L’heure des fous – Nicolas Lebel –

418C3XqaeEL._SX210_Je ne sais plus lequel ou laquelle d’entre vous me l’avait fait rajouter à ma PAL – faut dire que vous êtes de sacrés tentateurs. Enfin, c’est ce que je me tue à vouloir expliquer régulièrement à mon banquier. Non sans mal. Que voulez-vous, il aime les chiffres, moi les lettres… – mais une chose est sûre : c’est que je ne regrette pas que Titiseb me l’ai choisi pour cette pioche du mois de janvier. Je me suis régalée avec cette heure des fous !

Que dire ? L’intrigue commence sur un fait divers qui en règle générale ne tarde pas à finir rapidement dans les affaires classées – avec ou sans suites – : un SDF est poignardé devant témoins sur les rails d’une voie ferrée de la gare de Lyon, à Paris. Le capitaine Mehrlicht et son équipe sont chargés de l’affaire et encouragés à en finir vite ! Là où les choses prennent une autre ampleur, c’est quand il s’avère que le SDF en question n’en est pas vraiment un. Qu’était-il venu chercher sur ces rails ? Est-ce que sa mort à un lien avec son boulot, ou est-ce tout simplement la faute à pas de chance ?

Vous me direz « rien de bien exaltant ou différent des scénarios qui fleurissent ici ou là dans les romans policiers » ; certes, mais ici, l’auteur nous a gâté avec un style, un humour et des références qui nous dessinent un joli sourire de contentement sur le visage. Quand Audiard s’invite en cours d’audition, qu’Hugo te toise du haut de son piédestal dans la cour de la Sorbonne, et que tu te retrouves les deux pieds dans la boue des égouts de Paris, à chercher désespérément ce dont je ne vous dirais rien, y a pas ! Ça donne tout de suite le ton ! Et que dire de l’équipe qui mène l’enquête : du capitaine à l’inspecteur stagiaire – oups, lieutenant – , en passant par le fondu du code pénal et la lieutenante Latour, tous ont une personnalité originale et un caractère bien ciselé…

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Du coup, je pense ne pas trop tarder à me procurer la suite, d’autant que j’ai quelques wagons de retard car Nicolas Lebel en est maintenant à son cinquième roman. J’espère que le suivant sera à la hauteur…

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4ième de couv :

Paris : un SDF est poignardé à mort sur une voie ferrée de la gare de Lyon. « Vous me réglez ça. Rapide et propre, qu’on n’y passe pas Noël », ordonne le commissaire au capitaine Mehrlicht et à son équipe : le lieutenant Dossantos, exalté du code pénal et du bon droit, le lieutenant Sophie Latour qui panique dans les flash mobs, et le lieutenant stagiaire Ménard, souffre-douleur du capitaine à tête de grenouille, amateur de sudoku et de répliques d’Audiard…
Mais ce qui s’annonçait comme un simple règlement de comptes entre SDF se complique quand le cadavre révèle son identité.
L’affaire va entraîner le groupe d’enquêteurs dans les méandres de la Jungle, nouvelle Cour des miracles au cœur du bois de Vincennes, dans le dédale de l’illustre Sorbonne, jusqu’aux arrière-cours des troquets parisiens, pour s’achever en une course contre la montre dans les rues de la capitale.
Il leur faut à tout prix empêcher que ne sonne l’heure des fous…

 

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Pour quelques grammes d’éternité – Philippe Dumont –

Pour quelques grammes d'éternité - Philippe Dumont - Pour quelques grammes d’éternité vous emmène en septembre 1948 à Bruxelles et dans sa banlieue cossue d’Ixelles. Le commissaire Van Geluwe enquête sur un suicide peu commun : celui d’un évêque, qui se serait pendu après s’être crevé les deux yeux. Van Geluwe ne peut se résoudre à classer l’affaire en suicide, même si tous les indices convergent en ce sens.

