Les passeurs de livres de Daraya – Delphine Minoui –

Ce n’est pas que je n’ai pas envie d’aborder cette thématique si forte, de la littérature, de la lecture qui sauvent les hommes, de cette formidable entreprise qui consiste à construire une bibliothèque sous les bombes, avec les livres extraits des décombres, des flammes… Décrire à quel point, ce lieu de culture et de loisirs devient ici un lieu de survie, de résistance, une petite bulle protectrice où se poser pour reprendre pied, continuer la lutte, rêver à un pays libre et éclairé… jusqu’à devenir un symbole. Non, ce n’est pas cela.

C’est que j’aimerai évoquer Shadi, Ahmad, Omar, Hussam, les femmes de Daraya et tous les autres qu’on nous présentent la plupart du temps comme des terroristes vivants dans l’obscurantisme et dont la seule motivation serait de détruire le régime de Bachar-al-Assad pour instaurer une gouvernance religieuse et intolérante. Ces dangereux rebelles qu’il faut à tout prix écraser dans un conflit qu’on évoque le plus souvent uniquement comme une guerre contre le terrorisme. 

Delphine Minoui évoque de front cette question  avec Ahmad :

La question djihadiste me taraude. A Damas, la télévision pro-régime Al-Dounia ne cesse de proférer la même rengaine : Daraya est un nid de terroristes. Il faut les éliminer. En découdre pour de bon. Le mensonge d’Etat, fidèle à la fabrication d’un récit officiel, ne fait aucun doute. Je souhaite pourtant en avoir le cœur net : la banlieue de Daraya héberge-t-elle, oui ou non, des terroristes islamistes, fussent-ils en minorité ?

La réponse d’Ahmad est honnête et lucide. Si la jeunesse s’est laissée séduire dans un premier temps par cette idée de l’islam comme étendard, une façon de dire non à un régime castrateur, elle a pour la plupart vite découvert le vrai visage sous le drapeau noir : les attentats-suicides, la terreur imposée dans les territoires tombés sous leur contrôle, l’assassinat de combattants de l’Armée syrienne libre, … 

Dans les passeurs de livres de Daraya, je ne les ai pas trouvés, ces djihadistes ivres de Dieu. J’ai découvert de jeunes hommes qui se battent, pas seulement « contre », mais pour :

– pour le droit de s’exprimer et de vivre autrement ; 
– pour la liberté – celle de penser, de dire, d’apprendre, lire et enseigner autre chose que ce qui est convenu et étiqueté politiquement acceptable par le système ;
– pour l’instauration d’une démocratie et donc pour une révolution – politique, culturelle, sociale… ; 
– vivre autrement, puis vivre tout court ;
– …

Je ne suis pas en train de vous dire que Daraya est pure de tout terroriste islamiste. Je vous fais partager cette découverte bouleversante de ces jeunes en lutte, de ces 47 femmes signant cette missive collective : cri de détresse lancé à la face du monde occidental qui s’en fout, noyé dans ses propres préoccupations et qui regarde tout cela de bien loin…

JE regardai tout cela de bien loin. Maintenant, je ressens les choses autrement. J’essaie de ne pas tomber dans la pensée unique, de ne pas laisser ce voile de l’esprit tomber devant mes yeux pour enfin essayer de penser différemment ce conflit. Les passeurs de livres de Daraya - Delphine Minoui -Daraya n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Damas, la Syrie, aux portes de la Turquie où vit Delphine Minoui – quelle femme et quelle journaliste ! Qu’il serait salutaire qu’on donne à de telles personnes la parole plus souvent, autrement que brièvement sur la 5 ou Arte. Si vous ne devez lire que quelques pages des passeurs de livres, lisez les pages 92 à 95. Elles touchent au cœur, à un essentiel. Je les publierai sur mon blog. Plus qu’une citation, ce sera un extrait. Tant pis. Je ne force personne à le lire. 

Ce leitmotiv de Bachar-al-Assad – « Moi ou le Chaos » -, je ne veux plus le voir comme la moins mauvaise des solutions à ce conflit. Je veux le voir comme ce qu’il est réellement : une carte blanche laissée au tyran pour anéantir tout ce qui s’oppose à lui. Fût-ce son propre peuple…

De Daraya, ce sont ces images-là que je veux conserver en mémoire, a-t-il insisté. Celle d’un groupe uni, soudé. D’une envie commune de construire l’avenir. De défendre de nouvelles idées. Nous ne faisions qu’un. Une ambiance de solidarité, de camaraderie. Une expérience unique qui aurait pu servir de modèle à d’autres villes. Daraya, ce n’est pas seulement un lieu, c’est un esprit.


