L’enfant de poussière – Patrick K. Dewdney –

indexOn a beau être haut comme trois pommes, la vie est dure à Corne-Brune pour le jeune Syffe, orphelin élevé à la ferme Taron, avec trois autres mômes comme lui… Et encore, sa vie sous l’aile pas tant protectrice de la veuve Taron, sera sans doute la plus sereine, au regard de ce qui l’attend dans ce premier tome d’une série qui commence on ne peut mieux.

Tous les ingrédients sont là pour ne pas nous laisser souffler un seul instant :

– un univers bien développé qui nous permet de nous approprier très vite les lieux de ce décor médiéval et les querelles de pouvoir qui vont bien vite désorganisés autant la région de Brune, que la modeste vie de notre jeune orphelin. Syffe va se retrouver au cœur d’une intrigue qu’il ne maîtrise pas et ne comprend pas toujours ;

– des personnages haut en couleurs que Patrick K. Dewdney ne imagesménage pas : on tue, on assassine, on meurt dans L’enfant de poussière, mais tous ont ce coffre, cette épaisseur et cette nuance qui fait qu’on s’attache à eux, malgré cette dureté et ce manque d’empathie qui les caractérisent. Corne-Brune est une cité rude, où les faiblesses se payent cher ;

L’homme que l’on tuait était encore vivant au moment où la lame quittait son corps. Il avait mal et peur, et bien souvent le temps de comprendre qu’il allait mourir.

– beaucoup d’actions et de batailles – ce qui n’est pas pour me déplaire – et tout autant de dialogues jouissifs et de réparties savoureuses ;

Il y avait quelque chose dans son regard mutin qui racontait comment elle voulait encore combattre. « Je suis debout », disait son œil sombre. « Je frissonne, parce que j’ai sué toute la nuit, mais j’ai le poitrail large et les sabots acérés, et je n’en ai pas fini ici. Tout ça n’est pas terminé ». Le nez collé dans son cou fauve, je réaffirmai doucement prise sur moi-même, parce qu’à ce moment et à cet endroit il n’y avait plus que cela à faire. Sous le regard féroce de la jument de guerre, mes sanglots s’espacèrent d’eux-mêmes, pour se transformer en respirations assurées. Je décidai que je n’allais pas crever ici, ou du moins pas de cette manière, pas terré dans les bois comme un lapin peureux.

– un style énergique et agréable qui agit comme un moteur : vous n’arrêterez pas de tourner les pages jusqu’à la fin de ce tome et malheur ! Il va nous falloir attendre la suite pour découvrir ce que l’avenir réserve à notre Syffe, qui semble avoir entre les mains, plus d’une arme pour affronter la suite…

Nous ne rentrons jamais vraiment chez nous. Nous nous battons pour une idée changeante, qui fluctue pendant que nous sommes loin. Puis nous mourons, à l’écart, respectés mais incompris. Étrangers à tous ces gens pour lesquels on a donné sa vie. Certains même ne nous approuvent pas et je crois que je les comprends, de plus en plus.

Un livre et un auteur que j’ai découvert grâce à Babelio et aux éditions Au Diable Vauvert, qu’il n’est plus besoin de présenter. Merci à eux et vivement la suite !

index

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4ième de couv :

Ne la lisez pas ! Elle en dit trop à mon goût !
Ou lisez-là en connaissance de cause…

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Les vils veinards – Paul Durham –

51Xk3WLUpJL._SX195_Les vils veinards commence par une course poursuite : Rye est pourchassé par le patron du « Poète en colère », un bouquiniste à qui elle a volé un livre. Mais pas n’importe quel livre. Celui-ci détiendrait la clef de bon nombre de secrets bien gardés de Noyé-sous-mer. Rye et ses amis ne voulaient pas le voler, mais seulement y jeter un œil et le remettre à sa place en toute discrétion. Mais voilà, les choses ne se sont pas passées comme ils l’auraient souhaité, les embarquant dans une aventure qui va les amener à croiser la route du comte de Longchance, du chef des vils veinards et de bien d’autres énergumènes tout aussi peu engageants les uns que les autres.

Demander aux Vils Veinards de résoudre nos problèmes, c’est comme demander aux guêpes de chasser les mouches. Une fois les mouches parties, qui les guêpes vont-elles piquer, à votre avis ?

