et tout ce que l’on sait mais qui est montré ici, de façon un peu différente car vu par le prisme de ce pays particulier qu’est la Géorgie, berceau de Staline ;
– le pouvoir de la terreur sur les êtres humains ;
– la place laissée aux femmes dans cette société prétendument égalitaire : celles qui le refusent, celles qui l’acceptent ;
– de si belles réflexions sur ce que sont l’exil, le déracinement et cette nécessité de l’intégration, si difficile ;
– la danse et ses illusions ;
– la chute du mur, ses espérances et ses désillusions ;
– cette vague de liberté qui a déferlé après la chute du mur de Berlin ;
– le prix de la vengeance : aussi élevé que l’on y renonce ou qu’on l’assouvisse ;
– les promesses que l’on se fait et qu’on ne tient pas toujours ; celles que l’on fait aux autres et qu’on n’oublie jamais ;
– …

Je m’arrête là, tant me semble si dérisoire cette liste qui ne vous donnera qu’un si maigre aperçu de la richesse de cette histoire.

Cette huitième vie, je vais la relire. Pour la beauté de son style, pour ses personnages hors normes, pour toutes ces citations en début, milieu ou fin de chapitre, qui apportent tellement à la narration, pour tout ce que je ne vous dis pas non plus…

Tu n’as plus à avoir peur, ni de la foudre et du tonnerre, ni d’un malheur ou de la mort. J’ai écrit contre la malédiction. J’ai essayé d’écarter de ton chemin tous les obstacles et pièges. Tu vas quand même trébucher, tomber,  mais je serais là, je t’aiderai autant que possible à te relever. Désormais je serais là, pour le reste de ma vie. Et c’est la seule promesse que je puisse faire à quelqu’un. Je te la fais, à toi.

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Géorgie, 1917. Stasia, la fille d’un chocolatier de génie, rêve d’une carrière de danseuse étoile à Paris lorsque, à tout juste dix-sept ans, elle s’éprend de Simon Iachi, premier-lieutenant de la Garde blanche. La révolution qui éclate en octobre contraint les deux amoureux à précipiter leur mariage.

Allemagne, 2006. Niza, l’arrière-petite fille de Stasia, s’est installée à Berlin depuis plusieurs années pour fuir le poids d’un passé familial trop douloureux. Quand Brilka, sa nièce de douze ans, profite d’un voyage à l’Ouest pour fuguer, c’est à elle de la retrouver pour la ramener au pays. À la recherche de son identité, elle entreprend d’écrire, pour elle et pour sa nièce, l’histoire de la famille Iachi sur six générations.

De Londres à Berlin, de Vienne à Tbilissi, de Saint-Pétersbourg à Moscou, le destin romanesque et parfois tragique des membres de cette famille géorgienne s’enchevêtre étroitement à l’histoire du sombre XXe siècle.

Les vils veinards – Paul Durham –

51Xk3WLUpJL._SX195_Les vils veinards commence par une course poursuite : Rye est pourchassé par le patron du « Poète en colère », un bouquiniste à qui elle a volé un livre. Mais pas n’importe quel livre. Celui-ci détiendrait la clef de bon nombre de secrets bien gardés de Noyé-sous-mer. Rye et ses amis ne voulaient pas le voler, mais seulement y jeter un œil et le remettre à sa place en toute discrétion. Mais voilà, les choses ne se sont pas passées comme ils l’auraient souhaité, les embarquant dans une aventure qui va les amener à croiser la route du comte de Longchance, du chef des vils veinards et de bien d’autres énergumènes tout aussi peu engageants les uns que les autres.

Demander aux Vils Veinards de résoudre nos problèmes, c’est comme demander aux guêpes de chasser les mouches. Une fois les mouches parties, qui les guêpes vont-elles piquer, à votre avis ?

Paul Durham a su me séduAVT_Paul-Durham_1548ire avec son récit destiné à un public jeunesse mais qui se lit franchement avec plaisir à tout âge. Ses personnages sont attachants – humains ou non – Nox le chat a d’emblée retenu mon attention. Et pas seulement pour son côté félin… Il y a une sorte de mystère qui plane sur la famille de la jeune héroïne ; on ne sait pas trop bien dans quel camp elle se trouve, mais on pressent très vite que tous ses membres sont bien plus que ce qu’ils prétendent être.

Les illustrations de Zac Gorman accompagnent fort bien l’écriture de Paul Durham et donne une consistance aux personnages et aux actions qui ne manquent pas, et aèrent un peu le contenu assez dense et rythmé de ce livre ; mais je vous rassure, même un jeune lecteur ne verra pas passer ces 480 pages.

Un premier tome engageant qui donne envie de poursuivre les aventures de Rye et ses amis. Ne reste plus qu’à attendre la traduction des deux autres tomes…

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Parfois, seuls les méchants peuvent nous sauver…
Un village encerclé par les monstres et les légendes ; de mystérieux hors-la-loi dont on chuchote le nom, mi-fasciné mi-terrifié : un récit de fantasy dense, accessible dès 10 ans.