Disponible en replay sur France5 ou sur Youtube

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4ème de couv : 

De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Delphine Minoui est grande reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient. Prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak, elle sillonne le monde arabo-musulman depuis 20 ans. Après Téhéran, Beyrouth et Le Caire, elle vit aujourd’hui à Istanbul, où elle continue à suivre de près l’actualité syrienne. Elle est également l’auteur des Pintades à Téhéran (Jacob-Duvernet), de Moi, Nojoud, dix ans, divorcée (Michel Lafon), de Tripoliwood (Grasset) et de Je vous écris de Téhéran (Seuil).

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Cosmos – Michel Onfray –

Le livre n’est grand que lorsqu’il apprend à se passer de lui, à lever la tête, à sortir le nez du volume pour regarder le détail du monde qui n’attend que notre souci.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire ce que vous avez à faire. Je pourrais éventuellement lâcher à mi-mots « Lisez Cosmos ! » avec ce sourire entendu, un brin crétin parfois, de celle qui se la joue, entre initiée et novice. Je pourrais. Mais je préfère vous confier mes impressions sur cette lecture singulière. 

Cosmos - Michel Onfray - Michel Onfray nous propose une invitation au sublime résultant de la tension avec le souci et l’attention au spectacle du monde concret et la petitesse de notre conscience aiguisée, sachant qu’elle n’est pas grand-chose, mais qu’elle peut beaucoup.

Il commence par nous faire ressentir cet écart qui existe maintenant entre ce qu’il appelle le temps virgilien, celui de la nature, des saisons …, celui de son père. Un temps où l’homme vivait en harmonie avec le monde, au même diapason, sans heurts et précipitations, sans cette idée récurrente que nous avons tous maintenant de gagner ou de perdre du temps, « son » temps…

Ignorer les cycles de la nature, ne pas connaître les mouvements des saisons et ne vivre que dans le béton et le bitume des villes, l’acier et le verre, n’avoir jamais vu un pré, un champ, un sous-bois, une forêt, un taillis, une vigne, un herbage, une rivière, c’est vivre déjà dans le caveau du ciment qui accueillera un jour un corps qui n’aura rien connu du monde.

Cette force vive, à laquelle nous tentons de nous arracher ou faisons « comme si » nous n’y étions pas reliée, nous détermine et finit toujours par nous soumettre, que ce soit simplement en sonnant la fin de nos existences. Homme ou Animal, nous y sommes tous soumis. Il n’y a pas de différence de nature entre l’homme et l’animal mais une différence de degré. Ce cosmos, d’où nous sommes issus et dans lequel nous vivons et interagissons, peut être la clef d’une sagesse retrouvée, hors de toutes les interprétations religieuses ; l’occasion d’un discours sur le monde, enfin concret et cohérent avec notre nature profonde…

Ce que j’ai eu énormément plaisir à lire : 

– les très belles pages sur son père ; 
– cette découverte de la culture tzigane ; 
– l’incroyable expérience de Michel Siffre, ce géologue, exilé volontaire sous la terre pendant deux mois ; 
– toutes ses réflexions sur l’animal, comme alter ego, sur le véganisme et le végétarisme ; 
– son analyse du Land Art…

Sans compter tout ce que j’oublie…

J’ai eu plus de mal avec son analyse des Haïkus. Un brin longuet à mon goût, mais cela reste très subjectif. 

En un mot, j’ai vraiment apprécier ce livre, qui nous ouvre à d’autres horizons, tout en nous ramenant constamment à ce que nous sommes. Je compte bien lire Décadence, même s’il me tente un peu moins. 

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4ème de couv : 

Cosmos est le premier volume d’une trilogie intitulée « Brève encyclopédie du monde ». Il présente une philosophie de la nature. Il sera suivi de « Décadence », qui traitera de l’histoire, puis de « Sagesse », consacré à la question de l’éthique et du bonheur. « Trop de livres se proposent de faire l’économie du monde tout en prétendant nous le décrire. Cet oubli nihiliste du cosmos me semble plus peser que l’oubli de l’être. Les monothéismes ont voulu célébrer un livre qui prétendait dire la totalité du monde. Pour ce faire ils ont écarté des livres qui disaient le monde autrement qu’eux. Une immense bibliothèque s’est installée entre les hommes et le cosmos, et la nature, et le réel ». Tel est le point de départ de ce livre, dans lequel Michel Onfray nous propose de renouer avec une méditation philosophique en prise directe avec le cosmos. Contempler le monde, ressaisir les intuitions fondatrices du temps, de la vie, de la nature, comprendre ses mystères et les leçons qu’elle nous livre. Tel est l’ambition de ce livre très personnel, qui renoue avec l’idéal grec et païen d’une sagesse humaine en harmonie avec le monde.