Paul Durham a su me séduAVT_Paul-Durham_1548ire avec son récit destiné à un public jeunesse mais qui se lit franchement avec plaisir à tout âge. Ses personnages sont attachants – humains ou non – Nox le chat a d’emblée retenu mon attention. Et pas seulement pour son côté félin… Il y a une sorte de mystère qui plane sur la famille de la jeune héroïne ; on ne sait pas trop bien dans quel camp elle se trouve, mais on pressent très vite que tous ses membres sont bien plus que ce qu’ils prétendent être.

Les illustrations de Zac Gorman accompagnent fort bien l’écriture de Paul Durham et donne une consistance aux personnages et aux actions qui ne manquent pas, et aèrent un peu le contenu assez dense et rythmé de ce livre ; mais je vous rassure, même un jeune lecteur ne verra pas passer ces 480 pages.

Un premier tome engageant qui donne envie de poursuivre les aventures de Rye et ses amis. Ne reste plus qu’à attendre la traduction des deux autres tomes…

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4ième de couv :

Parfois, seuls les méchants peuvent nous sauver…
Un village encerclé par les monstres et les légendes ; de mystérieux hors-la-loi dont on chuchote le nom, mi-fasciné mi-terrifié : un récit de fantasy dense, accessible dès 10 ans.

Les Vils Veinards – Paul Durham –

51Xk3WLUpJL._SX195_Je crois, Riley, qu’on est tous hantés – hantés par ceux qu’on a aimés, mais qui ne sont plus parmi nous. Voilà où vont les morts. Et plus on a aimé de gens, ou plus on a fait de rencontres, plus il y aura de personnes qui nous garderont dans leurs cœurs. Pour toujours.
– Et les fantômes qui hantent ce cimetière, alors ? Ou les cachots de la forteresse Longchance ? Ou la cave à vin de l’auberge du Poisson-Mort ?
– Peut-être que les fantômes qui arpentent ce cimetière se sentent très seuls. Qu’ils n’ont pas de cœurs où se réfugier.

Le Seigneur des Anneaux, Tome 3 : Le Retour du Roi – J.R.R. Tolkien –

index– Voilà. C’est fini.
– Tu as enfin franchi le pas ! C’est pas trop tôt non ? Depuis le temps qu’il traînait dans ta biblio !
– Il traînait pas. Il était en attente… Nuance ! J’ai tout fait, tu sais, pour ne pas en finir. Je l’ai relégué au fin fond de ma PAL pour ne pas voir s’afficher ce foutu mot fin ; mais il y a bien eu un moment où je pouvais plus reculer…
– Je sais pas comment tu fais. Moi, je ne peux pas attendre. Quand ça me plaît, peu importe que ça fasse deux ou quinze tomes, je les aligne à la suite et vas-y ! Je n’en sors pas avant d’avoir lu la dernière ligne !
– Bah, moi tu vois, c’est tout le contraire. J’ai pas envie d’en finir. Je le mets un peu à distance, comme ça je me dis que j’en ai encore un sous le coude. Un petit précieux à lire. Et puis, je pensais que le meilleur moment pour l’ouvrir serait Noël. Alors j’ai patienté…
– Et alors, t’en as pensé quoi ?
– Ça ne s’entend pas quand je t’en parle là comme ça, mais je peux t’assurer que mon petit cœur de guimauve a dégusté : il a souffert mille tourments dans les nombreuses batailles, il a failli pas repartir à plusieurs reprises et tu le connais, parfois il a un peu déconné…
– Déconné ?!?images
– Bah oui, quoi ! Il lui a pas fait de cadeau à Frodo ! Je ne te raconte pas le nombre de fois où il a eu envie de lui coller un bon coup de pied au cul pour qu’il se bouge et reparte. Je te le dis : j’ai honte pour lui. Que veux-tu, il a oublié le pouvoir de l’anneau ; il a oublié tout ce qu’il a pu en baver ce petit hobbit. J’avais beau le lui répéter, rien n’y faisait, c’était toujours « Sam ceci, Sam cela »… enfin bon, mon petit cœur de guimauve, il a tendance à trouver que le vrai héros, c’est pas celui qui s’est trimballé l’anneau… Puis, je te cache pas qu’il a eu du mal à s’attacher à Faramir, bien que toute ma tête lui disait :  « c’est un bon gars, pas un taré comme son père, alors, vas-y quoi, fais-lui confiance, au moins un peu, tu verras bien ce qu’il a dans le ventre… »
– Attends là ! Mais Faramir, c’est un personnage fabuleux. Il doit gérer la perte de son frère, un père qui flanche au moment où tout le monde compte sur lui, qui se laisse aller à la colère et à la folie… Il fait ses preuves, s’accroche et ne lâche rien ! Je l’adore moi, Faramir !
images– Oui, je sais. Mais mon petit cœur grenadine, il n’a pas encore fait le deuil de Boromir. Alors à Faramir, il a eu du mal à lui ouvrir ses portes. Faut dire : Boromir quand même ! La marche était haute ! Et puis, petit à petit, il lui a fait une place. Puis, y a eu la fin. J’ai eu peur que ça l’achève pour de bon. Je ne te raconte pas après, la vie de dingue qu’il m’aurait menée…
– Oui, la fin. Je m’en souviens comme si c’était hier et pourtant je l’ai découverte quand j’étais môme ! Ça date, je sais, tu vas me dire. Mais il y a des fins qui ne s’oublient pas… et celle-là, je l’ai rejouée tellement de fois dans ma tête, dans mes rêves ! Je ne voulais pas les laisser partir pour les Havres. On savait tous que dès qu’ils quitteraient la rive, ils seraient foutus. Combien de fois j’ai supplié l’esprit de Tolkien de ré-écrire juste ça ! Ou au moins de me laisser Frodon. Au moins un ! Mais non… J’étais môme, je te dis. Mais je ressens encore tout cela. Même maintenant, ça brûle encore…
– Je comprends. Je voulais pas rouvrir la blessure…
– Justement ! Tu sais quoi ? On va aller se regarder le premier film. Enfin, seulement si tu m’assures qu’on mettra pas un an avant de voir le suivant !
– Vas-y, moque-toi… Mais t’inquiète, on va faire mieux que ça : On va se faire une nuit Tolkien ! On commencera par Bilbo, s’il le faut, mais je t’assure qu’on va y passer la nuit !
– Ok, mais on ne dit rien aux gamins ! Pas de blague…
– Ça marche !