Le commissaire va peu à peu lever le voile sur les raisons qui ont conduit l’homme d’église au suicide et faire la lumière sur ce mystérieux cercle « Les amis du Temps », regroupant des collectionneurs fortunés, prêts à tout pour acquérir la plus belle pièce de collection…

L’écriture est posée et nous emmène peu à peu vers un récit fantastique dont on ne sait trop, jusqu’à la chute finale, s’il naît de la réalité ou de l’esprit dérangé de certains de ses protagonistes. Le commissaire Van Geluwe m’a bien souvent fait penser à son célèbre collègue : le commissaire Maigret. Peut-être pour cette bonhomie qu’il affiche, sa façon d’envisager l’enquête et ses relations avec « son » inspecteur et binôme ; mais je dirais surtout, pour cette passion pour la bière avec toutes les Gueuze Lambic qui l’accompagnent au fur et à mesure de l’enquête… 

Pour quelques grammes d'éternité - Philippe Dumont - J’ai également apprécié les petites pointes d’h umour que Philippe Dumont égraine ici ou là. Seul petit bémol, j’aurai aimé parfois un peu plus de dynamisme dans le déroulement de l’histoire ; mais cela ne gâche rien à ces quelques grammes d’éternité…

Merci à Babelio et à ses opérations Masse critique, ainsi qu’aux éditions Séma : ce fut une agréable lecture !

La mort de Santini : L’histoire d’un père et de son fils – Pat Conroy –

La mort de Santini : L'histoire d'un père et de son fils - Pat Conroy -J’ai fini hier soir ce si beau livre. Très émue après l’avoir refermé, par l’éloge funèbre de Pat Conroy, pour son père martyrisant, égoïste à l’extrême, enfin, un père comme personne ne souhaiterait en avoir et que tout fils – ou fille – sensé fuirait comme la peste et laisserait à ses turpitudes, dès son indépendance gagnée. Mais pas Pat Conroy !

 Le récit qu’il fait de son enfance, sacrifiée, de ses relations familiales et de tous les excès de violence de son si célèbre père – Colonel des marines, aviateur multi-décoré, héros de trois guerres qui ont secouées l’Amérique – est captivant.

Je ne pouvais pas supporter l’idée d’avoir écrit un roman de cinq cents pages seulement parce que j’avais besoin d’aimer mon père. Il ne m’était jamais venu à l’esprit que j’étais né avec un besoin d’aimer mon père. Que mon père puisse un jour faire en sorte de m’aimer me paraissait le fantasme le plus fou.

Et pourtant… Je suis restée bien souvent interloquée, incrédule, devant sa capacité à « pardonner », a toujours aimé ce père qui a mené à la dépression – voire à la folie – la majorité de ses enfants.
Je ne sais si c’est par faiblesse ou par grandeur d’âme qu’il ne rejette pas son géniteur. Sans doute, faut-il l’avoir vécu pour savoir quelle serait notre réaction : fuite et rejet, à l’image de Carol Anne, la sœur poète de Pat, qui « crache » tout ce qu’elle peut, au point d’en devenir folle, sur cette famille toxique et ses bourreaux – père et mère confondus, sans oublier Pat, fidèle défenseur d’une mère qu’elle exècre – , suicide comme Tom le dernier de la fratrie ou pardon et réconciliation comme le reste des sept enfants ? 

La mort de Santini : L'histoire d'un père et de son fils - Pat Conroy -Je n’ai pu m’empêcher de me poser cette question, mais cela n’enlève rien – au contraire – à l’intérêt et à la découverte de ce livre et de cet auteur. C’est un récit personnel  – l’histoire aurait été tout autre racontée par Carol Ann, notamment quant à la figure maternelle, que Pat met sur un piédestal, là où on devine que la réalité était bien souvent tout autre… Mais ce n’est pas seulement cela : l’auteur nous donne une vision forte et juste « du sud », de la ségrégation et des combats menés pour en sortir, de ce racisme et de cette violence latente qui explique pour beaucoup les traits de caractère de ses parents, même si cela n’excuse rien.

Nous nous étions retrouvées au sein d’une famille dans laquelle personne ne nous avait montré comment aimer. Pour nous, l’amour était un cercle et un labyrinthe dont tous les passages et les culs-de-sacs étaient gardés par des monstres, créés par nous mêmes.

J’ai aimé aussi, suivre au fil du récit, l’écriture et la sortie des livres de Pat Conroy, découvert avec ce livre, l’impact sur sa famille, sa ville et cet incroyable revirement que fut le tournage du film « Le Grand Santini » !

Est-ce là un des nombreux pouvoirs de la création artistique, de l’art ?