Les âmes englouties – Susanne Jansson –

L’histoire commence simplement : Nathalie Ström, revient sur ses terres natales pour finaliser sa thèse en biologie. Elle loge dans une petite maison, près d’un vieux manoir. Elle fait rapidement la connaissance d’un étudiant en art qu’elle va mettre à contribution pour effectuer toute une série de mesures scientifiques dans la tourbière. Jusqu’au jour où elle le sauve d’une mort certaine…

Une enquête est menée par un policier pas vraiment motivé ; la photographe sous contrat aux affaires criminelles, Maya, est bien plus décidée à faire éclore la vérité… Car, peu à peu, les cadavres remontent à la surface, si j’ose dire, sortent les uns après les autres de la tourbe. Et pourtant, rien n’indique qui pourrait en être responsable. La tourbière a tout englouti, les preuves comme les corps et que dire des âmes ? C’est là tout le nœud et l’intérêt de ce récit…

Les tourbières sacrificielles avaient la réputation d’être à la fois dangereuses et sacrées. Un lieu à craindre et à vénérer en même temps.

Devant ces événements, le passé de Nathalie prend peu à peu sens. Elle qui ne s’est jamais vraiment confiée ni libérée de son histoire, se rend compte qu’elle va devoir affronter toutes ces choses et que tout cela est peut-être lié…

Susanne Jansson installe dès les premières pages une ambiance assez fantasmagorique… Les paysages de tourbières, les personnages assez froids et distants, suspicieux souvent, prennent corps sous sa plume. On a vraiment l’impression de se frayer un chemin dans les tourbières avec l’angoisse d’être happée par cette terre mouvante en cas de faux pas… 
A découvrir !  

Je remercie les éditions Presses  de la Cité pour l’envoi de ce livre sans oublier Babelio et ses opérations masse critique.

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4ème de couv : 

Surgie des tourbières scandinaves, une nouvelle voix du polar nordique

Pour travailler à sa thèse de biologie, Nathalie retourne vivre dans sa région natale, au coeur d’une Suède humide et reculée. Dans la petite maison qu’elle habite en forêt, elle se laisse rappeler à son enfance douloureuse, à l’époque où la disparition de la jeune Tracy avait inauguré une succession de drames. Un jour, un cadavre est retrouvé dans la tourbière. Dix années auparavant, déjà, une jeune fille momifiée avait été découverte au même endroit. Bientôt, de nouveaux cadavres affleurent. Alors que la police se met en quête d’un serial killer, Göran, ancien 
professeur de physique, est convaincu que l’endroit est peuplé de revenants. Cette théorie intrigue aussi Maya, photographe judiciaire. Les trajectoires de Nathalie et de ces deux enquêteurs de l’ombre vont se mêler… et de nombreux secrets seront déterrés. 

Angoissant et précis, un thriller atmosphérique à la rare puissance suggestive, qui conjugue tentations surnaturelles, croyances populaires, explications scientifiques et fines analyses psychologiques.

Ma vie balagan – Marceline Loridan-Ivens –

Voilà ! Ça c’est dit ! Maintenant vous pouvez ouvrir ce livre et mesurez la force incroyable de ce petit bout de femme ! Elle en a fait grincer des dents, Marceline, jamais la langue dans sa poche, toujours un mot plus haut que l’autre. Rebelle et indignée. C’est peut-être cela sa revanche, prendre toutes les libertés, même et surtout, celles qu’on lui refuse… 

Elle évoque ses souvenirs, les hommes de sa vie, ses combats et bien sûr les camps. C’est une révoltée, une rebelle, Marceline. Insaisissable, toujours en mouvement : une valise toujours  prête au cas où, ses marches folles jusqu’à l’épuisement et ce désir de foutre le camp !  Oui, foutre le camp, comme dit Myriam dans la petite prairie aux bouleaux, ce film qu’elle a tourné avec Anouk Aimée que j’aimerai tant découvrir… Et cette femme après la projection qui lui demande si elle en a fait exprès d’utiliser cette expression « foutre le camp ». Vous vous rendez compte ? Non elle ne s’était pas rendu compte… 

Ma vie balagan - Marceline Loridan-Ivens -

On connait tous son amitié pour Simone Veil : les pages qu’elle lui consacre sont emplies de sobriété et de pudeur. On y découvre Simone comme elle aimait la raconter. Et d’autres anonymes également, auxquels elle tente de rendre justice, avec cette peur et cette tristesse que sa mémoire n’y suffise plus… 

L’âge lui vole ses souvenirs, elle s’en plaint à la fin du livre, mais certainement pas sa détermination et son indignation ! Ma vie balagan n’est pas un mémorial où reprendrait vie ceux qui ne sont plus, Ma vie balagan est une formidable ode à la  vie, à la détermination et à cette ténacité qui fait que vivre, c’est ne rien lâcher, ne pas plier. Tenir bon ! Toujours !  