index

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4ième de couv :

Avec « Le Retour du Roi » s’achèvent dans un fracas d’apocalypse les derniers combats de la guerre de l’Anneau.
Tandis que le continent se couvre de ténèbres, annonçant pour le peuple des Hobbits l’aube d’une ère nouvelle, Frodon poursuit son entreprise.
Alors qu’il n’a pu franchir la Porte Noire, il se demande comment atteindre le Mont du Destin. Peut-être est-il trop tard : le Seigneur des Ténèbres mobilise ses troupes.
Les Rohirrim n’ont plus le temps d’en finir avec le traître assiégé dans l’imprenable tour d’Orthanc ; ils doivent se rassembler pour faire face à l’ennemi.
Tentant une fois de plus sa chance, Frodon passe par le Haut Col, où il sera livré à l’abominable Arachné. Survivra-t-il à son dangereux périple à travers le Pays Noir?

La passe miroir, tome 2 – Christelle Dabos –

La passe miroir, tome 2 - Christelle Dabos -Et bien voilà, je viens de finir le tome 2 dans la foulée : quel bonheur !

Quel bonheur cette passe-miroir ! Tous les personnages prennent de l’ampleur et l’histoire ne perd rien de son intérêt et de sa tension. Bien au contraire. On a toujours un peu cette crainte, quand on attaque le second tome d’une série à succès qu’on a aimé, qu’il ne soit pas à la hauteur, que l’auteur ait cédé à je ne sais quelles sirènes ou trompettes de la renommée. Là, que nenni ! C’est qu’on la sent « droite dans ses bottes », Christelle Dabos. Elle déplie, tisse, façonne avec le plus grand soin et sa prose et son intrigue !

Pas de « laissez pour compte », ses personnages s’étoffent et les familles se dessinent petit à petit au sein de cet univers qu’on devine créé par un Dieu aussi mystérieux qu’inquiétant. Mais on est encore sûr de rien ! Ophélie, vice conteuse à la cour ne sait comment mener de front cette nouvelle fonction, s’en se faire « dévorer » par les manigances de la cour et l’indifférence de Thorn. Et ce Farouk à la mémoire digne d’une Dory dans Nemo dont les caprices font la pluie et le beau temps, qui n’en finit pas de s’accrocher à son chaînon manquant…

Allez, je n’en dirais pas plus ! Si ce n’est que je vais maintenant être comme beaucoup d’autres avant moi : impatiente et fébrile en attendant la suite.