La mort de Santini : L'histoire d'un père et de son fils - Pat Conroy -

En tout cas, ce fut un beau moment passé en compagnie de cette famille plus que déjantée et une belle découverte littéraire que je poursuivrai avec « le prince des marées » qui va venir grossir ma PAL.

Un grand merci à Babelio et aux éditions du Nouveau Pont pour l’envoi de ce livre.

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4ième de couv :

« J’ai détesté mon père bien avant de savoir qu’il existait un mot pour la haine. »

Ce livre en forme de mémoires se lit comme un roman. Pat Conroy, auteur acclamé du Prince des Marées, revient ici sur sa relation avec son père, pilote de chasse émérite chez les Marines mais patriarche maltraitant sous son propre toit.

Aîné d’une fratrie de sept enfants trimbalés de base aérienne en base aérienne à travers tout le Sud des États-Unis, Pat témoigne du lourd tribut payé par tous du fait de la cruauté du père. Mais La Mort de Santini est un livre de réconciliation. Père et fils avaient fini par trouver un terrain d’entente et ce père tant haï lui manqua terriblement après sa mort. Dans ce récit passionnant, c’est toute la destinée des Conroy que l’auteur passe au crible, y compris celle de sa mère Peg, la ligne de vie qui le reliait à un monde meilleur, celui des livres et de la culture.

De sa belle plume d’écrivain du Sud, parsemée d’humour, Pat Conroy nous emmène des Appalaches jusqu’à l’Irlande, en passant par Chicago et par sa bien-aimée Caroline du Sud.

Le Village – Dan Smith –

C’est à une véritable traque que nous convie Dan Smith dans le village. Dans les steppes ukrainienne, sous un paysage de neige et de glace, Luka part, avec ses deux fils et son beau-frère, à la recherche d’un voleur d’enfant. La petite Dariya a été enlevée peu après le massacre d’un homme que Luka avait trouvé dans la neige, mourant, traînant derrière lui un bien triste équipage : les corps de deux enfants mutilés, vraisemblablement dépecés pour se nourrir de leurs chairs. Luka n’a plus qu’une obsession, arriver à temps pour sauver la gamine… Mais voilà, le voleur d’enfant apprécie ce jeu macabre et bien vite, on ne sait plus qui est chasseur ou chassé…

Nous sommes encore des êtres humains. Quoi que nous fassions, quoi que nous voyions, quoi qu’il arrive dans ce pays, il ne faudra pas l’oublier. Nous sommes encore des êtres humains. Il ne faudra jamais l’oublier. Parce que si nous oublions ça, tout sera perdu.

Le Village - Dan Smith -

C’est un livre d’atmosphère, plus que d’action, mais ce n’est pas pour autant qu’on arrive à s’en détacher plus facilement. Son propos marque et dérange : j’avoue qu’en règle générale, je n’apprécie pas les récits qui mettent en scène la douleur, et encore moins la torture d’un enfant et si en plus, vous y rajouter le cannibalisme, je suis plutôt certaine de fuir… Mais là, je me suis laissée vraiment prendre au collet par ce récit : Il y a une montée en puissance de l’angoisse qui est vraiment bien dosée et maîtrisée par l’auteur, qui vous met rapidement mal à l’aise, mais cela a été plus fort que moi : il fallait que je sache si Luka allait réussir à ramener Dariya chez elle. Si vous avez lu Le village, vous mesurez la naïveté qui est la mienne. Si ce n’est pas encore fait, je vous laisse découvrir tout ce que je ne peux vous dire…

Il fallait que je voie les visages de ces hommes qui venaient de me donner tout ce qu’ils avaient. Des hommes qui ne savaient rien de moi et qui pourtant m’offraient tout. Et je fus frappé par le fait que, même en des temps aussi durs, il pouvait exister de brefs moments de douceur qui nous élevaient au-dessus de la fange et de la mort.

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4ième de couv :

En 1930, dans le village ukrainien de Vyriv. Luka, vétéran de la guerre de Crimée et ses deux fils recueillent un homme inconscient qu’ils trouvent dans la steppe enneigée. Dans son traîneau gisent deux corps d’enfants atrocement mutilés. La panique s’empare des villageois…

Quand sort la recluse – Fred Vargas –

Quand sort la recluse - Fred Vargas -Toujours avant d’ouvrir le dernier Vargas : cette crainte que la magie n’opère plus, cette volonté de ne pas se laisser emporter par cette aura entourant ses livres, capable de nous ôter tout esprit critique, sous prétexte que « c’est du Vargas » ! Faire table rase de toutes les étoiles d’avant. Remettre les compteurs à zéro et se lancer.

