Cosmos – Michel Onfray –

Le livre n’est grand que lorsqu’il apprend à se passer de lui, à lever la tête, à sortir le nez du volume pour regarder le détail du monde qui n’attend que notre souci.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire ce que vous avez à faire. Je pourrais éventuellement lâcher à mi-mots « Lisez Cosmos ! » avec ce sourire entendu, un brin crétin parfois, de celle qui se la joue, entre initiée et novice. Je pourrais. Mais je préfère vous confier mes impressions sur cette lecture singulière. 

Cosmos - Michel Onfray - Michel Onfray nous propose une invitation au sublime résultant de la tension avec le souci et l’attention au spectacle du monde concret et la petitesse de notre conscience aiguisée, sachant qu’elle n’est pas grand-chose, mais qu’elle peut beaucoup.

Il commence par nous faire ressentir cet écart qui existe maintenant entre ce qu’il appelle le temps virgilien, celui de la nature, des saisons …, celui de son père. Un temps où l’homme vivait en harmonie avec le monde, au même diapason, sans heurts et précipitations, sans cette idée récurrente que nous avons tous maintenant de gagner ou de perdre du temps, « son » temps…

Ignorer les cycles de la nature, ne pas connaître les mouvements des saisons et ne vivre que dans le béton et le bitume des villes, l’acier et le verre, n’avoir jamais vu un pré, un champ, un sous-bois, une forêt, un taillis, une vigne, un herbage, une rivière, c’est vivre déjà dans le caveau du ciment qui accueillera un jour un corps qui n’aura rien connu du monde.

Cette force vive, à laquelle nous tentons de nous arracher ou faisons « comme si » nous n’y étions pas reliée, nous détermine et finit toujours par nous soumettre, que ce soit simplement en sonnant la fin de nos existences. Homme ou Animal, nous y sommes tous soumis. Il n’y a pas de différence de nature entre l’homme et l’animal mais une différence de degré. Ce cosmos, d’où nous sommes issus et dans lequel nous vivons et interagissons, peut être la clef d’une sagesse retrouvée, hors de toutes les interprétations religieuses ; l’occasion d’un discours sur le monde, enfin concret et cohérent avec notre nature profonde…

Ce que j’ai eu énormément plaisir à lire : 

– les très belles pages sur son père ; 
– cette découverte de la culture tzigane ; 
– l’incroyable expérience de Michel Siffre, ce géologue, exilé volontaire sous la terre pendant deux mois ; 
– toutes ses réflexions sur l’animal, comme alter ego, sur le véganisme et le végétarisme ; 
– son analyse du Land Art…

Sans compter tout ce que j’oublie…

J’ai eu plus de mal avec son analyse des Haïkus. Un brin longuet à mon goût, mais cela reste très subjectif. 

En un mot, j’ai vraiment apprécier ce livre, qui nous ouvre à d’autres horizons, tout en nous ramenant constamment à ce que nous sommes. Je compte bien lire Décadence, même s’il me tente un peu moins. 

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4ème de couv : 

Cosmos est le premier volume d’une trilogie intitulée « Brève encyclopédie du monde ». Il présente une philosophie de la nature. Il sera suivi de « Décadence », qui traitera de l’histoire, puis de « Sagesse », consacré à la question de l’éthique et du bonheur. « Trop de livres se proposent de faire l’économie du monde tout en prétendant nous le décrire. Cet oubli nihiliste du cosmos me semble plus peser que l’oubli de l’être. Les monothéismes ont voulu célébrer un livre qui prétendait dire la totalité du monde. Pour ce faire ils ont écarté des livres qui disaient le monde autrement qu’eux. Une immense bibliothèque s’est installée entre les hommes et le cosmos, et la nature, et le réel ». Tel est le point de départ de ce livre, dans lequel Michel Onfray nous propose de renouer avec une méditation philosophique en prise directe avec le cosmos. Contempler le monde, ressaisir les intuitions fondatrices du temps, de la vie, de la nature, comprendre ses mystères et les leçons qu’elle nous livre. Tel est l’ambition de ce livre très personnel, qui renoue avec l’idéal grec et païen d’une sagesse humaine en harmonie avec le monde.

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Utopies réalistes – Rutger Bregman –

index– Tu y crois à ça ?

– A quoi ?

– Bah, à ton bouquin-là ! Tu crois que c’est possible : le revenu universel, l’indice de bien être économique durable, le partage du travail…?

– C’est réalisable et cela a été réalisé dans certains pays à titre d’expérimentation ou de façon durable. Les résultats sont sans appel : non seulement la situation personnelle des gens s’en est trouvée grandement améliorée mais cela a été créateur de richesses pour la société entière. Et pour un coût moindre que toutes les politiques sociales existantes.

– J’ai pas tout lu, mais j’ai parcouru, ça a l’air de se tenir. Mais il reste un problème essentiel dans cette idée humaniste : Si on donne aux pauvres le moyen de subvenir à leurs besoins élémentaires, qui ira faire les boulots pourris auxquels la précarité les contraint ? Tu crois qu’ils iront tous demain ramasser nos poubelles et nos merdes ? Tu crois qu’ils iront pointés à l’usine pour souder, découper, assembler toujours les mêmes choses dans le bruit et des cadences infernales ? Et je ne te parle même pas de ce qui se passe ailleurs, tous ces pays qui fabriquent nos fringues, nos iPhones et tous ces gadgets qu’on nous vend un fric dingue alors qu’on paye des ouvriers-esclaves une misère pour les réaliser dans des conditions sanitaires exécrables.