¤ ¤ ¤

« Chaque homme devrait avoir le droit de jouer sa vie aux dés. Ils génèrent des résultats aléatoires qui dépassent toutes les prédéterminations. Cela n’a plus aucun sens si les dés sont pipés. »

« Ophélie le dévisagea avec un mélange de répulsion et de pitié, comme si elle avait devant elle un sinistre directeur de pompes funèbres.
– Je n’aimerais vraiment pas vivre dans vos souliers.
Thorn était un homme si peu expressif qu’Ophélie interpréta d’abord sa raideur immobile comme une attente ; quand elle s’aperçut qu’il la fixait intensément sans plus ciller ni respirer, elle comprit que, en réalité, elle lui avait coupé le souffle.
– Je vous concède qu’ils ne sont pas très confortables, finit-il par articuler au bout d’un très long silence. Un peu plus que cela, même. »

« – Tu sautes des repas, tu découches toute une nuit, tu te fais agresser et tu t’étonnes après de tourner de l’œil ? C’est une armée entière de marraines qu’il te faut, gamine. »

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4ième de couv :

Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours plus périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions de personnalités influentes à la cour ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l’entraînera au-delà des illusions du Pôle, au cœur d’une redoutable vérité.

Faërie – J.R.R. Tolkien –

Faërie - J.R.R. Tolkien -Une belle lecture commune que cette faërie ! J’ai pris mon temps pour le lire ce livre. Je pense ne pas me tromper en disant que j’y ai consacré quelques semaines. J’avoue ne pas avoir accroché à la dernière partie sur les contes de fées. Ce n’est pas qu’elle ne m’a pas intéressée, mais j’avais l’envie de rester dans les aventures de dragons, de chevaliers et de trésors enfouis dans des grottes inaccessibles… enfin, loin de la théorie. Les yeux de nouveau emplis de mes rêves et des mondes merveilleux de mon enfance !Faërie - J.R.R. Tolkien -

Je me dis, qu’il faudrait que je m’y replonge dans quelques temps, car c’est bien dommage d’être passée à côté. Il s’agit du grand Tolkien, tout de même ! Cela mérite de s’attarder et d’y retourner, la tête libérée de mes rêveries de gosse nostalgique…

J’ai adoré Feuille, de Niggle. Si vous ne devez en lire qu’une, c’est cette histoire-ci ! Je me suis même payée le luxe de la lire une seconde fois : Quel bonheur ce Niggle ! Peintre du dimanche, comme on dit parfois, mais peintre fou de ses pinceaux, de ses dessins et mélanges, complètement investi et obnubilé par son projet : peindre une à une les feuilles, chacune dans sa spécificité, sa forme et sa couleur particulières. Oublier l’arbre, sans voir que feuille après feuille, il se construit : gigantesque et merveilleux ! Mais voilà ! Niggle doit, comme tout un chacun avant lui, « faire un long voyage » !

Bientôt, la toile prit une telle dimension qu’il dut se procurer une échelle : et il montait et descendait pour ajouter une touche par-ci ou effacer une tache par-là. Si quelqu’un venait le voir, il se montrait assez poli, tout en tripotant un peu les crayons de son bureau. Il écoutait ce que les gens avaient à dire : mais, intérieurement, il ne cessait de penser à la grande toile abritée dans le haut hangar qu’il avait construit dans le jardin.

Jusqu’au jour où on vint le chercher pour ce sacré voyage… 

C’est un peu de mon âme d’enfant que j’ai retrouvée en lisant Faërie. j’aurai tant aimé avoir une petite tête brune ou blonde à qui lire ces trois histoires…

Merci à toi, Ange, pour ce beau et merveilleux voyage.