Hôzuki – Aki Shimazaki –

indexPremier livre ouvert d’Aki Shimazaki pour moi et une belle lecture. Nous découvrons petit à petit l’histoire de Tarô, jeune garçon de sept ans, sourd et muet et de surcroît métis, dans un Japon qui semble réfractaire à la diversité ethnique, et de sa mère Mitsuko. Celle-ci tient une petite librairie de livres d’occasions spécialisée dans les sciences humaines et notamment la philosophie. Mitsuko a ses clients habitués ; alors le jour où elle voit arriver dans sa boutique une femme et sa petite fille en kimono traditionnel, elle est intriguée par ces nouvelles venues. Elle ne sait pas encore que cette rencontre va lui faire revivre un passé qu’elle tait et qu’elle souhaiterait parfois oublier…

Il est question de philosophie (celle qu’on apprend dans la vie ou dans les livres)…

– Alors quel est le but de la philosophie ?
– C’est de se demander comment vivre jusqu’à la mort, pourquoi on est né dans ce monde, surtout de comprendre ce que signifie le monde.
Je le taquine :
– Pourquoi tant compliquer ?
– Alors dis-moi ce que tu penses !
– La différence est simple. La religion, c’est de croire, et la philosophie, c’est de douter.

index… de la langue japonaise : ses nuances, ses caractères et sa graphie, et d’amour maternel.

– Tarô…
– Oui, maman ?
– Tu es né pour me sauver la vie.
– Tu m’as déjà dit ça, mais tu m’as eu parce que je voulais être ton enfant.
– Alors, nous avons besoin l’un de l’autre.

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Mitsuko tient une librairie d’occasion spécialisée en ouvrages philosophiques. Elle y coule des jours sereins avec sa mère et Tarô, son fils sourd et muet. Chaque vendredi soir, pourtant, elle redevient entraîneuse dans un bar haut de gamme. Ce travail lui permet d’assurer son indépendance financière, et elle apprécie ses discussions avec les intellectuels qui fréquentent l’établissement. Un jour, une femme distinguée passe à la boutique accompagnée de sa fillette, et les enfants de chacune sont immédiatement attirés l’un par l’autre. Sur l’insistance de la dame et pour faire plaisir à Tarô, bien qu’elle évite habituellement de nouer des amitiés, Mitsuko acceptera de les revoir. Cette rencontre pourrait toutefois mettre en péril l’équilibre de sa famille. Aki Shimazaki sonde ici la nature de l’amour maternel. Tout en finesse, elle en interroge la fibre et la force des liens.

La Route chante – Lhasa de Sela –

index

J’ai encore souvenir de la première fois où j’ai entendu sa voix. Ce que je faisais. Où j’étais. Cette silhouette gracile, fragile et cette chanson envoûtante au timbre inimitable. C’était la confession.

Je ne veux pas me souvenir du jour où j’ai appris sa mort. Il y a des artistes qui ne quittent jamais vraiment la scène. Lhasa de Sela est de ceux-là. Elle arrivait doucement, timide, le sourire aux lèvres, souvent habillée de noir, ses musiciens à ses côtés, et la magie opérait dans l’instant.

Je passe dans cet endroit, je ne le reverrai plus, mais pour pour cet instant c’est chez moi, c’est l’endroit où je suis, où mon cœur bat, c’est mon pays, et c’est ma vie.

Textuel Musik lui a laissé carte blanche dans ce petit livre : une belle façon de la découvrir et de s’émerveiller de toute la diversité, la richesse de son univers.

Écrire une chanson, c’est comme trouver une trame, un fil magique qu’on suit.

Lhasa en a fait un objet d’art entre carnet de route et journal intime. Elle nous dévoile son enfance, sa vie de bohème sur les routes du Mexique, des États-Unis, … et cette formidable liberté comme moteur de création.

index

J’ai lu ce livre avec des yeux d’enfant, m’émerveillant de ses peintures et dessins au stylo bic, admirative devant son absence de concession dans son processus de création et de sa formidable capacité à aimer et partager.

La Llorona, qui figure sur la pochette du disque, est de ma main. J’avais besoin de mettre le doigt sur ce personnage de pleureuse, de le voir représenté.

Il n’y a pas chez elle de frontière entre l’art, la joie, la souffrance, la vie (vraie ou rêvée)… tout cela est à la fois esprit et matière. Tout cela fait ce qu’elle est et ce qu’elle nous offre en partage.

Tout est vivant, il faut faire attention à ce qu’on créé. Si un jour on donne la vie à ces personnages, et qu’ils se lèvent et se mettent à marcher, comme ils vont m’en vouloir de les avoir si mal dessinés !

Écoutez Lhasa ! Écoutez-la…

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

Silhouette sombre et gracile, enfance itinérante et identité folâtre, Lhasa raconte ici ses mondes sous forme de contes. Elle livre sa quête : la recherche de l’intensité émotionnelle, la vérité du rêve, ce qui fait signe et ce qui fait sens. Envoûté, vous commencez à voir comme Lhasa voit : le monde nettoyé des frontières où l’animé et l’inanimé, les hommes et les bêtes, les fleurs et le bitume sont du même tissu sans coutures. Ces pages, mystiques sans y songer, où peintures, notes et mots voisinent, nous dévoilent Lhasa, qui nous dévoile le monde.