Je pense que la mort arrive à un moment du chemin où ça va comme ça. Ça suffit. Mais je n’en suis pas sûre non plus. Il y a des gens qui ont très peur de mourir. Moi, je ne peux pas dire que je n’ai pas peur. J’aimerai encore simplement être. C’est tout. Pas faire. Être. 

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4ième de couv : 

Le matin de ses soixante-dix-huit ans, Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, calcule que 7 et 8 font 15 : quinze ans, son âge lors de sa déportation au camp d’Auschwitz-Birkenau. Elle contemple les objets de sa maison, qui réveillent en elle des fragments de sa vie faite de désordres, de révoltes, de provocations et d’engagements sur les marges du monde… 1945 : revenue d’Auschwitz détruite à mort, Marceline se lance dans la vie comme si elle n’avait plus rien à perdre. Elle hante les nuits bleues des caves de Saint-Germain-des-Prés, entre au PC, claque la porte, porte les valises pour le FLN, s’engage pour l’avortement – elle est de tous les combats. Et rencontre le grand cinéaste Joris Ivens ; la voilà avec lui au Vietnam sous les bombardements, à Pékin pendant la Révolution culturelle… Une grande histoire d’amour et de cinéma commence. Simone Veil, son amie pour la vie, se rappelle que même à Auschwitz Marceline racontait des histoires drôles. Une façon pour elle de survivre à la souffrance omniprésente du souvenir. Ainsi se reconstruit à la première personne, sur une mémoire fuyante et une force de vie contagieuse, la légende intime de Marceline Loridan-Ivens, que le feu des nazis n’a pas pu anéantir.

Une colonne de feu – Ken Follett –

Quand un homme est convaincu de connaître la volonté de Dieu, et qu’il est résolu à l’accomplir à tout prix, il devient l’être le plus dangereux du monde.  

Le destin tragique de Marie Stuart a été un des moments forts du récit pour moi. Sa rivalité avec Elizabeth, les tentatives d’instrumentalisation de ce conflit entre ces deux reines par divers conseillers ou hommes de guerre, et la manière dont elles ont fait face, essayant de reprendre la main sur ce jeu de pouvoir et de dupes, en sachant pertinemment quel serait le prix à payer pour celle des deux qui échouerait… un événement sans précédent, à cette époque.

Je referme le livre avec une formidable envie de découvrir le film qui va sortir bientôt sur Marie Stuart, reine d’Ecosse, et espère ne pas vous avoir détourné de la lecture du dernier opus de cette si belle saga ! Ne vous privez surtout pas de le lire, si ce n’est déjà fait ! 

Les temps barbares – Bruno Dumézil et Hugues Micol –

Plus on connaît notre histoire, mieux on comprend notre époque. C’est ce qu’affirment régulièrement professeurs et chercheurs. Cet album en est la preuve éclatante ! Enfin, c’est la pensée qui m’est venue souvent au fil de ma lecture. Non seulement, on apprend beaucoup sur cette période – de la chute de Rome à Pépin le Bref, mais Bruno Dumézil, historien, ne nous fait pas mystères des points restés dans l’ombre et des différentes interprétations souvent élaborées pour servir un discours politique dans le but de flatter les gouvernants et créer une identité nationale, pour mieux rassembler ou désigner un ennemi « juré »… 
Le barbare est nécessaire. Surtout s’il appartient à un passé lointain. Les européens ont donc fait appel aux peuples du haut Moyen Âge, soit pour se trouver des ancêtres, soit pour dénoncer de supposés ennemis héréditaires. Et quand les Français ne pouvaient plus voir les Allemands en peinture, ils se sont mis à peindre les tableaux montrant les anciens Germains. C’est ainsi que le XIXe siècle, âge d’or des nationalismes, a façonné le passé… à son image !
Beaucoup d’humour dans le texte et dans les dessins de Hugues Micol qui n’enlèvent rien au sérieux de cet ouvrage, mais apportent ce petit côté jouissif qui aide à retenir et appréhender les choses. La Une de Kloser, les dossiers de l’écran… donnent tout de suite le ton à cet album !
Dans une première partie, la bande dessinée nous ouvre à cette période, déroulant la chronologie des événements et des acteurs marquants, qui ont laissé une trace plus ou moins importante, dans nos mémoires ou nos livres d’histoire. Les rois (pas si) fainéants, Dagobert, Clovis… et j’en passe et non des moindres.
L’histoire se fait avec des dates, mais aussi avec des individus : puissants ou misérables, hommes ou femmes, clercs ou laïcs… N’oublions pas les animaux, dont l’existence silencieuse influe souvent sur le fonctionnement d’une société.
Ensuite dans une seconde partie Bruno Dumézil démêle le mythe des connaissances réelles ou supposées de ces temps souvent délaissés et si mal jugés, et nous fait partager son savoir, de façon claire et simple.
l’histoire se fait aussi avec des historiens, qu’ils soient anciens ou contemporains : leurs idées, leurs projets, leurs erreurs d’interprétation, leurs mensonges, parfois, orientent la vision que nous avons d’une époque.
Merci à Babelio et aux éditions La Découverte et La Revue Dessinée pour l’envoi de ce livre, qui donne envie de découvrir les prochains tomes.