Et comme je n’ai ni perdu ce sentiment du merveilleux, ni la joie du bonheur qui va avec, j’ose conclure ainsi :

On dirait qu’on est tous  amis et chercheurs d’or
Et qu’on sait vaincre les dragons du dehors
On dirait qu’on s’est tous libérés de nos chaînes
Et qu’on est plus fort que les plus vieilles nos peines
On dirait que nos vies ne partent plus en braises

Et que les contes et les chasses aux trésors nous apaisent…

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4ième de couv :

 

Aux frontières indécises des régions hantées par les  » Hobbits « , non loin du pays imaginaire d’Alice, il existe un  » Petit Royaume  » de la vieille Angleterre où vivait un géant à barbe rousse nommé Gilles de Ham.  » Ham n’était qu’un petit village, mais, en ces temps lointains, les villages étaient fiers et indépendants.  » Ainsi commence le premier de ces trois récits horrifiants et sublimes ( » Gilles de Ham « ,  » Smith de Grand Wootton  » et  » Feuille de Niggle « ) qui entourent l’œuvre maîtresse de Tolkien. Avec la précision des poètes et le sérieux des historiens et des géographes, le célèbre professeur d’Oxford nous ouvre des mondes oubliés et immémoriaux et nous replonge au cœur de notre enfance. Tolkien est un magicien.

La Horde du Contrevent -Alain Damasio –

La Horde du Contrevent -Alain Damasio -
Entrer dans le Vent
Comme dans un merdier hurlant
Le vent dans la gueule
Engluée dans sa pâte épaisse
Contrer, Contrer, Contrer sans cesse.

Le vif à fleur de peau, seule
Sentir les chrones au dessus de sa tête
Et partager ce rêve ténu, cette chimère
Atteindre un beau jour le bout de la Terre.

Ribambelle errante, encore unis pourtant
Noués, noués par les tripes
Horde après Horde
Scribe après Scribe
on commence à comprendre :
La vie, c’est le combat, c’est le vent.

J’étais à nouveau émerveillable.

A quoi bon raconter ?
Il n’y avait pas à discuter, juste à saluer. Et se taire.

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

 Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromètre et géomètre, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.
Expérience de lecture unique, La Horde du Contrevent est un livre-univers qui fond d’un même feu l’aventure et la poésie des parcours, le combat nu et la quête d’un sens profond du vivant qui unirait le mouvement et le lien. Chaque mot résonne, claque, fuse : Alain Damasio joue de sa plume comme d’un pinceau, d’une caméra ou d’une arme…
Chef-d’œuvre porté par un bouche-à-oreille rare, le roman a été logiquement récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire.

Royaume de vent et de colères – Jean Laurent Del Socorro –

Un attentat se fomente dans les rues de la ville. Au nom de Dieu, des hommes vont mourir et la cité va être mise à sac. Paris au XXIe siècle ? Non. Marseille au XVIe. 1596 : La cité phocéenne conteste la légitimité du Roi de France et s’auto-proclame République indépendante. Marseille, la catholique face à Henri IV, le huguenot : le décor est posé, mais les cartes ne sont pas encore tirées.

Elles sont toutes là, dans une même main dès le prologue, et ne demandent qu’à être abattues :

– Gabriel : Chevalier de sang et de misère, j’ai choisi la vie en donnant la mort. Tant et tant. Que je n’aspire à plus rien d’autre. Ce sera la dernière. Victoire. J’ai beau regarder le ciel, droit devant, debout, la tête haute, j’ai un genou à terre…

« Je vis en ermite depuis si longtemps que les mots m’ont déserté. »

– Victoire : Je suis née au combat, brandie comme un étendard par une Patience à la volonté de fer. Le couteau à la ceinture et la Rapière à la main, je sais comment tailler les chairs. Tu ne bronches déjà plus devant la faible femme que je ne suis pas. Ça aide, le sang sur les mains pour attirer le respect. Je ne suis pas dupe, va ! Je sais. La Guilde attend toujours mon heure…

«Nous ferions pourtant un si beau couple d’assassins tous les deux. »

– Silas : Approche ! Et montre-moi de quoi tu es capable, Bourreau. Je te le rendrais au centuple. Tu crois mener la danse. Tu crois être passé maître dans l’art de manier la souffrance. Tes yeux jubilent. Profites-en bien. Tant qu’ils sont encore deux.