– Bien sûr que non ! C’est évident ! Toi comme moi savons bien qu’on échangerait jamais nos jobs pour un de ceux-là. Mais, posons le problème autrement : Demain, personne n’est plus contraint par la nécessité à exercer une activité qu’il n’a pas choisie, un boulot de merde pour parler clairement. Et entre nous, il y a aussi beaucoup de boulots à la con en haut de la pyramide et avec des salaires confortables à la clef. Combien d’ingénieurs ou de cadres sup’, qui exploitent ou empoisonnent le monde, partent avec leur pécule pour cultiver du bio en Ardèche et regarder pousser leurs mômes ? Enfin, c’est encore un autre problème… Je reprends là où j’en étais : Demain, on ne trouve plus personne pour faire ces boulots. Que se passera-t-il ?

1Utopies réalistes  - Rutger Bregman - ) On fera le tri rapidement entre les activités réellement nécessaires et utiles à  notre société et celles qui ne le sont pas.

2) On sera dans l’obligation de rendre attractives les activités nécessaires à nos besoins fondamentaux. Peut-être tout simplement en faisant enfin coïncider le montant des salaires avec les véritables valeurs ? Nettoyer les rues, ramasser les poubelles, nourrir le monde sainement, éduquer la jeunesse, soigner et assurer la protection et la garantie des libertés de chacun (et non plus seulement des biens), … la liste est longue. Tous ces métiers devront être rétribués à la hauteur du service rendu à la collectivité. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Si demain, il est plus rémunérateur de recycler les déchets, d’enseigner ou de soigner que de courir après un ballon ou de fermer une entreprise pour augmenter le profit de ses actionnaires, les volontaires se bousculeront au portillon. Et non pas seulement pour le salaire, mais aussi parce que tous ces métiers dépréciés et méprisés aujourd’hui seront porteurs de valeurs et de reconnaissance…

– ça y est, Liza, tu recommences avec les Bisounours. Tu crois réellement que nos politiques, culs et chemises avec les sbires de la finance, véritables dirigeants et décideurs de ce monde, laisseront faire cela ?

– Bien sûr que non, ils ne nous laisseront pas faire ! Cela fait des années que nos politiques ont enterré le Bien Commun sans fleur ni couronne et qu’ils nous engluent petit à petit dans un système qui nous contraint à l’acceptation, tu sais le TINA de Thatcher ! There is no alternative ! Ce bouquin, comme tu dis, il nous en donne des alternatives et des pistes pour y arriver. Rutger Bregman nous prouve qu’une autre réalité peut être possible. Il suffit peut-être seulement de la vouloir et de s’organiser pour la faire advenir ?

Si nous voulons changer le monde, il nous faut être irréalistes, déraisonnables et impossibles. Rappeler-vous : ceux qui appelaient à l’abolition de l’esclavage, au droit de vote des femmes et au mariage pour tous, eux aussi étaient traités de fous. Jusqu’à ce que l’histoire leur donne raison.

– A qui l’histoire donnera-t-elle raison, Liza ?

– Commence par lire ce livre et on en reparle juste après…

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4ième de couv :

Ouvrir grand les frontières, une semaine de travail de quinze heures, le revenu de base universel… Des idées naïves et dépassées ou bien la force de l’utopie renouvelée ? Résolument anti-décliniste, Utopies réalistes tombe à pic et nous explique comment construire un monde idéal aujourd’hui et ne pas désespérer ! D’une ville canadienne qui a totalement éradiqué la pauvreté à l’histoire d’un revenu de base pour des millions d’Américains sous Richard Nixon, Rutger Bregman nous emmène dans un voyage à travers l’histoire, et, au-delà des divisions traditionnelles gauche-droite, il défend des idées qui s’imposent par la force même de l’exemple et le sérieux de la démarche historique. Tout progrès de la civilisation – des débuts de la démocratie à la fin de l’esclavage – fut d’abord considéré comme un fantasme de doux rêveurs.

Soyons aussi intelligents que la nature ! – Gunter Pauli –

51hTYn0GzmL._SX195_Il y a plusieurs façons d’aborder l’épuisement en ressources de notre planète, notre mode de consommation, de production sans fin et l’avenir que tout cela nous réserve.

Certaines sont assez radicales :

Micro-trottoir n°1 : « La civilisation a toujours été vecteur de progrès et la nature a toujours su se débrouiller pour rebondir et arranger les choses : le réchauffement climatique, le problème de l’eau, de la pollution, de l’épuisement des ressources, ce n’est que du baratin, un énorme Hoax lancé par une poignée d’agitateurs à l’échelle de l’humanité, l’avenir leur donnera tort ! Et moi, j’en ai rien à cirer, tant que j’ai mon iphone dans ma poche et mon Nutella sur mes tartines ! »

Micro-trottoir n°2 : « C’est terrible, le monde est pourri ! Ce sont les politiques qui ne font pas leur boulot, trop occupés à faire le jeu du monde de la Finance pour en récupérer les miettes (des grosses miettes, entendons-nous bien !) ; ils en ont rien à foutre de nous ! Tu penses : la nourriture de merde, l’eau polluée et les cages à lapin, c’est pas pour eux. Faut tout foutre en l’air et tout faire péter. Il nous faut une bonne révolution. Faire table rase de tous ces blaireaux et repartir à zéro ! »

Il y a aussi les bras qui tombent et les forfaits avant combat :

Micro-trottoir n°3 : « Bah, bien sûr qu’on va tous crever ! Ce n’est pas pour rien que les pleins de tunes construisent des fusées pour se barrer de ce monde de merde ! Mais que veux-tu qu’on y fasse ? Que veux-tu que j’y fasse moi ?! Avec mon salaire qui me permet tout juste le nécessaire et les rêves qui vont avec ! Après moi le déluge ! Tant pis ! Je préfère tenir que courir et profitez de la vie tant qu’il est encore temps… »