Ça y est. J’y suis. Je le tiens entre mes mains. Ce n’est pas que j’hésite à le commencer, mais plutôt que je savoure l’instant. Un Vargas, c’est comme un bon vin. Ça se regarde, ça se hume, ça se rêve, avant d’entamer la première phrase. Les premiers mots…
Quand sort la recluse - Fred Vargas -

Il y a une part de féerie dans l’écriture de Vargas, une injonction à ne plus douter, à se laisser porter et accepter son univers : celui où les recluses sortent de leur tanière, où les vieilles dames surfent sur internet avec autant de dextérité qu’un jeune geek, où les chats se portent au pied des gamelles et où les framboises se picorent pour ne pas crever.

– Raconte-moi cette femme qui t’a offert une araignée morte.
– Les hommes offrent bien des manteaux de fourrure. Quelle idée. Imagine-toi serrer dans te bras une femme qui porte soixante écureuils morts sur le dos.
– Tu vas porter ton araignée sur le dos ?
– Je l’ai déjà sur les épaules. Louis.

Quand sort la recluse - Fred Vargas -

La magie opère. Perdue à travers les brumes, je suis les pensées évanescentes d’Adamsberg, les regarde se disperser doucement pour petit à petit laisser affleurer quelques vérités du passé. J’ai envie de botter le cul de Danglard, rajouter quelques ingrédients à la garbure, chercher la cellule et creuser la terre, amusée par ce nouveau visage de la Rétancourt… Je savoure doucement la lecture, me délectant des nouvelles inventions, bizarreries et trouvailles de l’auteure.

Mais ne vous y trompez pas : la noirceur des âmes n’a d’égale que la pesanteur des bulles qui naviguent entre deux eaux neuronales du cerveau de notre cher commissaire.

C’est souvent, quand on a eu un enfer, qu’on en parle et on en parle, comme s’il fallait le tuer tous les jours. Vous me suivez ? Qu’on en parle même en rigolant, comme si ç’avait été un paradis. Le bon vieux temps, quoi. Et eux, leur enfer, (…) ils l’appelaient « La Miséricorde ».

Alors oui ! Vargas fait du Vargas. Mais c’est tellement bon, qu’on laisse le livre à porter de main, pour mieux rêver du prochain…

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4ième de couv :

« – Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.
– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle.
– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue ?
– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse ? »

Les larmes de Pancrace – Mallock –

Attention ! Chronique d’une lectrice conquise qui ne va pas tarir d’éloges sur sa dernière découverte en date : Les larmes de Pancrace de Mallock ! Allez, je vous aurai prévenu. C’est parti :

Pour commencer la couverture est belle. Oui, je sais. C’est pas le plus important, mais reconnaissez tout de même qu’il est toujours plaisant d’avoir un beau bouquin à la main.

Passons au contenu : l’intrigue ! Car, oui, il y en a une. C’est un roman policier, que diable ! Au départ, je n’étais pas plus emballée que cela par le vignoble bordelais (ne me jetez pas la pierre, SVP, mais quand vous êtes entourée de personnes qui bossent dans La Vigne, de quoi vous finissez toujours par parler ? Hein ? Bon. Vous m’aurez comprise…) donc, je disais, première réaction : Bof, Bof ! Encore le pinard, les viti, la terre (shame on me ! Yes, I know… ), mais comme je me suis engagée à le lire dans le cadre du Prix CL 2017, je me suis jetée à l’eau ! (sic) Et là, incroyable : je me suis surprise à rêver d’arpenter les rangs, à sentir cette terre épaisse mais malgré tout légère sous mes pieds, ce soleil et cette chaleur écrasante, sans parler de la folle envie de déguster un Corneille-de Renom. Et quand Mallock nous propulse en l’an 1323 sur les premiers pas du créateur de ce vignoble, dans ce savant effet feed-back du Passé au Présent que j’aime tant dans les romans, je n’ai pu le lâcher…

Pour le reste, je ne vous ferais pas de résumé. Faudra vous y coller ! Mais sachez que les personnages sont écrits avec une telle justesse, qu’ils évoluent au cours du récit sans aucune fausse note. Sans oublier cette curiosité : Se doter d’un héros homonyme, un flic un peu bourru, bon vivant et détonant, mais tellement attachant.

