FUTU.RE – Dimitri Glukhovsky –

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Voici un roman de SF qui a su posé son univers : un FUTU.RE où la quasi-totalité de l’humanité est devenue immortelle. Le prix à payer : faire le deuil des enfants à naître ou offrir sa propre vie en échange de celle de sa descendance. Le choix est cornélien et certains essaient de se soustraire à cette obligation. La traque commence alors… C’est là que Jan, alias 717, intervient.

Les hommes du rang sont rarement gâtés. Mais essayez donc de trouver un autre boulot qui donne du sens à votre vie. Parce que dans une vie éternelle, le sens fait sacrément défaut. Sur cette terre, un trillion d’individus jouent des coudes dans le petit bain de l’éternité et, dans leur grande majorité, ils ne peuvent se vanter de faire quelque chose d’utile : tout l’utile a été fait il y a pas loin de trois siècles. En revanche, ce que nous faisons sera toujours d’actualité. Non, on ne démissionne pas d’un poste comme ça. Personne ne nous laisserait partir, de toute manière.

Je ne vous en dirais pas plus afin de ne pas vous ôter le plaisir de découvrir cette histoire bien ficelée, somme toute un scénario assez réaliste de ce qui pourrait se produire face à l’immortalité des hommes et  la question cruciale qui en découle : celle de la surpopulation. Comme aujourd’hui : tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit ; en pratique, c’est une autre histoire…

Moi aussi j’aurais dû naître fainéant, insouciant, dans ce jardin paradisiaque, tenir les rayons du soleil pour acquis, ne pas voir les murs ni en être effrayé, vivre libre, respirer à pleins poumons ! Et au lieu de ça…
J’ai commis une seule et unique erreur je suis sorti du ventre de la mauvaise mère et maintenant je le paye toute mon interminable vie.

imagesMais cela ne s’arrête pas là : Dimitry Glukovsky développe une réflexion pointue et pertinente sur cette société FUTU.RE qui n’est, au final, pas si loin de nous et de ce qui pourrait advenir dans un avenir guère si lointain…

Seul petit bémol, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer vraiment dans le récit. J’ai trouvé quelques longueurs et c’est l’intérêt que je portais au sort de Jan et au fonctionnement de cette société que je découvrais au fur et à mesure, qui m’a fait ne pas l’abandonner. Et je ne le regrette pas, car passer les 200 premières pages, je ne l’ai plus lâché…

Nous avons besoin de la mort ! Nous ne devons pas vivre éternellement ! Nous sommes trop bêtes pour l’éternité. Trop égoïstes. Trop présomptueux. Nous ne sommes pas prêts à vivre sans fin. Nous avons besoin de la mort, Jacob. Nous ne savons pas vivre sans.

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4ième de couv :

L’action de FUTU.RE se déroule dans un avenir lointain où l’humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir d’une forme d’immortalité.L’Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s’entasse une population qui avoisine le trillion de personnes, fait figure d’utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée.La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite procréer doit déclarer la grossesse à l’État et désigner le parent qui recevra l’injection d’un accélérateur métabolique destiné à provoquer son décès à plus ou moins brève échéance.Une mort pour une vie, c’est le prix de l’État providence européen.La Phalange, entité paramilitaire à l’existence et aux méthodes controversées, veille au strict respect de la loi. Matricule 717, le protagoniste principal du roman, est un homme du rang. Mais sa vie miteuse va basculer le jour où un sénateur lui propose d’éliminer en sous-main un activiste de l’opposition. Brillant, trash et émouvant !

 

 

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So long, Luise – Céline Minard –

indexSi j’étais au terme de ma vie, quatre-vingts bonnes années passées, que souhaiterais-je laisser à l’amour de ma vie ? Ce que j’ai de plus cher : mes mots ! Tous là réunis dans un testament d’un genre nouveau. Les arrangements notariés seraient déjà signés depuis belle lurette, car la mort ne rapproche pas toujours les êtres, surtout quand il y a à la clef de jolies sommes bien rondelettes. Pouvoir partir tranquille sans craindre de te voir jeter dehors par une horde d’héritiers brandissant leur ADN. Voilà pour les gribouilles de clercs…

J’écrirais notre rencontre, nos regards attirés comme des aimants, à peine frôlée la peau et déjà fébrile, électrise. Je te dirais tout ce que tu ignores : comment j’ai apprivoisé le mensonge et la mystification, pour ne jamais plus les quitter. Je t’apprendrais comment j’ai grugé le fisc, les honorables et honorés – s’ils savaient, les incrédules ! –, pourquoi je ne me suis jamais sentie aussi vivante, aussi vraie que dans tes ateliers, invitée perpétuelle témoin privilégiée de ta folie créatrice.Capture-d%u2019écran-2017-04-10-à-12.40.29