Et il y a ceux qui ont déjà touché le fond et qui n’ont pas d’autre choix que d’agir ou crever ! Ceux-là ont inventé des solutions avec les moyens du bord, en observant et imitant ce qui marche dans la nature : des solutions de « pauvres » qui ont permis de nourrir des populations, reboiser des territoires, penser autrement l’agriculture pour changer les pénuries en moissons foisonnantes, valoriser les déchets au lieu de les laisser empoisonner leurs eaux et leurs terres, exploiter ce qu’ils ont, au lieu de payer un bras pour ce qu’ils n’ont pas…

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Ce sont toutes ces initiatives jugées un peu folles au départ, mais payantes et tout à fait réalisables (puisque réalisées) que Gunter Pauli nous présente dans son livre, qu’il synthétise en 12 tendances révolutionnaires pour sauver notre consommation… et notre planète. Je vous laisse les découvrir… Son approche est claire et constructive et son enthousiasme communicatif, même s’il n’en reste pas moins lucide :

Le défi consiste à faire renoncer les personnes qui contrôlent le système de production actuel ! Et la question est de savoir s’ils accepteront de considérer que la résilience doit être l’objectif principal de tout système économique sain.

Le voilà, le nœud du problème ! Personnellement, je pense que convaincre les cadors de la Finance que « détruire la nature, c’est pas bien », que « se tenir debout sur une montagne de fric, c’est pas socialement correct », que « le partage est la clef d’une vie sereine et paisible pour l’humanité », et que « les bisounours existent en vrai, si, si, je vous assure… » c’est comme « pisser dans un violon ». Bon. Je n’en rajoute pas plus, je pense que vous avez saisi l’idée.

Par nature, l’environnement créé une abondance. Pourtant, nous choisissons de ne pas voir ni exploiter cette abondance. Nous rendons les choses « simples » et « efficaces », et nous créons la pénurie – car il s’agit en fait du meilleur moyen pour faire davantage de profits.

Peut-être arriverons-nous à faire pencher la balance de notre côté en ne respectant plus les règles du marché qu’ils nous imposent ? Je dis bien, peut-être…

Gunter Pauli développe quelques pistes ; J’en ai ajouté quelques-autres :

– essayer de consommer autrement, chacun à hauteur de ses moyens ;
– recréer une économie locale ;
– privilégier le rapport qualité-prix tant qu’on le peut ;
– faire le deuil de tous ces produits dont nous n’avons absolument pas besoin, mais dont on nous conditionne à avoir une énooorrrrmmme envie… ;
– arrêter, pour certains, de trouver cela normal de mettre 1000 euros dans le dernier smartphone tous les ans et faire un scandale à l’idée de payer le juste prix du kilo de fruits, légumes, … au paysan du coin qui les cultive sans (ou sans trop) de chimie et lui préférer la grande surface à 20 km qui va vous en vendre 2 pour le prix d’un ! :
– Essayer de donner son temps, son argent, son énergie à ce (ceux) qui en vaut la peine…

Peut-être qu’à force, cela pourrait devenir de plus en plus facile et réalisable ?!

Ces 12 tendances sont basées sur des expériences pratiques et des centaines de projets mis en œuvre. Il ne s’agit pas de prévisions statistiques, mais de vagues de plus en plus grosses poussées par des courants sous-jacents (profondément ancrés dans nos sociétés et nos économies, partout dans le monde), par lesquels de plus en plus de gens sont prêts à « tourner le dos » au modèle qui ne les a pas satisfaits. La puissance de ces vagues émergentes garantit une transformation plus rapide et plus profonde que tout ce que nous pouvions considérer comme viable.

Merci aux éditions de l’Observatoire et à Babelio pour l’envoi de ce livre passionnant et utile.

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4ième de couv :

Pénuries annoncées, pollution, malnutrition… Avons-nous vraiment bénéficié des supposées avancées technologiques ? Pour Gunter Pauli, il est temps de révolutionner notre consommation et nos moyens de production. Son business model ? La nature ! Nous avons fait l’erreur de vouloir supplanter la nature, persuadés d’être capables de l’augmenter. Résultat, nous avons épuisé notre planète. Pour Gunter Pauli, le « Steve Jobs du développement durable », créateur du concept d’« économie bleue », ces dégâts peuvent être réparés. La solution est simple : il nous faut repenser notre système de production agricole, voué à l’échec, en observant les phénomènes naturels et en imitant leur fonctionnement, à grande échelle, afin de mieux cultiver et consommer ce que notre planète produit déjà. C’est possible, et sans même sacrifier notre confort ! Décryptant 12 tendances illustrées par des cas concrets qui ont fait leur preuve aux quatre coins de la planète, Gunter Pauli annonce une véritable révolution planétaire : meilleures conditions de vie, dynamisme économique local, autosuffisance nationale, diversification de la faune et la flore… Une chance pour chacun d’entre nous !

Illusions dangereuses – Vitaly Malkin –

CVT_Illusions-dangereuses--Quand-les-religions-nous-p_7195À l’heure où on tue dans les rues ou les salles de concert et aux quatre coins de la planète, au nom de Dieu (peu importe lequel, chaque dieu des trois livres a eu son lot au fil des siècles de tués ou sacrifiés, mécréants ou martyrs), c’est un livre bien courageux que nous offre Vitaly Malkin. Dans cet essai fort bien documenté, illustré et étayé de raisonnements clairs et lucides, l’auteur fait le procès des religions monothéistes (christianisme, judaïsme et islam) sans oublier le bouddhisme, dans le but de démontrer qu’elles ne sont qu’illusions dangereuses qui empoisonnent nos sociétés et briment l’humanité.

L’homme ne vit plus dans un monde riche et varié, celui des choses et des hommes, mais avec la vision du monde proposée par le livre.