Éternité – Philippe Nessmann et Léonard Dupond –

Un album destiné à la jeunesse, c’est-à-dire à tous, si l’on considère que dans quelques années, nous vivrons jusqu’à 100, 200 ans ! Quoique. Cela n’aura peut-être rien à voir avec la jeunesse éternelle. Devrons-nous travailler jusqu’à notre premier siècle pour pouvoir jouir d’une retraite bien méritée le siècle suivant ? Devrons-nous limiter notre descendance sur cette terre qui est déjà à bout de tout : d’espace, d’air, de ressources, d’eau… ? La sixième extinction de masse est déjà en marche. 

Ce livre nous ouvre de belle façon à la compréhension de tout ce qui entoure cette idée, ce concept d’éternité. Avec des mots simples, on touche à l’essentiel : Qu’est-ce que le temps ? A-t-il un début, une fin ? La durée d’une vie se comprend différemment suivant que nous observons celles des végétaux parfois millénaires, ou des animaux – humains ou non humains. D’ailleurs, en quoi sommes-nous, nous les humains, différents de ces proches parents, auxquels nous réservons, souvent, un triste sort ? 

La grande différence tient à à nos capacités intellectuelles : l’homme est un animal capable de réfléchir à des choses complexes, de résoudre certains problèmes avant qu’ils n’arrivent, de se projeter dans l’avenir. Avec cette conséquence : il sait que le temps passe et qu’il mourra un jour. Cette échéance n’étant guère réjouissante, il s’interroge : pourquoi vieillit-il ? Y a-t-il une vie après la mort ? Existe-t-il des moyens de prolonger la vie ? Pourrait-on devenir immortel ?  

Et l’éternité ? A-t-elle forcément à voir avec l’immortalité ? 

L’éternité est donc une durée qui n’a ni début ni fin. 

Est immortel un être qui ne meurt pas : sa vie n’aura jamais de fin. Mais cela ne signifie pas qu’elle n’a pas eu un début ! 

Serons-nous tous éternels demain ? Est-ce souhaitable ? Le transhumanisme nous permettra-t-il d’échapper à la dégénérescence et de profiter de tout ce temps, qui n’en finira pas de s’étirer ou de se dissoudre devant nous ?  Philippe Nessmann et Léonard Dupond réussissent à vulgariser des problématiques qui occupent actuellement bon nombre de scientifiques et d’investisseurs, les premiers dans un souci grisant de découverte exceptionnelle, les seconds, dans un but plus pragmatique de profit et de survivance. Merci aux éditions de la Martinière et à Babelio de m’avoir permis de découvrir cet ouvrage, qui donne autant à apprendre, qu’à s’interroger…

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4ième de couv : 

Depuis l’Antiquité, l’homme tente par tous les moyens de ne pas mourir, et ce rêve d’éternité pose mille questions, entre sciences, histoire et philosophie.
Qu’est-ce que le temps ? Peut-on faire revivre des espèces disparues ? Y a-t-il quelque chose après la mort ? Comment les animaux donnent-ils des pistes aux chercheurs pour améliorer l’espérance de vie humaine ? Est-ce raisonnable de vivre au-delà de 100 ans ?
De la momie égyptienne à l’homme bionique, un fabuleux ouvrage aux illustrations uniques pour s’approcher un peu plus de l’immortalité !

Le deuil de la mélancolie – Michel Onfray –

Le deuil de la mélancolie - Michel Onfray - Michel Onfray a écrit le contenu de ce livre  « à chaud » avec son iPhone, sur son lit d’hôpital. Il a fait le choix de ne rien retoucher de ce qu’il a inscrit, pensé à ces instants. Il relate son AVC et comment plusieurs médecins et spécialistes sont passés « à côté », la vie sauve qu’il doit à la notoriété qui aide à passer des examens décisifs dans la journée alors que pour tout un chacun il faut se résoudre à attendre plusieurs jours. On ne les a pas toujours.