Je t’éblouirais encore une dernière fois en te contant comment j’ai apprivoisé l’art de la jactance. Je te rêverais à mes côtés plongeant au centre d’une fourmilière, ignorant tout de mes plus beaux larcins ou détournant le regard et les vaines interrogations. J’avouerais ma jalousie aussi et ma vengeance entre des bras, des corps différents chaque soir, et ces compteurs remis tacitement à zéro, les plaies cautérisées dans l’instant, comme par enchantement, sans un mot, sans un cri, sans rien. Juste nous deux. De nouveau…images

Je te léguerais ma plus belle demeure ; je peuplerais son lac, sa cave et ses bois d’un monde de fées, de pixies et autres gnomes anglo-saxons, bastion de mon univers fantasque. Je te dévoilerais les pas de leurs danses les plus endiablées et t’apprendrais à traverser le miroir pour venir t’asseoir à leur côté.
Là où tu iras, je serais alors toujours avec toi…

Je mettrais tout cela dans un livre-testament pour que toutes les nuits tu me prennes dans tes bras, que tous les jours je sois entre tes mains, et que chacun de mes mots t’accompagne et te berce jusqu’au jour où nous serons de nouveau. Juste nous deux…

Mais je ne suis pas Céline Minard. Alors je pose mon stylo sur le coin de cette feuille et tourne doucement les pages de So long, Luise

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4ième de couv :

Au soir de sa vie, une femme écrivain mondialement connue reprend une dernière fois la rédaction d’un texte auquel elle travaille depuis plusieurs décennies : son testament.
A l’occasion de cette « dernière copie », la narratrice revient sur son enfance, les raisons de sa conversion à l’anglais comme « contre-langue de création », son éblouissante rencontre avec Luise, sa compagne de cinquante années, leurs villégiatures en Angleterre, en Irlande, en Italie, leur installation en Suisse, leur vie commune, réelle et fictive. Autant de lieux et de temps réinventés, où elles ont croisé toutes sortes de personnages truculents, fait les quatre cents coups et partagé leurs aventures dans les bois autour des étangs avec des nains, des carpes, des boucs et des fées. De ce vrai-faux testament métamorphosé en récit de souvenirs résulte un roman intensément poétique, érotique et ludique, où l’inventivité et la somptuosité de la langue sont portées à leur point d’incandescence. Car « nous ne possédons rien, si ce n’est la puissance et, peut-être, le talent de recréer, allongé sous un saule dans un fauteuil articulé, ce que nous avons soi-disant déjà vécu ».

 

l’Homme qui mit fin à l’Histoire – Ken Liu –

  l’Homme qui mit fin à l’Histoire - Ken Liu -Je dois la découverte de ce petit livre d’un peu plus de cent pages à Aelinel, que je remercie encore pour cela. Pour tout vous dire, avant de lire sa chronique sur l’Homme qui mit fin à l’Histoire, j’ignorais tout de l’Unité 731 et des horreurs qu’elle a perpétuées sur une décennie, entre 1936 et 1945. Je ne vais pas m’étendre sur le détail des faits, car ce n’est pas là le propos du livre ; Ken Liu l’évoque, mais avec beaucoup de retenues : le but est de faire connaître, d’éveiller ou de réveiller les consciences par rapport à cet événement tragique et maintenu sous silence mais en aucun cas d’éditer un catalogue des horreurs rivalisant avec le pire des exactions nazies en ce domaine. Le peu qui est décrit laisse mesurer le degrés de cruauté et d’inhumanité…

 l’Homme qui mit fin à l’Histoire - Ken Liu -J’ai trouvé essentiel la manière dont l’auteur aborde ce fait historique : les questionnements multiples et pertinents sur cette inhumanité de l’homme, sur ce qu’est l’Histoire, le rôle du témoin, la force de la raison d’État qui balaie et broie les individus, éteint toute possibilité de réparations et de justice, là où même le souvenir est annihilé : Table rase sur le sujet et malheur à qui remontera toute cette fange à la surface des consciences et du présent !

Pourtant, c’est ce que va entreprendre un couple de scientifiques (lui, d’origine chinoise, elle japonaise), en inventant une machine capable de remonter le temps et en permettant aux familles des disparus d’assister au déroulement des faits sur les lieux mêmes, comme on regarderait une scène en train de se jouer. Mais malheureusement, tout passé vécu est un passé perdu…

En cherchant à donner une voix aux victimes d’une terrible injustice, il n’avait guère réussi qu’à en réduire certaines au silence, à jamais.

J’ai aimé ce choix du témoin « proche », impliqué dans cette recherche de la vérité historique au détriment de l’expert, de l’historien ou du juriste assermenté. Je l’ai ressenti comme la volonté de replacer au cœur du débat, l’individu, la personne même, dans une société où l’homme n’est que secondaire, effacé et balayé par « le système », la raison d’État et sa machine à broyer les consciences…

La souffrance des victimes relève-t-elle du domaine privé, ou participe-t-elle de notre histoire collective ?