« Fouette-moi autant que tu veux, aucune explication ne sortira de ma bouche. Les plaies se referment et les os se ressoudent, mais enlève-moi l’honneur et je ne vaudrais guère plus qu’un chien. »

– Armand : Il nous faut fuir, Roland, et abandonner l’Artbon. Seras-tu assez fort pour résister à son appel ? Nous prendrons le chemin de Marseille. Puis nous embarquerons. Ils ne nous penseront pas assez fous pour faire ce choix-là. Et peu importe ce que nous ferons. Puisqu’il y aura toujours la mort au bout…

« Il n’est jamais trop tard pour se tromper. »

– Axelle : Je ne suis pas mère. Je règle mon pas sur le pas de mon père. L’espadon dans mes deux mains, à faire voler les têtes, j’apprends. J’apprends à maîtriser la colère. Gilles, penses-tu avoir fait taire en moi, la révolte et la haine ? La fortune et sa roue, le chariot dans les mains, je regarde l’Aube qui se réveille. Je ne suis pas ma mère…

« La peur je l’ai avalée. Dans ma bouche, dans ma gorge, elle me tombe tout au fond du ventre, jamais digérée.»

– Gabin : C’est la chanson du gamin qui a perdu son « aime », c’est la chanson que me fredonnait ma mère, du temps où j’en étais encore un. Je croque à pleines dents dans la pomme offerte par un mort et m’accroche à la roue de la fortune. Je sers les habitués, essuie les tables et disperse les poussières des routes. Je fais le pari de la vie et regarde l’espadon accroché au mur…

« Une moitié d’homme en guenille ».

Jean-Laurent del Socorro nous offre là un Royaume de vent et de colères qu’on peine à lâcher. La structure du livre atypique désarçonne au départ mais très vite, elle donne un tel rythme à la lecture, qu’on y adhère totalement. J’ai aussi beaucoup aimé le choix de la narration à la première personne, chaque personnage se succédant pour nous livrer « sa » vérité, son histoire. L’auteur est un roliste. Aucun doute à avoir sur cette affirmation, quand on voit avec quel soin il a travaillé ses perso : ils trimbalent tous leurs univers et ont une « vraie » présence et pourraient faire l’objet chacun d’un autre roman sans aucun problème. Et pas de demie mesure pour les personnages féminins : Chez del Socorro, point de gourdasses effarouchées, mais de vrais portraits de femmes, qui ne sont pas là pour distraire, faire joli ou tapisserie !

Bon, vous l’aurez compris, j’ai complètement accroché à ce Royaume de vent et de colères, premier roman aux éditions Actusf, suivi d’une nouvelle et d’une interview de l’auteur qui permettent de prolonger la découverte.

Et dans le ciel de mes coups de cœur, elles scintillent encore :
Cinq étoiles. Une par doigt.

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Jean Laurent Del Socorro – Librairie Mollat :

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4ième de couv :

1596. Deux ans avant l’édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s’oppose à Henri IV, l’ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme.Les pions sont en place.Le mistral se lève.La pièce peut commencer. Placé entre l’Histoire et la fantasy, ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est époustouflant de maîtrise et d’érudition.

« Jean-Laurent Del Socorro ferre son lecteur et lui murmure à l’oreille : « voici pile l’histoire qui te manquait pour retrouver le goût de la littérature ». » Ugo Bellagamba (préface)

Les voies d’Anubis – Tim Powers –

Franchement, j’ai beau chercher. Je ne vois pas ce qu’il lui manque.
Ce livre a tout pour lui.

Si vous ne l’avez pas encore lu, ne perdez pas votre temps à lire ce qui suit et jetez vous dessus. La surprise et le plaisir de lecture n’en seront que plus vifs, plus envoutants. Et qu’est-ce que cela pourra bien vous apporter de plus que je vous donne quelques clefs ?
 

Les voies d’Anubis de Tim Powers n’est pas un livre dans lequel on entre par une seule porte ni par des chemins détournés. Vous vous le prenez en pleine face, et c’est à peine s’il vous laisse le temps de reprendre votre souffle, de respirer entre deux chapitres, qu’il vous en colle une autre bien sentie, mettant à mal votre plexus solaire, histoire de bien vous faire comprendre que vous n’arriverez pas à le classer et encore moins à le lâcher comme cela.

« À Xanadu, Kubilaï Khan se décréta
Un fastueux palais des plaisirs :
Où s’engouffraient les flots sacrés d’Alphée,
Par des grottes à l’homme insondables
Jusqu’aux abîmes d’une mer sans soleil. »

Kubla Khan, Poème de Samuel Taylor Coleridge, dont l’histoire dit qu’il a été inspiré par les fumées d’opium inhalées par son auteur.