A travers ces huit chapitres, exposant chacun les relations que la religion entretient avec la mort, la raison, la sexualité, la sainteté, la Shoah…, Vitaly Malkin arrive aux conclusions suivantes :

– La religion est avant tout un instrument d’asservissement des peuples et de pouvoir pour quelques-uns ;
– Si Dieu existe, quid de la Shoah, du rôle des nazis et d’Hitler, … en un mot de la volonté divine ?
– L’humanité se porte mieux lorsque la religion ne guide pas les sociétés humaines (la Grèce antique, les lumières, nos sociétés actuelles (pour combien de temps, face au retour du religieux dans la sphère politique et sociale ?)
– Le croyant calque sa vie sur des préceptes qui l’amène à renier ou négliger sa vie présente et matérielle au bénéfice d’une spiritualité qui lui promet post mortem richesses et bien être. Et si le Paradis, c’était tout simplement à construire ici et maintenant ?
– La religion comme pulsion de mort qui prône souffrance et pénitence en opposition au plaisir, au bien-être et à l’épanouissement de l’être humain, qui ne demande qu’à vivre !
– et bien d’autres choses encore que je vous laisse découvrir…

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Ce livre ravira les non-croyants qui se soucient du religieux, mais est-ce qu’il fera réellement douter le croyant fervent ? Je ne le pense pas. Les croyances, quelles qu’elles soient (religieuses, politiques, …, ont toujours accompagné l’humanité et semblent bien constitutives de la nature humaine.

Je remercie vivement Babelio et les éditions Hermann pour l’envoi de ce livre. Il m’a beaucoup intéressé et même si on sent, bien sûr, le parti pris de l’auteur, son argumentation est juste et sensée. J’ai repensé souvent à la théorie des mèmes et au livre de Susan Blackmore du même nom. Sa lecture en fait un bon complément.

Je voudrais qu’un Dieu unique et bon, omnipotent, omniscient et omniprésent existe. Il participerait à nos affaires humaines et notre vie en serait bien meilleure. Mais force est de constater qu’il n’y a aucun signe de lui et que les femmes et les hommes, incorrigibles, restent les seuls responsables de tout le mal sur terre.

Et tout le bien aussi…

L’intelligence animale – Emmanuelle Pouydebat –

418n-QK3CeL._SX195_Emmanuelle Pouydebat est anthropologue et biologiste, chercheuse au CNRS. Dans ce livre, elle se propose d’aborder l’intelligence animale et son évolution dans sa globalité, dans son foisonnement, et non au sein d’une pyramide imaginaire qui tendrait vers la suprématie des primates et des humains en particulier, car la réalité est tout autre.

Il n’y a pas qu’une forme d’intelligence et si l’on considère cette notion à l’échelle des espèces, un critère s’impose : l’adaptation, ou plus précisément la capacité à répondre avec flexibilité aux situations nouvelles et complexes.

De là, Emmanuelle Pouydebat va passer au crible certains préjugés qui tendraient à prouver la suprématie de l’intelligence humaine – l’utilisation, la fabrication d’outils comme signes d’intelligence, la nécessité de posséder un pouce opposable pour se servir desdits outils, … Elle va pas à pas les déconstruire en nous présentant un nombre important d’exemples issus de ses recherches, de celles de ses étudiants ou collègues, qui infirme ces assertions et élargit notre vision du monde animal.

Il faudrait repenser la vie, le droit et l’intelligence des animaux domestiques et d’élevage dont le bien-être et la souffrance sont parfois ignorés. Sans doute faut-il adopter également un autre point de vue à leur égard et dans notre manière de les étudier. Il faudrait alors nous mettre à leur niveau à eux, en nous décentrant nous-mêmes comme la terre a été décentrée au profit du soleil par Copernic.

Son livre est novateur et tellement instructif, tout en laissant la part belle à l’humour et à la démonstration. Certaines espèces sont vraiment surprenantes – d’espièglerie et d’ingéniosité – : vous les regarderez sûrement différemment une fois ce livre refermé…

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J’ai aimé qu’elle nous explique comment est née sa vocation : sa découverte, gamine, d’Yves Coppens et de Lucy… :

Pourquoi Lucy n’est-elle pas un humain ? C’est quoi un humain ? Je veux comprendre le passé pour comprendre le présent. C’est décidé ! Quand je serais grande, je serai Yves Coppens !

son admiration pour Jane Goodall et le fait qu’elle n’hésite pas à citer les étudiants qui ont participé à ses recherches en leur attribuant à tous le mérite qui leur revient. C’est assez rare pour être noté.

Ne vous privez donc pas de ce petit livre, il vous en apprendra beaucoup et vous surprendra encore plus !

Retour à Lemberg – Philippe Sands –

indexQue nous ayons des droits en tant qu’individus et que ces droits ne puissent être bafoués par le gouvernement du pays où nous vivons, nous paraît aujourd’hui allant de soi. C’est l’inverse qui ne l’est pas et nous fait nous insurger, aujourd’hui, contre certains pays où dirigeants au vu de l’actualité du monde : Qui ne s’est pas inquiété pour le sort d’Asli Erdogan, citoyenne turque ? Qui ne s’est pas demandé de quelles armes juridiques la communauté internationale pouvait disposer pour régler certains conflits dans le monde impactant dramatiquement les civils, et quelles étaient leurs réelles portées ?

Et pourtant, ces droits et les revendications qui en découlent sont encore bien récents et fragiles.

Il y a encore quelques décennies, prévalait partout dans le monde l’entière souveraineté de l’État : libre d’emprisonner, tuer, discriminer ses membres, sans avoir aucun compte à rendre… Beaucoup de pays considèrent encore de nos jours que leur souveraineté est au-dessus de tout, et autant aimeraient que le droit international ne sorte pas du monde des idées.