Beaucoup de questions se posent face à ce choix : quelle valeurs accordées au témoin et à son témoignage ? Quelle vérité peut-on espérer de personnes qui ne pourront-être neutres car forcément partiales ? Maîtriser les faits historiques avec ce voyage temporel, n’est-ce pas le meilleur moyen de mettre fin à l’Histoire et à toute découverte de la vérité historique ? Et ainsi faire la part belle au négationnisme ?

Trop longtemps, nous tous, historiens compris, avons agi en exploiteurs des morts. Mais le passé n’est pas mort. Il est avec nous. Où que nous allions, nous sommes bombardés de champs de particules de Bohm-Kirino qui nous permettent de voir ce passé, comme si on regardait par la fenêtre. L’agonie des morts nous accompagne. Nous entendons leurs cris. Nous cheminons parmi leurs fantômes. Impossible de détourner le regard, de se boucher les oreilles. Il nous faut témoigner ; il nous faut parler pour ceux qui ne le peuvent pas. Nous n’avons qu’une occasion de le faire.

J’ai eu plus de mal avec la forme qui a pour moi, tout du moins au début, maintenu le récit à distance, même si je reconnais qu’elle offre à Ken Liu « une neutralité » qui lui permet d’aborder sans transition, différents points de vue en laissant la parole à une diversité de protagonistes.

Et pour finir : la couverture est magistralement belle…

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4ième de couv :

FUTUR PROCHE.
Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État.
Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes… L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.

Les dépossédés – Ursula Le Guin –

Les dépossédés - Ursula Le Guin -Première incursion dans l’univers d’Ursula Le Guin et je peux vous dire d’emblée que ce ne sera pas la dernière. Qu’est-ce qui m’a tant plu dans les dépossédés ? Je vais essayer d’être concise, sans rien oublier, mais ce n’est pas gagné. Déjà le style : impeccable et une histoire qui aborde une tonne de sujets tout aussi essentiels que passionnants dans un questionnement permanent.

Urras et Annares sont deux planètes qui se font face (chacune étant la lune de l’autre). La seconde, aride et inhospitalière, a accueilli les bannis et autres parias d’Urras qui ont instauré une société égalitaire où l’intérêt général est la suprême préoccupation de chacun, où le bonheur et le bien-être de l’un sont conditionnés au bonheur et au bien-être de l’autre. Les conditions de vie matérielles sont difficiles, mais chacun a, de par sa seule volonté ou prédisposition naturelle, la possibilité de devenir ce qu’il est ou souhaite. Étiquette accolée : « meilleures des sociétés possibles».

Pour Annares, c’est un peu comme sur terre : si la cuillère qui te nourrit est d’argent, grandes sont tes chances qu’elle le reste en vieillissant, peu importe que tu sois intelligent, débile profond, âme pourrie ou gentil Samaritain : le monde t’appartiendra et tu pourras joué dans la cour des rois. Par contre si ton berceau est de misère, espère que de dons ou de neurones tu n’aies point, tu pourras au moins croire que ton pauvre sort, tu mérites… Étiquette décollée : « Liberté-Egalité-Fraternité » à remplacer par ce que vous voulez, ça ne manque pas…

Les dépossédés - Ursula Le Guin -

Et comme un pont faisant la liaison entre ces deux mondes : Shevek ! Un physicien surdoué d’Annares qui a mis au point une théorie scientifique, invité à en débattre et la partager sur Urras.

Il n’avait pas eu d’égaux. Ici, au pays de l’inégalité, il les rencontrait enfin.

Mais voilà, les certitudes de Shevek vont petit à petit s’émousser et le fol enthousiasme du début va laisser place à une déconstruction des bases de chaque monde et de ces sacro-saints idéaux qui les tiennent à bout de bras.

On ne peut pas briser les idées en les réprimant. On ne peut les briser qu’en les ignorant. en refusant de penser, refusant de changer.

Le meilleur des mondes n’est pas forcément exempt d’inégalités et entre l’enfer et le paradis d’Urras se dessine malgré tout un entre deux… Sous le mot de liberté, utilisé par chacun de ces deux peuples, émergent deux visions différentes de société possible. La comparaison entre un communautarisme totalitaire passé et un libéralisme effréné actuel serait trop simple : Ursula Le Guin me semble dépasser cette dichotomie pour nous inciter à penser autrement. Au-delà…

Prouver notre droit par des actes, si nous ne le pouvons par des mots.