Naïf lecteur. C’est oublier bien vite la traversée des bas-fonds, l’esprit aux aguets, perdu dans les tunnels. C’est passé sous silence Brendan Doyle, Lord Byron, William Ashbless et leurs Kas

Il y a des livres que l’on repose sur l’étagère et dont on redécouvre la tranche quelques semaines ou mois plus tard, en se demandant bien ce qu’ils font là. Et il y en a d’autres qui continuent longtemps après les avoir lus, à vous faire de l’œil sur leur linéaire. Brillants d’une sorte d’aura, ils vous appellent, vous attirent et vous ne pouvez pas passer devant sans sourire d’un air entendu, sans les prendre à nouveau dans vos petites mains fébriles et les feuilleter pour tomber au gré du hasard, sur :

« Il avait toujours pensé que la croyance populaire selon laquelle une maison explorée en rêve est la représentation de l’esprit du dormeur recelait une once de vérité mais si, maintes fois, il avait rôdé dans les étages de sa demeure psychique, il n’avait jamais visité les catacombes de ses caves. »

à moins que ce ne soit :

« Le temps, reprit-il sur un ton solennel, le temps est comparable à un fleuve qui roule sous une couche de glace. Il nous étire comme si nous étions des plantes aquatiques, de nos racines vers l’extrémité de nos tiges, de notre naissance vers notre mort, et se courbe autour des roches ou des souches qui se présentent au long de son cours ; et nul ne peut échapper à ce fleuve à cause du toit de glace qui le surplombe et nul ne saurait le remonter à contre-courant, ne fût-ce qu’un instant. »
Vous savez que s’affiche sur votre visage, cet air de connivence que tout lecteur entretient, au fil du temps, avec ces petits rectangles de papier qui n’ont rien d’innocent.
Puis vous le reposer délicatement, ému et comblé, jusqu’à la prochaine fois…

Little darling, the smiles returning to the faces
Little darling, it seems like years since it’s been here
Here comes the sun, here comes the sun
and I say it’s all right

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4ième de couv :

Lorsque le professeur Brendan Doyle accepte de donner une conférence sur le poète anglais Coleridge, il est loin d’imaginer qu’il ne va pas tarder à le rencontrer en personne… en 1810 ! Car après avoir accepté l’offre d’un millionnaire ayant percé les mystères du voyage dans le temps, le voilà plongé dans une aventure rocambolesque traversant un Londres peuplé de bohémiens, de mendiants douteux et de sorciers terrifiants, tel ce clown macabre qui règne sur le monde souterrain. Et pour couronner le tout, Doyle ne peut revenir à son époque, à moins de déjouer les plans malfaisants des mages égyptiens qui veulent ramener leurs anciens dieux à la vie. Mais osera-t-il prendre le risque de changer le cours de l’Histoire ?

Mêlant les thèmes du voyage temporel, du mythe du loup-garou et de la magie noire égyptienne dans le Londres victorien, ce roman qui a remporté les prestigieux prix Apollo et Philip K. Dick, est le grand classique à l’origine du steampunk.

« Une intrigue diaboliquement efficace, une ingéniosité grisante et un rythme d’enfer : ce roman est une performance de virtuose, un feu d’artifice aveuglant. » LONDON TIMES

Tim Powers est né en 1952 aux États-Unis. Ami intime de Philip K. Dick, inventeur du steampunk, génie de l’histoire occulte, son ardu suspens, sa fougue picaresque et son humour ont conquis un vaste public. Il a obtenu au cours de sa carrière de nombreuses récompenses, dont plusieurs World Fantasy Awards. Il vit en Californie.