Les larmes de Pancrace - Mallock -

Et que dire de son style ? Une petite merveille ! Je ne veux pas sous-entendre que les romans policiers sont habituellement mal écrits ou qu’on s’attend forcément à un style « bateau ». Non. Loin de moi cette pensée de cloporte. Mais en règle générale, quand je lis un roman noir ou un thriller, je suis plutôt en mode TGV, happée par la curiosité de toujours vouloir en savoir plus. Là, je me suis surprise à prendre le temps de lire, m’arrêter sur un passage, en relire un autre et savourer tous les mots sans l’impatience des maux à venir…

Et tout cela avec humour, ce qui, vous me l’accorderez, ne gâche rien…

Il y a toujours un certain plaisir à mettre un menteur face à son mensonge. Et quand il s’agit de quelqu’un qui vous prend pour un larbin doublé d’un con, la chose devient carrément jouissive.

Chapeau Mallock(s) ! Créateur et Créature, je vous adopte et vous garde une place de choix dans mon cœur de lectrice et sur les rayonnages de ma bibliothèque…

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4ième de couv :

Jean de Renom, un jeune châtelain, rentre chez lui un soir, heureux de retrouver sa femme Camille et leur bébé après plusieurs jours d’absence. Mais il est sauvagement assassiné à son arrivée et est retrouvé criblé de balles au bas de son escalier. Sa femme ne sait absolument pas ce qui s’est passé, mais l’enquête arrive à la conclusion que c’est elle qui a tué son mari. Sans aucune raison. L’affaire fait d’autant plus de bruit que la mère de Camille est une femme politique puissante destinée à devenir candidate pour la présidence de la République. Appelé à la rescousse par un ami, le commissaire Amédée Mallock va s’intéresser à un tout autre assassinat ayant eu lieu dans la même famille trente années plus tôt. Un meurtre étrange en chambre close. Celui du père de Camille agressé en même temps que son épouse Sophie retrouvée inconsciente.

Et si ces deux crimes étaient liés ? Et si le Chevalier d’Assas, enfermé depuis lors et accusé du crime, était innocent ? Et si tout cela remontait à une malédiction proférée contre cette famille par un templier assassiné il y a sept siècles ?

 

Le dernier message de Sandrine Madison – Thomas H. Cook –

Dans ce roman, on suit un procès du premier à son dernier jour. Sur le banc des accusés : Sam Madison, universitaire pédant, se trouve mis en examen pour le meurtre de sa femme, Sandrine.

Aurait-il maquillé en suicide cet acte tragique ? Rien ne semblait plus aller entre les deux époux, et l’annonce de la maladie de Charcot dont souffre sa femme, n’aurait-elle pas été l’élément déclencheur d’une mise en scène pour nous faire croire au geste désespéré de Sandrine ?

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre, ce n’est pas le déroulement du procès, mais cette plongée dans le passé des personnages et le psychisme de Sam : Suivre ses pensées, remonter le temps avec lui, pour comprendre tout ce qui a pu le désigner comme coupable potentiel, le sentir indifférent, puis petit à petit, ferré et aux abois comme une bête éblouie, tétanisée par les phares d’une voiture.

Quel foutu jeu de dé, le cœur humain.

Le rythme est lent, posé, mais on ne s’y ennuie pas. Certains portraits sont vraiment ciselés d’une main de maître : Morty, l’avocat est une caricature à lui tout seul ; j’ai bien aimé le couple Avril-Clayton, je l’ai trouvé assez touchant… l’empathie par contre, n’est pas d’emblée là pour Sam, avec cette question qui nous taraude tout du long : l’a-t-il tuée ou ne l’a-t-il pas tuée ?

Le délitement de cette grande histoire d’amour, de ce coup de foudre sous la plume de Thomas H. Cook est palpable : On les voit tous les deux pris au piège des petites déceptions quotidiennes, englués dans une réalité qui escamote leurs grandes aspirations et leurs rêves les plus fous.

Et tout cela éclairé peu à peu par le dernier message de Sandrine Madison…

Ce n’est pas important Sam. Écoute-moi maintenant. Parce que je sais comment te sortir de cet enfer.