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4ième de couv :

Sur Anarres, les proscrits d’Urras ont édifié, il y a cent soixante-dix ans, une utopie concrète fondée sur la liberté absolue des personnes et la coopération.
Ce n’est pas un paradis, car Anarres est un monde pauvre et dur. Mais cela fonctionne. A l’abri d’un isolationnisme impitoyable qui menace maintenant la société anarchiste d’Anarres de sclérose. Pour le physicien anarresti Shevek, la question est simple et terrible. Parviendra-t-il, en se rendant d’Anarres sur Urras, à renverser le mur symbolique qui isole Anarres du reste du monde ? Pourra-t-il faire partager aux habitants d’Urras la promesse dont il est porteur, celle de la liberté vraie ? Que découvrira-t-il enfin sur ce monde d’où sont venus ses ancêtres et que la tradition anarrestie décrit comme un enfer ? Avec Les Dépossédés, Ursula Le Guin a écrit, au-delà d’une utopie qu’elle qualifie elle-même d’ambiguë, un important roman politique comme la littérature américaine en a peu produit depuis Le Talon de fer de Jack London.

Feuillets de cuivre – Fabien Clavel –

Feuillets de cuivre - Fabien Clavel -Quand je vois toutes les critiques positives écrites sur ce livre, je vais faire figure de vilain petit canard avec la mienne, qui va être nettement moins enthousiaste.

Je me suis accrochée pour finir Feuillets de cuivre, car, comme beaucoup, je voulais savoir le fin mot de l’histoire et ce qui reliait entre elles toutes ces enquêtes comme autant de nouvelles…

L’histoire est simple : nous suivons les investigations de Ragon, agent de la police criminelle – et sa montée en grade – à travers la lecture de ses carnets où il a pris soin de consigner chacune. Ce n’est pas la résolution des meurtres en elle-même qui est le moteur de ce livre, mais un savant jeu de piste littéraire organisé par un criminel dont on peine à identifier et l’identité et les motivations.

Confession, tu touches à ta fin. Je n’ajoute plus rien, même si subsiste en moi la question : qui suis-je ?

Franchement, même si je trouve cette idée superbe et originale, la lecture fut laborieuse pour moi et je ne vous cache pas que sans toutes ces critiques dithyrambiques, j’aurai abandonné bien avant la fin.

J’ai regretté aussi que l’univers steampunk soit si peu développé, à Feuillets de cuivre - Fabien Clavel -mon sens. Par contre, j’ai été séduite par Ragon : c’est un personnage rare. Se nourrissant tant de littérature qu’il finit par ressembler à sa bibliothèque : large et imposant mais tout autant subtile et précieux. Fabien Clavel a créé là, une personnalité atypique et complètement en accord avec l’histoire qu’il nous présente.

Pouvait-on vivre uniquement dans des livres, à travers livres ? Oui, pour assourdir la rumeur ignoble du monde, ce cri vulgaire et souffrant qui lui vrillait le crâne à la manière des portes de prison qui grincent. Et puis oublier son tumulte intérieur aussi, cette noire marmite bouillonnant au rythme des souvenirs.

Certes, on ne peut que saluer l’ingéniosité de l’auteur qui fait un sans faute dans le dessein qui semble le sien : emmener par ricochet le lecteur d’œuvre en œuvre, d’auteur en auteur, en semant tout au long du récit, des références aux piliers de notre littérature. Mais cela ne m’a pas suffit pour m’approprier ses feuillets de cuivre. J’en suis la première navrée. Je me faisais une joie de découvrir ce livre…

Mais que cela ne vous décourage pas de le lire. Statistiquement, vous avez plus de chance de vous fondre avec bonheur dans l’univers de Fabien Clavel que pas…

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4ième de couv :

Paris, 1872. On retrouve dans une ruelle sombre le cadavre atrocement mutilé d’une prostituée, premier d’une longue série de meurtres aux résonances ésotériques. Enquêteur atypique, à l’âme mutilée par son passé et au corps d’obèse, l’inspecteur Ragon n’a pour seule arme contre ces crimes que sa sagacité et sa gargantuesque culture littéraire.

À la croisée des feuilletons du XIXe et des séries télévisées modernes, Feuillets de cuivre nous entraîne dans des Mystères de Paris steampunk où le mal le dispute au pervers, avec parfois l’éclaircie d’un esprit bienveillant… vite terni. Si une bibliothèque est une âme de cuir et de papier, Feuillets de cuivre est sans aucun doute une œuvre d’encre et de sang.

Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent Message –

 Quel dommage ! Quel dommage ne pas avoir assumé (choisi ?) la SF jusqu’au bout ! Et cela m’ennuie d’écrire cela, car ce livre m’a plu, car ce qu’il relate est la réalité des animaux de boucherie*(sélectionner pour voir. Attention spoiler) telle qu’elle est et rien que pour ça, j’aurai adoré n’en dire que du bien sans aucune réserve. Mais voilà ! Ce n’est pas parce que Vincent Message ose écrire ce que je pense tout bas, qu’il faut que je taise ce sentiment par rapport à Défaite des maîtres et possesseurs.