Dans un premier temps, je l’ai trouvé vraiment sévère avec le corps médical (nous connaissons tous la situation de l’hôpital public. Qui n’a pas dans sa famille, ses connaissances, un infirmier, une anesthésiste, ou tout autre spécialiste qui nous en raconte « de bonnes », souvent à la limite de l’invraisemblable ?). On réclame l’indulgence. Mais quand cela nous concerne, ce n’est pas tout aussi simple. Alors, réflexion faite, je comprends sa colère : ce n’est pas tant l’erreur de diagnostic qui le fait bondir, mais le fait que les médecins concernés n’aient pas accepté s’être trompés. Beaucoup de vanité dans les réponses qui lui ont été faites. Je vous laisse juge.

Cet AVC il en connait la cause. La mort de sa compagne Marie-Claude. Ses réflexions m’ont beaucoup touchée. Il n’y a plus de philosophe, plus d’homme de lettres, prompt à analyser, décortiquer pour penser et agir. Il n’y a qu’un homme qui souffre, qui ploie sous le chagrin, l’incompréhension et le déni…

Ce qu’il dit, toute personne confrontée à la maladie et la mort l’a vécu ; je n’aurais pas pensé qu’il soit, lui aussi, confronté à l’éloignement des proches et amis. J’imaginais bêtement que la notoriété avait cet avantage de se sentir entouré. Oui, mais que pour le bon. Pas pour tout le reste…
Sommes-nous si peu à avoir le courage de tenir une dernière fois la main d’un ami qui s’en va, d’accompagner celui ou celle qui reste seul, écrasé par le désespoir et la tristesse ? Pourquoi si peu pleurent avec nous ? Une constante de la nature humaine, sans doute…

Le deuil de la mélancolie, c’est de savoir vivre après. Mais pas que.

Vivre n’est pas prendre soin de soi, ce qui est une affaire d’infirmerie ou d’hospice et relève d’une morale de dispensaire : vivre c’est prendre soin de ceux qu’on aime…

Vivre en étant à la hauteur de ce qu’elle fut : un modèle de rectitude, de droiture, de justesse et de justice, de générosité, de bienveillance et de douceur, de force discrète et de courage modeste. J’avais eu mon père comme premier modèle d’héroïsme simple et réservé ; j’ai eu Marie-Claude comme second modèle pendant presque 37 ans. C’est déjà une grande chance, une immense chance. Merci pour ce cadeau. Je te suivrai un temps, mais l’éternité du néant nous réunira.

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4ième de couv :

J’ai subi un infarctus quand je n’avais pas encore trente ans, un AVC quelque temps plus tard, puis un deuxième en janvier 2018. Nietzsche a raison de dire que toute pensée est la confession d’un corps, son autobiographie. Que me dit le mien avec ce foudroiement qui porte avec lui un peu de ma mort ?
La disparition de ma compagne cinq ans en amont de ce récent creusement dans mon cerveau, qui emporte avec lui un quart de mon champ visuel, transforme mon corps en un lieu de deuil.  » Faire son deuil  » est une expression stupide, car c’est le deuil qui nous fait.
Comment le deuil nous fait-il ? En travaillant un corps pour lequel il s’agit de tenir ou de mourir. Un lustre de mélancolie ou de chagrin porte avec lui ses fleurs du mal.
Ce texte est la description du deuil qui me constitue. Faute d’avoir réussi son coup, la mort devra attendre. Combien de temps ? Dieu seul (qui n’existe pas) sait… Pour l’heure, la vie gagne. Ce livre est un manifeste vitaliste.

Utopies réalistes – Rutger Bregman –

index– Tu y crois à ça ?

– A quoi ?

– Bah, à ton bouquin-là ! Tu crois que c’est possible : le revenu universel, l’indice de bien être économique durable, le partage du travail…?

– C’est réalisable et cela a été réalisé dans certains pays à titre d’expérimentation ou de façon durable. Les résultats sont sans appel : non seulement la situation personnelle des gens s’en est trouvée grandement améliorée mais cela a été créateur de richesses pour la société entière. Et pour un coût moindre que toutes les politiques sociales existantes.

– J’ai pas tout lu, mais j’ai parcouru, ça a l’air de se tenir. Mais il reste un problème essentiel dans cette idée humaniste : Si on donne aux pauvres le moyen de subvenir à leurs besoins élémentaires, qui ira faire les boulots pourris auxquels la précarité les contraint ? Tu crois qu’ils iront tous demain ramasser nos poubelles et nos merdes ? Tu crois qu’ils iront pointés à l’usine pour souder, découper, assembler toujours les mêmes choses dans le bruit et des cadences infernales ? Et je ne te parle même pas de ce qui se passe ailleurs, tous ces pays qui fabriquent nos fringues, nos iPhones et tous ces gadgets qu’on nous vend un fric dingue alors qu’on paye des ouvriers-esclaves une misère pour les réaliser dans des conditions sanitaires exécrables.