Wastburg – Cédric Ferrand –

Wastburg : La cité où il ne fait pas bon vivre ! Et pourtant. On saigne, on meurt et on castagne dur pour elle.
« Wastburg (…) était simple à vivre. Pas de passé trouble, pas d’avenir faussement prometteur : la cité n’offrait que du présent. Et ça, (on) pouvait le toucher du doigt. »

La tour des Majeers est l’ultime vestige qui reste de Magie entre les murs de la Cité. La déglingue a tout emporté avec elle. Alors, on évolue dans ce monde de soudards où Cédric Ferrand fait la part belle aux personnages masculins (j’ai pas souvenir d’avoir vu pointer ne serait-ce que l’ombre d’un minois féminin sur plus d’une page), entre déglingue et filouterie, trahison et fraternité, secrets et mensonges…, avec dans les narines l’odeur du sang et de la merde. Car Wastburg, c’est avant tout, cela : un univers de crasse et de violence porté par toute une galerie d’hommes d’armes et de guerre, de pouvoir ou de rien, plus prompts à sauver leurs peaux et leurs combines que préserver la cité et ses habitants.
Voilà ce à quoi je m’attendais et que j’ai eu plaisir à découvrir tout du long de ma lecture.Par contre j’ai eu plus de mal avec ce qui, sans le style de l’auteur, aurait été clairement une déception : la structure du roman. Elle est complètement déstabilisante les cent premières pages, et là je crois que, soit on s’accroche et continue la lecture, soit on referme le livre. Il n’y a pas dans Wastburg, vous savez, ce ou ces quelques personnages qui vous accompagnent tout du long du roman, à qui il arrive « des choses » (appelez cela comme vous voulez : aventures, drames, …) et que vous pouvez suivre de façon plus ou moins linéaire, dans ce qu’on serait tenté d’appeler « une histoire »…
Nenni ici. Rien de tout cela. Vous commencez à vous accrocher au premier larron venu, quelques pages plus loin, il est rétamé : « Circulez, y a (plus) rien à voir ! » Vous vous dîtes « c’est pas bien grave, en vlà un autre, tout juste là dans le début du second chapitre » et puis, mine de rien, celui-là aussi il se fait la malle. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que tout ce petit monde, qui n’a pas bien l’air décidé à vous laissez lire tranquilou, ceci dit en passant, vous offre l’image d’une Wastburg qui se délite et essaie de sauver les meubles, croquée par une plume qui ne laisse pas indifférent. 

Passée la surprise des premières pages, je l’ai lu un peu comme un recueil de nouvelles qui aurait un thème commun : Wastburg ! Et la 4ième de couv accrocheuse, limite racoleuse pour les amoureux de la plume et l’univers de Jaworski, n’est pas non plus pour rien dans ce sentiment mitigé.
Il aurait fallu le laisser venir à nous avec humilité, ce premier roman de Cédric Ferrand, sans vouloir orienter notre lecture à grand renfort de comparaison, qui à mon avis, le dessert plus qu’autre chose.
(Cela se veut flatteur, mais c’est carrément « casse-gueule » !)

Alors, je me dis que je n’en resterai pas là et que cet auteur mérite qu’on continue à faire un brin de chemin avec lui, quitte à prendre le risque de le laisser continuer seul. Et peut être serais-je séduite par le prochain au point d’oublier cet arrière-goût de « filouterie » qui nous reste à la dernière page refermée, quand nous nous trouvons de nouveau nez à nez avec la 4ième de couv ?
Affaire à suivre donc !

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4ième de couv :

Wastburg, une cité acculée entre deux royaumes, comme un bout de bidoche solidement coincé entre deux chicots douteux. Une gloire fanée qui attend un retour de printemps qui ne viendra jamais. Dans ses rues crapoteuses, les membres de la Garde battent le pavé. Simple gardoche en train de coincer la bulle, prévôt faisant la tournée des grands ducs à l’œil ou bien échevin embourbé dans les politicailleries, la loi leur colle aux doigts comme une confiture tenace. La Garde finit toujours par mettre le groin dans tous les coups foireux de la cité. Et justement, quelqu’un à Wastburg est en train de tricoter un joli tracassin taillé sur mesure. Et toute la ville attend en se demandant au nez de qui ça va péter.

Roman à facettes, Wastburg propose une vue en coupe d’une cité médiévale macérant dans une fantasy crépusculaire où la morale et la magie ont foutu le camp. C’est comme si San-Antonio visitait Lankhmar. Après La Voie du cygne de Laurent Kloetzer et Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski, se dessine une véritable école de la « crapule fantasy ».

Cédric Ferrand fait vivre des univers de jeu de rôles (Sovok, Brumaire, Vermine, Nightprowler…), écrit des nouvelles et lit tout ce qui lui passe sous la main. Il vit désormais à Montréal, dans la plus complète schizophrénie linguistique et culturelle.