Alors, soyons claire d’emblée : ce n’est pas que ce n’est pas bien. loin de là ! Mais cela aurait pu être tellement mieux ! Sentiment personnel et qui n’est pas partagé par tous, mais voilà ! Je ne me vois pas taire cette petite déception que j’ai eu aux premiers abords. Défaite des maîtres et possesseurs - Vincent message -

L’auteur a fait le choix du conte, futuriste, philosophique…, alors, forcément, nous ne sommes pas dans le même type de narration. Ici, nous sommes dans le « il était une fois », dans le «comme si ».

Il était une fois le destin de la terre et des animaux qui la peuplent : dans un futur plus ou moins lointain, les plus dévastateurs de tous les terriens – les hommes – ont été soumis et colonisés par une race d’êtres venus de l’espace. Des nomades, en quête d’une escale interplanétaire, pour se poser quelques siècles, se nourrir et vivre au mieux, en attendant un nouveau départ, une fois le garde-mangé épuisé… Je m’arrête là ! Vous lirez la suite vous-même.

Défaite des maîtres et possesseurs - Vincent message -
Ma réserve ne tient donc pas au contenu, mais à la forme : le rythme n’est pas celui que j’aurai attendu. Au lieu de nous livrer ce devenir à la façon du conte, j’aurai aimé le voir s’installer, dérouler cet avenir sous mes yeux, le découvrir et que tout cela soit chaloupé par des dialogues, des scènes à vous couper le souffle. Il y en a. Et de très belles. Mais c’est par ce biais que j’aurais aimé rentrer dans ce roman. Le début a donc été un peu laborieux pour moi. Mais, passé les 50 premières pages, j’étais de nouveau ferrée ! Et puis, il m’a semblé comprendre ce choix du conte : ne pas trop heurter, attaquer de front le lecteur, car l’auteur souhaite qu’il le suive, l’accompagne jusqu’au bout, sans en perdre aucun en route…Défaite des maîtres et possesseurs - Vincent message -Laissons la forme et parlons du fond : c’est un livre qui fait mouche ! Il ravira (et ravit déjà) les militants de la cause. Il met en perspective une réalité « cachée » dont on sait tous de quoi « il en retourne » mais pour laquelle on préfère bien sûr, faire « comme si » on n’en savait rien…

Alors je vais aussi faire comme si. Faire comme si je ne vous avais rien dit de cette petite réserve et vous encourager à ouvrir Défaite des maîtres et possesseurs et qui sait ? Peut-être ne saura-t-il plus question après, pour vous aussi, de « faire comme si… »

Défaite des maîtres et possesseurs - Vincent message -

Savoir est une chose. Accepter de regarder la réalité en face en est une autre.

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4ième de couv :

Iris n’a pas de papiers. Hospitalisée après un accident de voiture, elle attend pour être opérée que son compagnon, Malo Claeys, trouve un moyen de régulariser sa situation. Mais comment s’y prendre alors que la relation qu’ils entretiennent est interdite ? C’est notre monde, à quelques détails près. Et celui-ci, notamment : nous n’y sommes plus les maîtres et possesseurs de la nature. Il y a de nouveaux venus, qui nous ont privés de notre domination sur le vivant et nous font connaître un sort analogue à celui que nous réservions jusque là aux animaux. Avec cette fable brillante, dans la lignée d’un Swift ou d’un Kafka, Vincent Message explore un des enfers invisibles de notre modernité.

Le Grand Livre – Connie Willis –

Le Grand Livre - Connie Willis -Voyager dans le temps à une des périodes de l’histoire longtemps décriée, dénigrée – le Moyen-âge – et découvrir que tout ce qu’on croyait savoir est bien en deçà de la réalité, c’est ce à quoi nous invite « le grand livre » et c’est ce que va vivre Kivrin, jeune étudiante passionnée des temps futurs, partie pleine d’entrain et d’espoir, vers ce siècle qu’elle adule. Bien sûr, les choses ne vont pas se passer comme elles devraient…

Au XIV e siècle, l’espérance de vie était de 38 ans. À condition d’échapper au choléra, à la variole et à la septicémie, de ne pas ingérer de la viande avariée ou de l’eau polluée et de ne pas être piétiné par un cheval ou brûlé vif pour sorcellerie. Et de ne pas mourir de froid…

 

Le Grand Livre - Connie Willis -

Passé et présent vont s’alterner, chacun dans une course effrénée pour la survie et l’espoir d’un retour, de moins en moins certain au fur et à mesure du récit. Connie Willis réussit à nous embarquer dans ce voyage et à nous maintenir accrochés à ce grand livre, dont on aimerait que les pages se tournent plus vite, pour en connaître enfin le dénouement.