– Bien sûr que non ! C’est évident ! Toi comme moi savons bien qu’on échangerait jamais nos jobs pour un de ceux-là. Mais, posons le problème autrement : Demain, personne n’est plus contraint par la nécessité à exercer une activité qu’il n’a pas choisie, un boulot de merde pour parler clairement. Et entre nous, il y a aussi beaucoup de boulots à la con en haut de la pyramide et avec des salaires confortables à la clef. Combien d’ingénieurs ou de cadres sup’, qui exploitent ou empoisonnent le monde, partent avec leur pécule pour cultiver du bio en Ardèche et regarder pousser leurs mômes ? Enfin, c’est encore un autre problème… Je reprends là où j’en étais : Demain, on ne trouve plus personne pour faire ces boulots. Que se passera-t-il ?

1Utopies réalistes  - Rutger Bregman - ) On fera le tri rapidement entre les activités réellement nécessaires et utiles à  notre société et celles qui ne le sont pas.

2) On sera dans l’obligation de rendre attractives les activités nécessaires à nos besoins fondamentaux. Peut-être tout simplement en faisant enfin coïncider le montant des salaires avec les véritables valeurs ? Nettoyer les rues, ramasser les poubelles, nourrir le monde sainement, éduquer la jeunesse, soigner et assurer la protection et la garantie des libertés de chacun (et non plus seulement des biens), … la liste est longue. Tous ces métiers devront être rétribués à la hauteur du service rendu à la collectivité. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Si demain, il est plus rémunérateur de recycler les déchets, d’enseigner ou de soigner que de courir après un ballon ou de fermer une entreprise pour augmenter le profit de ses actionnaires, les volontaires se bousculeront au portillon. Et non pas seulement pour le salaire, mais aussi parce que tous ces métiers dépréciés et méprisés aujourd’hui seront porteurs de valeurs et de reconnaissance…

– ça y est, Liza, tu recommences avec les Bisounours. Tu crois réellement que nos politiques, culs et chemises avec les sbires de la finance, véritables dirigeants et décideurs de ce monde, laisseront faire cela ?

– Bien sûr que non, ils ne nous laisseront pas faire ! Cela fait des années que nos politiques ont enterré le Bien Commun sans fleur ni couronne et qu’ils nous engluent petit à petit dans un système qui nous contraint à l’acceptation, tu sais le TINA de Thatcher ! There is no alternative ! Ce bouquin, comme tu dis, il nous en donne des alternatives et des pistes pour y arriver. Rutger Bregman nous prouve qu’une autre réalité peut être possible. Il suffit peut-être seulement de la vouloir et de s’organiser pour la faire advenir ?

Si nous voulons changer le monde, il nous faut être irréalistes, déraisonnables et impossibles. Rappeler-vous : ceux qui appelaient à l’abolition de l’esclavage, au droit de vote des femmes et au mariage pour tous, eux aussi étaient traités de fous. Jusqu’à ce que l’histoire leur donne raison.

– A qui l’histoire donnera-t-elle raison, Liza ?

– Commence par lire ce livre et on en reparle juste après…

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4ième de couv :

Ouvrir grand les frontières, une semaine de travail de quinze heures, le revenu de base universel… Des idées naïves et dépassées ou bien la force de l’utopie renouvelée ? Résolument anti-décliniste, Utopies réalistes tombe à pic et nous explique comment construire un monde idéal aujourd’hui et ne pas désespérer ! D’une ville canadienne qui a totalement éradiqué la pauvreté à l’histoire d’un revenu de base pour des millions d’Américains sous Richard Nixon, Rutger Bregman nous emmène dans un voyage à travers l’histoire, et, au-delà des divisions traditionnelles gauche-droite, il défend des idées qui s’imposent par la force même de l’exemple et le sérieux de la démarche historique. Tout progrès de la civilisation – des débuts de la démocratie à la fin de l’esclavage – fut d’abord considéré comme un fantasme de doux rêveurs.

Le sillon – Valérie Manteau –

Agos - pour Idil - 20/11 : Midi. Il est dans ma boîte aux lettres. Très vite dans mes mains. Je picore plus que je ne mange et commence à lire : Istanbul, la place Taksim, le parc Gezi, Recep Erdogan et la démocratie étouffée dans la violence, la guerre, les réfugiés à la frontière… je pars travailler sur ces derniers mots les turcs, les Kurdes, les Syriens, les travailleurs pseudo-humanitaires, ils peuvent tous crever dans leur croissant fertile de merde : cette terre est maudite, sauve qui peut.
Mais pour aller où, Sara ?