Avons-nous perdu le sens de l’histoire ? Les États veulent-ils vraiment « reprendre le contrôle » ? Une telle reprise du contrôle entraînerait-elle le retour du droit de traiter les citoyens, ou les étrangers, comme il leur plaît, sans qu’ils soient contraints par le droit international ou obligés par la fidélité aux engagements donnés ?

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C’est cette transition et cette lutte pour inscrire dans le droit international, la notion de crime contre l’humanité, et de façon plus difficile encore, celle de génocide, que nous raconte Philippe Sands, juriste spécialisé dans les droits de l’Homme. Là où Retour à Lemberg est original, c’est que cette trame est soutenue par le récit haletant qu’il nous fait des parcours individuels des membres de sa famille (juifs et donc soumis aux lois raciales nazies) et de la ville de Lviv, berceau de ses origines. Il nous embarque littéralement dans cette (en)quête qui va durer plus de six ans. Six années où son chemin va croiser et mettre en perspective les destins passés ou présents de gens aussi divers que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin (créateurs des notions de crime contre l’humanité et de génocide), Niklas Frank (fils du gouverneur-général de la Pologne occupée qui fut un ami et fidèle d’Hitler), les accusés et témoins du procès de Nuremberg en passant par l’histoire de ses grands-parents et de sa mère, sans oublier Miss Tilney.

Ce qui nous hante apparemment, ce ne sont pas seulement les morts, ou les vides que laissent en nous les secrets des autres, ce sont aussi leurs histoires.

De nombreuses photographies illustrent son propos et Philippe Sands nomme, date, cite, inscrivant sans relâche les événements qui font, non seulement sens, mais nous touchent profondément car l’écrire, c’est en laisser trace, ne pas permettre qu’ils s’effacent et que nous les oublions. Et le lire, c’est aussi comprendre pourquoi il n’est jamais vain de connaître nos devoirs et se battre pour nos droits, afin de ne pas un jour avoir à se battre pour nos vies…

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4ième de couv :

Invité à donner une conférence en Ukraine dans la ville de Lviv, autrefois Lemberg, Philippe Sands, avocat international réputé, découvre une série de coïncidences historiques qui le conduiront de Lemberg à Nuremberg, des secrets de sa famille à l’histoire universelle. C’est à Lemberg que Leon Buchholz, son grand-père, passe son enfance avant de fuir, échappant ainsi à l’Holocauste qui décima sa famille ; c’est là que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, deux juristes juifs qui jouèrent un rôle déterminant lors du procès de Nuremberg et auxquels nous devons les concepts de  » crime contre l’humanité  » et de  » génocide « , étudient le droit dans l’entre-deux guerres. C’est là enfin que Hans Frank, haut dignitaire nazi, annonce, en 1942, alors qu’il est Gouverneur général de Pologne, la mise en place de la  » Solution finale  » qui condamna à la mort des millions de Juifs. Parmi eux, les familles Lauterpacht, Lemkin et Buchholz. Philippe Sands transcende les genres dans cet extraordinaire témoignage où s’entrecroisent enquête palpitante et méditation profonde sur le pouvoir de la mémoire.

Homo Deus : une brève histoire du futur – Yuval Noah Harari –

indexPetit à petit, nous sommes entrés dans une nouvelle ère où nous n’hésitons pas à céder des parts de liberté, de notre indépendance et nos données personnelles et privées, pour pouvoir bénéficier de tout ce que peuvent nous apporter les nouvelles technologies. Et cela bouleversera – si ce n’est déjà le cas – l’organisation du Monde : nos sociétés autant que nos droits fondamentaux d’êtres humains. En tête de ce mouvement, citons les vecteurs et acteurs que sont Google, Facebook, la Silicon Valley et bien d’autres…

Dans le passé, la censure opérait en bloquant le flux de l’information. Au XXIème siècle, elle opère en inondant la population d’informations non pertinentes. Nous ne savons précisément pas à quoi prêter attention, et passons notre temps à débattre de problèmes annexes.

Yuval Noah Harari se propose avec Homo Deus : une brève histoire du futur, de nous livrer quelques clefs pour ne pas nous laisser sombrer dans cet océan de données. Il va déconstruire beaucoup de concepts, de réalités que la plupart d’entre nous considèrent comme acquis ou allant de soi : notre libre arbitre, l’humanisme, la démocratie, … puis nous aider à penser ce qu’implique la révolution technologique que nous vivons depuis si peu d’années au regard de l’humanité, et ce vers quoi elle peut nous mener.

Toutes les prédictions qui parsèment ce livre ne sont rien de plus qu’une tentative pour aborder les dilemmes d’aujourd’hui et une invitation à changer le cours de l’avenir. 

Le grand mystère de la vie, de la connaissance et de l’intelligence fait place à une vérité implacable : Nous sommes tous des algorithmes. Et ceci est la clef ultime, non seulement de la compréhension, mais aussi du bond terrible que va faire l’humanité, vers ce nouvel ordre qui verra l’avènement d’Homo Deus (être humain augmenté qui aura su dompter les technologies à son profit). À moins que ce soit le contraire et que l’être humain connaisse le sort qu’il réserve actuellement aux animaux de consommation (parqués, toute volonté annihilée, en totale privation de liberté et sans aucune prise en compte des besoins physiologique et psychologique essentiels et vitaux), tenu par une main de fer et d’acier totalement indifférente à ce triste sort.

Si le développement technologique de « nos machines » les amène à ne plus être au service de l’humain et leur donne une totale indépendance et déconnexion de l’Homme, mais aussi du vivant, qu’aura-t-elle à faire, cette précieuse technologie, de parasites aussi destructeurs que nous ?

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Au début du XXIe siècle, le train du progrès sort à nouveau de la gare, et ce sera probablement le dernier train à quitter la gare Homo Sapiens. Ceux qui loupent le train n’auront jamais de seconde chance. Pour y trouver une place, il faut comprendre la technologie du XXIe siècle, et notamment les pouvoirs de la biotechnologie et des algorithmes informatiques. 