Le Grand Livre - Connie Willis -

Quelques longueurs, certes, mais dont je n’arrive pas encore à savoir si elles ne tiennent pas tout simplement au fait que j’avais presque hâte de quitter les présents pour retrouver Kivrin, Rosemonde, Agnès et le père Roche, les sons des cloches et les mugissements de la vache dans les oreilles, fébrile et curieuse de connaître la suite… On en oublierait presque qu’il s’agit d’un livre de science fiction, tant les lieux, les gens et leur manière de vivre sont bien représentés et nous fait oublier ce futur que l’auteure nous décrit, où les historiens expérimentent le passé en arpentant les époques comme actuellement les bibliothèques et les sites archéologiques.

Elle était une vraie historienne, elle avait écrit les chroniques de ce temps dans une église déserte, seule au milieu des tombes. Moi qui ai vu tant de souffrances et le monde entier sous l’emprise du Malin, j’ai voulu porter témoignage, de crainte que les mots ne disparaissent avec moi.
Elle tourna ses paumes vers le ciel et examina ses poignets sous la clarté crépusculaire. – Le père Roche. Agnès, Rosemonde, tous les villageois. Leur souvenir est conservé là-dedans.

Si vous aimez cette période de l’histoire, que vous appréciez ou non la SF, ce livre est fait pour vous…

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La peste bubonique :

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4ième de couv :

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen-Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya ; le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…

Faërie – Raymond Elias Feist –

Je ne savais pas que ce livre mettrait tragiquement fin à un rêve de gosse : vivre dans une cabane, retirée du monde, au beau milieu de la forêt. Robinson a son île, Tesson, sa Taïga et moi, j’avais encore il y a quelques jours, ma cabane en bois dans la forêt des Landes, entre Pindères et Pompogne. Mais depuis ma participation à la lecture commune de Faërie de Raymond Elias Feist, je n’en suis plus tout à fait sûre. Certes, je connais le bruit de la forêt, les sifflements du vent dans les branches, les troncs qui craquent, les animaux qui rampent, ceux qui piquent et ceux qui nous évitent, mais ça ! Je ne connaissais pas… Pas encore.

J’avais bien compris que cela me ferait flipper, que sous couvert d’un titre que n’auraient pas renié mes cousins les bisousnours, se cachait une réalité tout autre. Je m’étais donnée une limite : les cent premières pages et si je vire au bleu, la peur brandissant sa couleur, je ferme, m’excuse platement et déclare forfait par abandon.

Toi qui l’a déjà lu, tu rigoles en coin, parce que tu sais ! Et toi qui lis sans connaître, tu dois trouver cette entrée en matière très légère pour ne pas dire « cavalière ». Et tu auras raison. Parce que ce n’est pas comme cela que les choses se passent, ce n’est jamais comme cela dans la vraie vie ; les livres ont raison de nous plus souvent que nous d’eux, mais c’est un autre débat que je n’ouvrirai pas. Pas maintenant. 

Faërie - Raymond Elias Feist -

Je cause, je cause, et avec tout cela je ne t’ai pas encore parlé de l’intrigue, de cette fameuse couleur de la peur, de l’angoisse qui prend son temps (elle s’en fout, elle n’est pas pressée, elle sait qu’elle aura tes tripes) et de ce monde des fées, que n’auraient pas renié un Poe ou un Gaiman. Mais voilà, tout le souci est là : si je commence à te raconter l’histoire, à m’aventurer avec toi sur la colline du roi des Elfes et aux abords du pont du Troll, à tremper mes jolis petits orteils à côté des tiens dans le ruisseau qui sourd, mais je fous tout en l’air, je te gâche ton futur voyage dans cet univers, un peu comme si tu briefais Alice, juste avant sa traversée du miroir. Je ne veux pas être responsable de ce gâchis-là ! Alors, tu comprends, je tourne autours, je fais celle qui… mais au fond de moi, c’est que je les sens encore : ces foutus nœuds dans l’estomac et ce trouillomètre à zéro.

Ce n’est rien, juste un coup de froid dans le cœur.

Ça aide pas à conter des histoires de fées tout cela, mais je peux quand même essayer :

Il était une fois, la famille idéale (entre Ingalls et Beaumont), qui décide de s’arracher au tourbillon sans fin de la vie new yorkaise pour venir se ressourcer dans la maison Kessler, une ferme isolée à l’orée des bois. Tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes : les garçons jouent au base-ball, la plus grande tombe amoureuse, le papa écrivain, écrit ; seule la maman est à deux doigts de regretter ce départ, mais toute la famille semblant comblée, elle finit par se réjouir. Ils font la connaissance de deux universitaires qui s’intéressent pour leurs recherches à l’ancien propriétaire de la maison ; ils dissertent sur les légendes passées, sur ces celtes porteurs de mythes et de récits dont la magie n’a d’égal que la cruauté. D’ailleurs, cette forêt en aurait été le théâtre ! Des légendes ? Ça, c’est ce qu’on dit pour que les gens cessent de s’y aventurer. Plus les histoires sont vieilles, moins on y croit. Et plus elles sont belles… Mais quand elles sont terribles, angoissantes et meurtrières, on ne pense pas aux elfes. Encore moins aux fées. Pas tout de suite. Pas la première fois, alors on…