22h00 : Je sais que ce n’est pas raisonnable, mais je le reprends et continue à lire. Que peut-on faire pour la liberté, pour l’art, pour l’amour ? C’est une question simple, non. Je suis les pas de Valérie Manteau, son style me surprend. Je bute sur les phrases, ne sais pas toujours qui parle, je repars en arrière, reprend ma lecture, j’essaie de ne pas les perdre, ces petites voix qui s’entremêlent, s’entrechoquent. Et puis, très vite, c’est là ! Ce rythme, cette respiration. Je marche maintenant côte à côte avec elle. Nous partageons la même foulée, dans les rues d’Istanbul qui nous conduisent au Muz, dans les escaliers qui mènent à son appartement, celui de son amant turc.

Le sillon - Valérie Manteau -

Je ne sais toujours pas comment prononcer Hrant. Des phrases de lui, tracées dans de la terre pigmentée d’Anatolie. Je l’imagine, cette femme, mouvements amples et lents, la tête haute, déterminée à ne rien lâcher. Car céder, c’est mourir encore un peu…
Je m’arrête sur l’origine d’un slogan politique que j’exècre « Tu l’aimes ou tu la quittes ». De quelle tombe crois-tu que Sarkozy a exhumé ce refrain ? Et c’est déjà le petit matin. Je m’endors en colère…

21/11 : Quelques pages au petit déjeuner avant d’aller bosser. Et ce repas entre collègues à midi, où je leur parle de Sarko, du slogan, du karcher… et tout le monde s’en fout ! L’indifférence, c’est ce qui nous perdra. Tous !
Rentrée tard ce soir, mais pas prête à le lâcher, je reprends le sillon. Tu vas écrire sur Hrant alors ? (…) Si tu veux mon avis (je fais non de la tête) tu n’as pas besoin de ce détour pour comprendre ce qui nous arrive, tu pourrais aussi bien le voir directement. Au lieu de quoi tu ajoutes des écrans de morts aux vivants pour te planquer, tu n’iras nulle part avec tous ces boulets au pied. Mais précisément, je dis, je ne veux aller nulle part. Je reste ici.

Je reste aussi. Bien planquée dans ma petite vie… mais je te suis. Ton indignation est la mienne : Anna, cette petite robe jaune fluo. Je la porte aussi, elle gonfle et gronde. il gueule d’un coup très fort, fous le camp maintenant, tu ne comprends rien et tu ne nous aides pas.
Comprendre, j’essaie. Mais c’est pas simple, vu d’ici. Merci à toi, Valérie, de me parler de là-bas, comme personne encore ne l’a fait…

Le sillon - Valérie Manteau - 22/11 : Mais pourquoi tu vas raconter tout ça ? Tu écris comme on appelle un soir de panique face au drame – cette liberté qu’on emprisonne, ces vies qu’on écrase – lucide et claire, pour que je puisse comprendre, attraper cette main tendue, mais avec cette voix saccadée du souffle coupé. L’émotion. Valérie, tes phrases sont des respirations. Une urgence de dire et de donner à entendre. Mais que nous sert d’entendre si nous ne savons pas écouter ?
Je veux retenir tous ces noms, ces anonymes, ces écrivains, ces journalistes, qui résistent et tremblent. Asli et tous les autres…
J’arrive sur les dernières pages.

Ne plus pouvoir lire
La gorge serrée
Mais continuer à écrire

23/11 :

Hrant Dink. Mort assassiné par balle le 19 janvier 2007 devant son journal, Agos, à Osmanbey, quartier animé de la rive européenne d’Istanbul. Abattu par un jeune nationaliste de dix-sept ans qui a voulu débarrasser le pays de cet insolent Arménien, « l’ennemi des Turcs ».

Les mots suffoquent-ils
encore sur le papier froissé ?

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4ième de couv :

 » Je rêve de chats qui tombent des rambardes, d’adolescents aux yeux brillants qui surgissent au coin de la rue et tirent en pleine tête, de glissements de terrain emportant tout Cihangir dans le Bosphore, de ballerines funambules aux pieds cisaillés, je rêve que je marche sur les tuiles
des toits d’Istanbul et qu’elles glissent et se décrochent. Mais toujours ta main me rattrape, juste au moment où je me réveille en plein vertige, les poings fermés, agrippée aux draps ; même si de plus en plus souvent au réveil tu n’es plus là.  »

Récit d’une femme partie rejoindre son amant à Istanbul, Le Sillon est, après Calme et tranquille (Le Tripode, 2016), le deuxième roman de Valérie Manteau.
Prix Renaudot 2018