Si Sapiens : Une brève histoire de l’humanité m’avait sidérée et procurée une intense jubilation intellectuelle, force est de constater qu’Homo Deus est un cran en dessous. Ce qui ne veut pas dire qu’il m’a laissé indifférente, loin de là, mais l’effet de surprise n’était sans doute plus là. Et puis, j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs et redites qui ne permettent pas d’atteindre à ce rythme et cette fulgurance de la pensée que l’on trouve dans Sapiens.

Mais cela reste une lecture prenante et tellement intéressante que le maigre aperçu que je donne ci-dessus est loin d’être à la hauteur de tout ce que Yuval Noah Harari présente. La dernière partie m’a réellement captivée et j’aurais souhaité qu’elle soit bien plus importante. Il y a encore matière à de nombreux développements, interrogations et supputations sur notre futur proche.

« Sœurs et Frères humains, nous n’avons pas fini de trembler ! »
versus
« Réveillons-nous ! »

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4ième de couv :

Sapiens retraçait l’histoire de l’humanité. Homo Deus interroge son avenir. Que deviendront nos démocraties quand Google et Facebook connaîtront nos goûts et nos préférences politiques mieux que nous-mêmes ? Qu’adviendra-t-il de l’Etat providence lorsque nous, les humains, serons évincés du marché de l’emploi par des ordinateurs plus performants ? Quelle utilisation certaines religions feront-elles de la manipulation génétique ? Homo Deus nous dévoile ce que sera le monde d’aujourd’hui lorsque, à nos mythes collectifs tels que les dieux, l’argent, l’égalité et la liberté, s’allieront de nouvelles technologies démiurgiques. Et que les algorithmes, de plus en plus intelligents, pourront se passer de notre pouvoir de décision. Car, tandis que l’Homo Sapiens devient un Homo Deus, nous nous forgeons un nouveau destin. Best-seller international – plus de 200 000 exemplaires vendus en France, traduit dans près de 40 langues – Sapiens interrogeait l’histoire de l’humanité, de l’âge de la pierre à l’ère de la Silicon Valley. Le nouveau livre de Yuval Noah Harari offre un aperçu vertigineux des rêves et des cauchemars qui façonneront le XXIe siècle. Yuval Noah Harari est docteur en Histoire, diplômé de l’Université d’Oxford. Aujourd’hui, il enseigne dans le département d’Histoire de l’université hébraïque de Jérusalem et a remporté le « prix Polonsky pour la Créativité et l’Originalité » en 2009 et en 2012. Acclamé par Barack Obama et Mark Zuckerberg, son ouvrage Sapiens est devenu un phénomène international : traduit dans près de 40 langues et présent dans toutes les listes de bestsellers à travers le monde.

Une vie sans fin – Frédéric Beigbeder –

indexTrès partagée sur cette lecture. Le début m’a vraiment emballée : rythme, pertinence des réflexions (la théorie du selfisme façon Beigbeder vaut son pesant de likes), humour… enfin, je me voyais déjà brandir une foultitude d’étoiles à grand renfort de compliments dithyrambiques, et puis…

Et puis, je me suis lassée.

Lassée de ces visites et déplacements incessants de cliniques en professeurs, de la mise en scène de sa vie, de ce côté people et un peu bobo, qui m’a semblé souvent présent pour contrebalancer un discours qu’il craignait peut-être un peu trop sérieux.

Et pourtant, le sujet est intéressant et on ne peut pas reprocher à Frédéric Beigbeder de n’avoir pas su le développer. Il colle tout à fait aux questionnements que chacun peut avoir face au rendez-vous avec la mort qui semble forcément plus proche à 50 balais qu’à 20 printemps, aux enjeux de la science (et de la finance) face aux balbutiements du transhumanisme. Enfin, balbutiements… Certaines options et recherches, éthiquement condamnées et légalement interdites chez nous, se développent ailleurs et risquent bien de changer la donne de nos sociétés dans quelques décennies.

Tel était le rêve des biotechnogénéticiens : composer une espèce, comme un musicien compose une symphonie.

Le fossé entre les 10 % les plus friqués de la planète qui pourront avoir accès aux bienfaits de ces découvertes et les 90 % des autres (vous et moi) n’a pas fini de se creuser… bon, ça, ce n’est qu’un avis personnel.

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Il fallu rapidement créer de nouveaux collèges pour les « sur-enfants » dont les notations n’étaient pas mesurables avec les moyens d’évaluation ordinaires.
(…)
La suite n’était pas compliquée à prévoir : le génocide des sous-hommes par les machines biologiques était indispensable pour régler le problème de la surpopulation et du réchauffement climatique.

En conclusion, donc, si vous adorez Beigbeder, peut-être le trouverez vous plus sérieux (c’est qu’il arrive quand même à grandir, le bougre), mais cela ne vous empêchera pas de le suivre avec plaisir dans sa recherche du Graal (la vie éternelle) ; et si comme moi, vous n’êtes pas forcément fan du Monsieur, sans pour autant le détester, vous passerez malgré tout de bons moments à la lecture de ce livre et si son côté « moi-je » ne vous dérange pas, ce sera peut-être un sans faute.

Mais dans tous les cas, vous rirez beaucoup ! Et n’est-ce pas un atout précieux face à la perspective d’une vie sans fin ?