Faërie - Raymond Elias Feist -

Tu as entendu là ? Ce craquement ? Non… Et cette odeur ? C’est quoi ? Dis-moi ? On dirait un mélange de fleurs et d’épices ? Hein ? C’est ça, tu crois…

Oublie ! Oublie tout ce que je viens de te dire…

Les fées sont des petites amours douces et charmantes. Les mages sont des êtres vénérables et puissants ! Seuls les trolls sont méchants et vicieux. C’est bien connu !

D’ailleurs, c’est pas moi qui ais eu l’idée de propager cette lecture, c’est Ange et Siabelle, je peux te mettre un lien vers leurs profils, si tu veux, d’ailleurs elles ont lancé un fil sur le forum « Science-Fiction et Fantasy » de Babelio, c’est « Lecture Commune : Faërie de Raymond E. Feist ». C’est ici, je te mets le lien, mais lui dis surtout pas, car c’est pas trop porteur de dénoncer les copines. En règle générale, ça le fait pas du tout et ça risquerait de me mettre au banc de la communauté babéliote et ça, à six jours de me rendre au pique-nique de Lyon, j’supporterais pas !!!

Si cela marche pour toi. On fait comme cela ! T’oublies. T’oublies tout !

Et on est bien d’accord : je-ne-t-ai-RIEN-dit !

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4ième de couv :

La maison du vieux Kessler était perdue dans les bois…
Une ferme splendide et pleine de recoins, où Phil et Gloria pensaient trouver le calme, loin de la ville et de l’agitation. Mais ce que trouvent leurs trois enfants est bien différent : d’étranges histoires de clairières hantées, de lueurs qui dansent dans la forêt et de trésors enfouis…
Tout un monde secret, enchanté par l’ancienne magie celtique et habité par de mystérieuses présences. S’agit-il des fées et du vieux peuple des légendes? Ou d’êtres plus dangereux, animés de désirs inquiétants ?…
Bientôt, ce qui avait la couleur du rêve se change en un terrifiant cauchemar. Des puissances oubliées se sont réveillées et convoitent les enfants. Pire encore: leurs âmes.

Terrienne – Jean-Claude Mourlevat –

S’asseoir peu importe où et quand : et attendre qu’on vienne vous chercher pour vous débarrasser du fardeau de vivre. Cela se passe ainsi dans la société que nous présente Jean-Claude Mourlevat dans Terrienne. L ‘ennui, le désespoir, le désœuvrement d’une vie aseptisée, morne et programmée, sans illusions, imprévus, uniforme tel la ligne d’un encéphalogramme plat. Ça, c’est la vie des gens de là-bas ! Enfin, des petites gens ordinaires…

 

Car pour l’élite de ce monde-là, il n’en va pas de même. La distraction suprême est de franchir l’interdit, briser le tabou ultime : Avoir chez soi, sous son corps et sur sa peau, une femme de chair et de sang, de sueur et de larmes, jouet captif et secret, voué aux caprices des puissants.[écriture blanche à surligner : spoiler]

La main posée sur une poitrine aux abois : un souffle par procuration.
La capsule verte croquée pour tout oublier : un salut par nécessité.
Le sel des larmes bues au bord des yeux : une saveur inconnue sur la langue.
Le ventre arrondi par le viol et la contrainte : une condamnation à mort sur le champ.   

 

Parce que dans ce monde-là, univers parallèle en marge de notre bonne vieille terre, on ne pleure ni ne rit, ne respire ni ne soupire, n’enfante ni ne jouit. Les sensations corporelles sont une aberration, écœurantes à vomir. Seuls quelques hybrides mâles, nés du viol des terriennes, [idem : spoiler] sont autorisés à avoir accès à cette sensorialité. Leur fonction est toute trouvée dans cette société : ils sont formés au rabattage et à la capture des femmes de notre terre, objets de plaisir des dirigeants de ce monde.

Et au milieu de tout cela : sœur Anne, qui se débat et s’accroche aux traces laissées par Gabrielle, son aînée perdue dans ce monde de fous. Elle sera aidée dans cette quête par un vieil écrivain en désespérance, une réceptionniste, sympathisante terrienne et… je vous laisse découvrir la suite.