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4ième de couverture :

Sam et Sandrine Madison enseignent tous deux — elle l’histoire et lui la littérature — à l’université Coburn, en Géorgie. La nuit où Sandrine succombe à un mélange de vodka et de Demerol, on peut croire à un suicide. Le comportement singulier de Sam lui vaut cependant d’être accusé du meurtre de sa femme, malgré l’absence de preuve. Aux premières heures du procès, tout est envisageable: Sam semble sincèrement effondré et, à l’entendre, Sandrine avait de bonnes raisons de vouloir mourir. Pour autant, il n’est pas impensable qu’il l’ait tuée: plusieurs témoignages éclairent l’affaire d’un jour nouveau qui ne lui est pas favorable. Les souvenirs de l’accusé, qui se déploient en contrepoint des attaques du procureur et des arguments de l’avocat de la défense, brossent un paysage conjugal d’une extrême complexité, embrouillant le jugement du lecteur. Des deux conjoints, lequel a manipulé l’autre?

Ils savent tout de vous – Ian Levison –

Quand un condamné à mort et un flic landa se découvrent des dons de télépathes, que le FBI s’en mêle et compte bien exploiter cet atout et que les deux acolytes finissent par se retrouver et mener ensemble une recherche sur l’origine de cet étrange pouvoir, cela donne un roman haletant que je n’ai pas tardé à dévorer.

Iain Levison sait y faire pour nous embarquer dans son histoire : l’intrigue tient la route, les situations sont bien amenées et le rythme soutenu. Seule chose : un goût de trop peu avec une fin qui s’emballe et se termine en deux temps trois mouvements là où on en voudrait encore.

Une critique courte pour moi sur ce thriller fantastique (une fois n’est pas coutume) car que dire de plus sur un tel livre sans en dévoiler tout ce qui en fait le sel ? Si ce n’est : lisez-le ! Vous n’en ferez qu’une bouchée et passerez un sacré bon moment.

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4ième de couv :

Condamné à mort, Brooks Denny a le don de lire dans les pensées. Le pouvoir fédéral le découvre et envoie l’agent du FBI Terry Dryer pour lui proposer un marché: s’il l’accompagne à l’ONU pour participer aux négociations avec un chef d’Etat africain, il aura la vie sauve. Quand Brooks comprend qu’il est manipulé et s’enfuit, Snowe, un flic qui a le même pouvoir que lui, se lance à sa poursuite.

BAAD – Cédric Bannel –

Il y a 40 ans, à Kaboul, On pouvait voir des femmes se promener en jean’s ou mini-jupes, s’asseoir sur les bancs de l’université ou travailler pendant que leurs filles allaient à l’école en rêvant du métier qu’elles pourraient faire plus tard.  

  

Ces femmes n’étaient pas légion, mais encourageaient, celles qui étaient toujours sous le joug des traditions, à y croire… « Les lendemains des Afghanes chanteront, au siècle prochain ! », croyait-on du haut de nos tours d’ivoire occidentales. Elles ont à vrai dire, toutes ces femmes, rapidement déchanté. Et la situation de 2016 est bien loin derrière ce passé. Même si l’on voit dans les rues de Kaboul de plus en plus de hidjabs, les burqas sont toujours là. Et sur le papier, me direz-vous, les choses avancent ? Non. Mais les mères et les filles continuent de se battre pour obtenir le premier de tous les droits (la reconnaissance de leur humanité), et d’espérer. Elles ne sont pas les seules.   
« Dans le classement mondial Win-Gallup de l’optimisme, les Afghans arrivaient en 2015 dans les tout premiers, avec soixante et onze pour cent de ses habitants qui se déclaraient confiants en l’avenir. » 

C’est surprenant, n’est-ce pas, pour nous qui nous plaignons tout le temps et voyons toujours tout en noir ? – D’ailleurs à ce propos, nous sommes l’un des pays les plus pessimistes au monde, à en croire le même sondage – Peut-être est-ce le sentiment d’avoir touché le fond et que, quoiqu’il arrive, les Afghans pensent ne pouvoir que « remonter » ? Est-ce la ferveur religieuse ou une fierté à toute épreuve, même celle des faits ?   