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4ème de couv :

« La vie est une hécatombe. 59 millions de morts par an. 1,9 par seconde. 158 857 par jour. Depuis que vous lisez ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont décédées dans le monde – davantage si vous lisez lentement. L’humanité est décimée dans l’indifférence générale.
Pourquoi tolérons-nous ce carnage quotidien sous prétexte que c’est un processus naturel ? Avant je pensais à la mort une fois par jour. Depuis que j’ai franchi le cap du demi-siècle, j’y pense toutes les minutes.
Ce livre raconte comment je m’y suis pris pour cesser de trépasser bêtement comme tout le monde. Il était hors de question de décéder sans réagir. »

 

Hippocrate aux enfers – Michel Cymes –

C’est un sujet difficile qu’aborde Michel Cymes dans Hippocrate aux enfers : celui de l’expérimentation humaine effectuée par des médecins allemands dans les camps de concentration, durant la seconde guerre mondiale. On aimerait croire que tous ces actes de barbarie furent exécutés par des brutes perverses au QI d’imbéciles violents et sadiques qui se seraient auto-proclamés médecins ou scientifiques ; mais malheureusement, la réalité que nous présente Michel Cymes est bien différente. Il y a très peu de médecins ratés ou d’étudiants recalés dans les rangs de ces bourreaux. Beaucoup sont de brillants scientifiques promus à un bel avenir. Et un avenir, ils en ont eu un pour la plupart. Leurs victimes n’ont pas eu cette chance.

Nous pourrions penser que les libérateurs ont fait preuve d’une justice exemplaire. Naïve humanité ordinaire que nous sommes croyant encore à ce sacro-saint idéal… Non. Les alliés ont exfiltré ces scientifiques et profité de leurs savoirs et de leur intelligence pour mener à bien la conquête spatiale, pour ne donner qu’un exemple…

Si l’homme a marché sur la Lune, c’est en prenant son élan depuis le charnier criminel des esclaves de Dora, le camp où est née l’aérospatiale et où sont morts des milliers d’hommes.

Beaucoup d’horreurs dans ce livre. Je ne veux pas m’appesantir, mais vous laisser les lire. Juste un mot : Michel Cymes les aborde avec beaucoup de pudeur et d’humanité. Il dit, sans atténuer ni masquer, mais sans cette insistance qui peut parfois donner cet effet de voyeurisme ; la réalité des faits est assez dérangeante pour le lecteur, sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter.

Hippocrate aux enfers - Michel Cymes -
La question qui sous-tend son propos est simple : Comment en sont-ils arrivés là ? Comment ont-ils pu à ce point violer ce serment ultime et fondateur ? Qui, mieux qu’eux, pouvait ne pas ignorer la valeur d’une vie humaine ? Certes, nous savons tous que l’on peut être le plus intelligent des hommes et le plus fieffé des salauds. Cela n’a rien d’incompatible… mais ce qui est en jeu, surtout ici, c’est la manière de considérer l’autre. Si vous retirez à certains hommes (ou femmes) la qualité d’être humains, peu importe pour quelles raisons, qu’est-ce qui vous empêchera d’en arriver là ? En quoi cet individu que vous aurez soustrait de l’humanité vous semblera-t-il différent d’un animal de laboratoire voué à l’expérimentation ? d’un objet dont vous pourrez disposer à votre guise ?

A l’heure où les droits de l’homme et de la femme stagnent ou reculent dans bon nombre de pays, c’est une question qui fait sens.

Une autre, tout aussi essentielle, est au cœur du débat : beaucoup réprouvent ces expérimentations humaines, mais vous brandissent avec force l’avancée considérable qu’elles auraient permise à la science. Les bras m’en sont souvent tombés. Comme si de cet enfer, pouvait ressortir quelque chose de positif, d’utile pour l’humanité. Je ne savais quoi argumenter en retour. Tant cela me semblait abject. Merci Monsieur Cymes de pouvoir me donner de quoi affirmer que non ! Toutes ces horreurs n’ont pas eu les résultats escomptées et que le peu de résultats probants auraient pu être obtenus sans toute cette barbarie…

Quoi qu’il en soit, de l’immense majorité de ces expériences, rien n’est sorti.
Rien d’autre que la souffrance et la mort.
Rien d’autre que des cris, des hurlements, des suppliques.
Ces cris, je les ai imaginés, je les ai presque entendus.
Ils me hantent encore aujourd’hui.
Qui peut dire qu’on ne les entendra plus ?

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4ième de couv :

«C’était là.
C’est là que tant de cobayes humains ont subi les sévices de ceux qui étaient appelés « docteurs », des docteurs que mes deux grands-pères, disparus dans ce sinistre camp, ont peut-être croisés.
Je suis à Auschwitz-Birkenau.
Il s’agit d’un voyage de mémoire, un pèlerinage personnel que j’ai maintes fois repoussé.
Là, devant ce bâtiment, mon cœur de médecin ne comprend pas. Comment peut-on vouloir épouser un métier dont le but ultime est de sauver des vies et donner la mort aussi cruellement ? Ils n’étaient pas tous fous, ces médecins de l’horreur, et pas tous incompétents.
Et les résultats de ces expériences qui ont été débattus, discutés par des experts lors du procès de Nuremberg ? Ont-ils servi ? Ont-ils été utilisés par les alliés après la guerre ? Que sont devenus les médecins qui ont été « exfiltrés » ?
Quand la nécessité est devenue trop pressante, quand j’ai entendu trop de voix dire, de plus en plus fort, que ces expériences avaient peut-être permis des avancées scientifiques, j’ai ressorti toute ma documentation et je me suis mis à écrire.» Michel Cymes

Médecin spécialiste, Michel Cymes exerce dans un hôpital à Paris. Il est présentateur d’émissions médicales sur France Télévision.