Enfin, me direz-vous quel rapport les droits des femmes afghanes avec BAAD de Cédric Bannel, si ce n’est cette tradition pachtoune qui porte son nom et permet de régler conflits, dettes d’argent ou d’honneur, par le « don » de jeunes femmes de 4 à 14 ans, mariées de force comme 60 à 80 % des femmes de ce pays, pour servir d’esclaves et de souffre-douleurs et, accessoirement, assurer ainsi la paix au sein des clans et des familles ? Depuis 1976 en Afghanistan, le Baad est une infraction pénale… Réjouissons-nous ! Quand il concerne une femme de plus de 18 ans… Pleurs et grincements de dents !

 Je vous l’accorde, c’est une bien longue introduction. Mais elle est loin d’être hors sujet, tant ce livre nous plonge dans un Afghanistan réaliste, aussi beau que violent, miné par la corruption, la drogue, l’intégrisme religieux… et nous fait approcher avec beaucoup de justesse et de lucidité mais aussi de respect pour ce peuple, à tout ce qui le gangrène et finira bien un jour par avoir sa peau, nonobstant l’espoir, l’accueil extraordinaire de ces âmes guerrières et la beauté de ses territoires à couper le souffle.  BAAD, sur fond de thriller et d’enquête policière, c’est tout cela réunit. Et c’est ce qui fait que je l’ai adoré, malgré le thème (ces petites filles de 10 ans violées, torturées et jetées mortes sur le bord des routes par un serial killer, (encore un !) poursuivi, de France à Kaboul, par une ex-flic d’élite, Nicole Laguna, prête à tout pour sauver sa famille, et le qomaandaan Kandar, mojahid ayant lutté au côté de Massoud… qui a les talibans et tous les extrémistes en horreur, autant que les tueurs d’enfants.

Cédric Bannel nous offre de très beaux personnages, qui donnent vraiment cette impression d’être au plus près des hommes et femmes qui vivent là-bas.

Shamsia, graffeuse dans les rues de Kaboul

Les pires, comme les meilleurs, mais également les « petites gens » dont le seul but est d’arriver à gagner quelques afghanis pour pouvoir simplement se nourrir et nourrir leur famille. Kandar est le personnage central de ce récit, homme fort et attachant, on le quitte à regret.  L’auteur mêle la petite et la grande histoire et esquisse les liens entre tous les protagonistes de son roman, pour certains, les mêmes que dans la vraie vie : les chefs de clan, les talibans, les religieux modérés et extrémistes, l’ombre de DAESH qui plane et s’immisce dans les montagnes afghanes… Et cela, sans donner de leçons. (Ce que je craignais un peu à la lecture du curriculum vitae de l’auteur, sorti de l’ENA avec une carrière déjà longue comme mon bras à pas 40 ans, mais non… Il est bien en retrait, à tenir fermement les rênes de son récit pour nous mener où il veut, sans nous faire accroire).

Inch’Allah, pourrait être sa conclusion…

La mienne sera pour remercier Babelio de m’avoir permis de découvrir et le livre et l’auteur, ainsi que les éditions Robert Laffont pour ce partenariat Masse Critique qui, à en croire les premiers retours, n’a pas ravi que moi !

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4ième de couv :

BARBARIE
Des jolies petites filles, vêtues de tenues d’apparat, apprêtées pour des noces de sang.

ABOMINATION
Deux femmes, deux mères. À Kaboul, Nahid se bat pour empêcher le mariage de sa fille, dix ans, avec un riche Occidental. À Paris, les enfants de Nicole, ex-agent des services secrets, ont été enlevés. Pour les récupérer, elle doit retrouver un chimiste en fuite, inventeur d’une nouvelle drogue de synthèse.

AFFRONTEMENT
Il se croit protégé par ses réseaux et sa fortune, par l’impunité qui règne en Afghanistan. Mais il reste encore dans ce pays des policiers déterminés à rendre la justice, comme l’incorruptible chef de la brigade criminelle, le qomaandaan Kandar.

DÉFLAGRATION
Nicole et Nahid aiguisent leurs armes. Pour triompher, elles mentiront, tortureront et tueront. Car une mère aimante est une lionne qui peut se faire bourreau.

Avant d’aller dormir – S.J. Watson –

Voilà ! S’il y a une chose à laquelle j’ai du mal à résister, que ce soit à lire ou voir, c’est bien les histoires d’amnésie. C’est un peu comme les Marvel, cela exerce sur moi une attraction irrépressible, et « y’a pas », faut que je lise ou regarde si par hasard, un tel récit pointe le bout de son nez sous le mien ! Alors, forcément, une telle addiction ne peut conduire toujours à une envolée lyrique, et parfois, la chute est sévère. J’ai mémoire de grands moments de solitude, qui ont parfois donné lieu à des fous rires nerveux – de défense, évidemment – devant quelques niaiseries dont je me serais somme toute, bien passée. Mais que voulez-vous, quand le compulsif dicte la raison, il faut s’attendre parfois à de belles déconvenues.

Mais que nenni pour cet opus ! Et pourtant, c’était pas gagné…

Imaginez-vous que notre chère Christine sort de son sommeil tous les matins sans souvenirs de rien : ses vingt ans en tête, mais quarante sept en corps. Collé à elle, au réveil, un homme qu’elle ne (re)connaît pas. Que faire, me direz-vous dans une telle situation ?

Avant d'aller dormir - S.J. Watson -

Et bien, rassembler ses vêtements, courir à la salle de bains pour se rhabiller illico presto et prendre la poudre d’escampette en se jurant de moins picoler la prochaine fois, pour éviter de se retrouver dans le lit d’un « vieux », au lendemain d’une soirée sûrement un peu trop arrosée. Mais voilà, scotchées de part et d’autre sur les murs, elle découvre des photos d’elle avec cet homme, mariage, anniversaires, soirées, virées and co, avec en face d’elle, dans la glace, ses yeux de quarante sept ans rivés, effarés, sur son moi de femme épanouie, petites rides naissantes et mèches grisonnantes en prime…

En gros, sous les photos, écrit en majuscule : « BEN ». C’est le prénom de cet homme, qui va lui expliquer, pour la énième fois, l’histoire qui disparaît de sa conscience tous les matins au réveil : l’accident, ses quarante sept ans, la mémoire qui ne fixe rien, et ce  perpétuel recommencement…

Avant d'aller dormir - S.J. Watson -

Comme je le disais, ce n’était pas gagné : car nous le vivons, nous aussi, lecteurs, ce replay de tous les jours… matin après matin ! Et cela aurait pu être (peut-être l’est-ce pour quelques lecteurs, d’ailleurs) pesant et décevant. Ce serait oublier le talent de S. J. Watson qui fait que nous ne lâchons rien, page après page, l’angoisse monte, les questions fusent : on mène l’enquête également et on en arrive nous aussi, à ne pas pouvoir dormir, avide de savoir, ce qui a bien pu arriver à notre chère Christine…

 « Je me rends compte que le livre que je suis en train d’écrire (…) pourrait être dangereux, aussi bien que nécessaire. Ce n’est pas une fiction. Il pourrait révéler des choses qu’il vaudrait mieux laisser ignorées. Des secrets qui ne doivent pas remonter à la lumière.
Mais mon stylo continue à courir sur la page. »

Dans ce récit, ce n’est pas un rythme effréné d’action qui nous captive et nous tient en haleine, mais une montée progressive d’une angoisse, d’un questionnement liés à toutes ces incohérences entre discours et réalité.

 L’idée de départ est originale et a donné lieu à une adaptation ciné avec Nicole Kidman et Colin Firth. Pas si mal, certes, mais j’ai réellement préféré le livre. Ayant beaucoup de mal avec les adaptations, cet avis n’est sûrement pas objectif. A vous de juger !

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Extrait « Il arrive » : 

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4ième de couv :

 Chaque matin, c’est le même effroi. La même surprise.
En se découvrant dans la glace, Christine a vieilli de vingt ans. Elle ne connaît ni cette maison, ni l’homme qui partage son lit.
Et chaque matin, Ben lui raconte. L’accident. L’amnésie…
Ensuite, Christine lit son journal, son seul secret. Et découvre les incohérences, les questions, tout ce qu’on lui cache chaque matin, posément. Peut-être pour son bien… Peut-être pas.

«Avec une construction qui tient du tour de force, ce livre est un cocktail totalement addictif.» Le Point

«Un thriller psychologique qui maltraite les nerfs de son attachante héroïne en même temps qu’il joue avec ceux du lecteur.» Le Monde

«Je n’avais encore jamais vu ça : des heures après avoir fini ce livre, j’avais encore les nerfs à vif !» Dennis Lehane