La théorie des mèmes : pourquoi nous nous imitons les uns les autres – Susan Blackmore –

La théorie des mèmes : pourquoi nous nous imitons les uns les autres - Susan Blackmore -Quand Darwin a lancé à la face du monde que « l’Homme descendait du singe », Lady Worcester s’exclama : « pourvu que cela ne soit pas vrai ; mais si cela devait l’être, prions pour que le peuple ne le sache pas ! » Quand Freud a développé sa théorie de l’inconscient, beaucoup l’ont reçue comme les confessions d’un pervers polymorphe. Alors je ne sais pas quel sort, nous, contemporains, réservons à Susan Blackmore, mais c’est clair qu’elle ne doit pas y couper !

En quelques mots, la théorie des mèmes de Susan Blackmore, ça raconte quoi ? L’évolution de l’Homme expliquée à la lumière des mèmes.

Avant de lire Sapiens de Yuval Noah Harari (lecture qui m’a conduite à ouvrir ce livre), je n’avais jamais entendu parler de mèmes. D’ailleurs un mème, Qu’est-ce que c’est ? L’Oxford English Dictionary le définit comme un élément de culture dont on peut considérer qu’il se transmet par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation. (terme créé par Richard Dawkins).

Voilà la solution la plus aboutie de l’énigme de l’évolution humaine : l’imitation qui nous fait apprendre en copiant et améliorant sans cesse ce que nous empruntons aux autres (actions, comportements, idées…).

Nous sommes donc le produit de réplicateurs, c’est-à-dire :

de nos gènes qui viennent de créatures antérieures que nous transmettrons à notre tour si nous nous reproduisons – jusque là pas de problème, c’est acquis pour tout le monde, sauf peut-être pour les créationnistes ;

de nos mèmes, composés de toute cette quantité de réplicateurs qui va des simples bouts d’informations stockées dans nos cerveaux, aux systèmes de pensées et d’idées complexes organisées et structurées, hérités d’autres personnes et que nous transmettrons, à notre tour, en parlant, écrivant et communiquant. Et là, ce n’est pas si facile à accepter !

Les gènes sont des instructions encodés dans des molécules d’ADN et les mèmes sont des instructions enchâssées dans les cerveaux humains.

La théorie des mèmes : pourquoi nous nous imitons les uns les autres - Susan Blackmore -
Et n’allez pas croire que notre petit Moi intérieur à la main mise sur toute cette cuisine interne. Non ! Il est lui-même une construction du monde mémétique, un moiplexe : Tout ce que nous sommes, nos choix, nos actions, nos pensées… est mue par la force et le pouvoir des réplicateurs. De la même manière qu’il y a une compétition entre les gènes pour arriver à la génération suivante, les mêmes se combattent pour être transmis vers un autre cerveau, livre ou objet.

La culture moderne est le résultat de milliers d’années de sélection mémétique.

Face au dessein biologique des gènes, il y a le dessein culturel et mental des mèmes. Gènes et mèmes étant les deux réplicateurs en jeu dans l’évolution humaine, agissant en interaction les uns avec les autres.
Si vous voulez savoir comment l’auteure arrive à cette conclusion, il ne vous reste plus qu’à lire ce livre !
La théorie des mèmes : pourquoi nous nous imitons les uns les autres - Susan Blackmore -
Voilà ! Maintenant il va nous falloir « digérer », évaluer et analyser tout cela avec les petits mèmes déjà présents dans nos cerveaux et qui risquent fort de ne pas être d’accord pour laisser leur place à ceux de Susan Blackmore !

Nous pouvons continuer à vivre comme la plupart des gens, soumis à l’illusion de l’existence d’un Moi conscient persistant à l’intérieur, qui commande, qui est responsables de mes actes, et qui fait que je suis ce que je suis. ou bien nous pouvons vivre tels des êtres humains, corps cerveau et mèmes, vivant nos vies comme une interaction complexe entre réplicateurs et environnement, sachant que c’est tout ce qu’il y a. Nous cesserions ainsi d’être des victimes du moiplexe égoïste. Dans ce sens, nous pouvons véritablement être libres – non pas parce que nous sommes capables de nous rebeller contre la tyrannie des réplicateurs égoïstes, mais parce que nous savons qu’il n’y a personne pour se rebeller.

Merci à toutes celles et ceux qui m’auront suivie jusqu’ici – pas simple de résumer au mieux l’idée centrale de ces 389 pages, même si le propos de l’auteure est clair, argumenté et bourré d’exemples, le rendant abordable et « digeste ». Elle soumet à la question de nombreuses choses, de la disparition de Neandertal aux récits d’enlèvements par des extra-terrestres – oui, je sais, moi aussi, j’ai tiqué, mais c’est une question qui a fait débat au Royaume-Uni (?) -, elle met en perspective des théories nouvelles et éclaire certaines découvertes, tout cela dans un foisonnement d’idées et d’exemples, qui, qu’on en soit convaincu ou non, est un régal pour l’intellect.

Personnellement c’est la chose la plus folle et sensée que j’ai lu depuis des années (limite, tu te demandes si ce n’est pas de la SF) et mes petits mèmes luttent encore pour survivre face à ce tsunami intellectuel… ou pas.

Pour les plus téméraires d’entre vous (pensez aux sous-titres si besoin) :

 

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4ième de couv :

Qu’est-ce qui distingue les hommes des animaux ? Le langage ? La raison ? La conscience ? La créativité ? Et s’il ne s’agissait là que de leurres ? Et si la spécificité de l’homme, c’était avant tout son incroyable capacité à imiter ses semblables ? Nous sommes, déclare Susan Blackmore, des machines mimétiques contagieuses. Tandis que les gènes utilisent le corps humain dans leur lutte pour la suprématie des caractères physiques, les mêmes colonisent nos cerveaux pour dominer nos comportements, nos habitudes, nos croyances. Or si l’altruisme, la foi, le langage, l’amour, nous sont commandés de l’extérieur, peut-on encore dire que le Moi existe ? Un livre culte qui embrase le monde scientifique international.