J’ai ressentie cette angoisse, cette crainte distillées par l’auteur et j’avoue avoir eu le cœur serré d’émotions à la fin : certains donneraient toute leur vie pour cette sonnerie qui résonne au petit matin. Combien attendent en vain ? [écriture blanche à surligner : spoiler]

Si c’est l’action effrénée qui vous pousse, vous motive dans le choix de vos lectures, Terrienne ne sera pas une évidence pour vous, ni un premier choix. Et pourtant, je ne peux que vous encourager à le lire. Tout au long de ce livre, court une tension qui ne nous fait le lâcher qu’à la lecture du dernier mot … Pour mieux repartir de nouveau !

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Interview de Jean-Claude Mourlevat – Librairie Mollat – :

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4ième de couv :

Cela fait des mois qu’Anne est sans nouvelles de sa sœur, Gabrielle. Elle a disparu le soir de son mariage et, depuis, pas le moindre signe de vie. Jusqu’au jour où Anne reçoit un énigmatique message de Gabrielle, l’appelant à son secours. Elle est en danger mais où?

Accompagnée d’un vieil écrivain en mal de création, rencontré sur la route, Anne passe alors brusquement «de l’autre côté». Elle se retrouve dans un monde parallèle, un univers blanc, aseptisé, glacial : Estrellas.

Serpentine – Mélanie Fazi –

Je viens de terminer Serpentine de Mélanie Fazi, et comme bien souvent, quand un livre me plaît, je n’hésite pas à en parler, le conseiller et le prêter. J’ai été étonnée de la réaction de certains : à un intérêt non feint a vite succédé une fin de non-recevoir, dés que je précisais qu’il s’agissait de nouvelles. « Je suis désolé(e), mais je ne lis pas de nouvelles », « Ah ! Ce sont des nouvelles ? Laisse tomber, j’aime pas ! » Et je vous en passe, le but n’étant pas de plomber ma critique. Je sais, c’est mal parti mon histoire, mais quand même ! Je ne pouvais pas laisser sous silence cette étrangeté très française, paraît-il ?! Alors, comme je ne suis pas du genre à lâcher l’affaire facilement, je suis revenue à l’attaque en leur collant sous le nez, enfin dans les oreilles « Nous reprendre à la route ». Oui, j’avoue, j’ai une fâcheuse tendance à lire tout haut, tout ce qui me plaît tout bas. (Là, je sens bien que vous réalisez la chance que vous avez de ne pas m’avoir pour amie…) C’est qu’il faut aller au charbon pour les dérider, mes casseurs de pavés et lecteurs de romans fleuves !

Et bien, comment vous dire ? C’est que je l’ai vu naître cette petite étincelle, cette attente fébrile de la chute, dés que nous sommes sortis de la station service pour rejoindre la route… C’était fantastique ! – d’ailleurs, c’est « du fantastique ». 😉 Et je ne vous raconte pas « Matilda » ! Là, j’avoue, j’ai été un peu vache : j’ai lu que les passages du concert, mais je peux vous assurer qu’ils y étaient avec moi dans la fosse, collés à cette masse en transe, mus par la seule voix de Matilda ! S’ils veulent savoir la fin, qu’ils mettent la main sur Serpentine (3ième bibliothèque, deuxième rayonnage en partant du haut, entre « Si on les tuait ? » d’Annie Saumont et «Demain je vis, c’est promis» de Rémy Brument-Varly).

Je ne leur ai rien lu de « rêves de cendre » (pas « rêve de cendres » : la position du « s » est d’une importance primordiale. Enfin, pour moi), mais je leur en ai touché deux mots, en laissant leurs regards courir sur la trace du feu.

« Il y a des choses trop précieuses pour qu’on les partage, même avec des proches. »

Bon, et puis cela commençait à bien faire de jouer les conteuses si c’est pour plus rien leur laisser à découvrir ! Alors j’ai tu « Petit théâtre de rame » et j’ai tu « Élégie ». Ce sera à eux de m’en parler. Et puisqu’ils sont pour certains branchés « tatoo », j’allais sûrement pas leur gâcher « Serpentine ». Moi, j’ai déjà assez d’une trace sur ma peau, alors les picotements, le choix du dessin, l’emplacement où et à qui je…, je ne pouvais pas m’y fondre, enfin, pas autant qu’ils le feront.

Parce que ce n’est pas rien, ce qu’elle nous livre là, Mélanie Fazi ! Et ne vous laissez pas polluer par cette idée saugrenue qu’un auteur de nouvelles, ce serait un apprenti auteur qui nous livrerai les balbutiements de ses romans en devenir, comme un Usain Bolt junior foulerait ses premières pistes. C’est rien de tout cela.

Une nouvelle de Serpentine, c’est un petit bijou précieux que nous offre Mélanie Fazi : rien de trop, ni de trop peu dans ce recueil-là, même si chacune résonne en nous différemment. Tout est épuré et ciselé jusqu’à l’essentiel : un concentré d’émotions pures.

L’auteure ne laisse pas au lecteur le temps de s’installer, de se poser entre les lignes ; à peine on commence à se croire chez soi, que les mots de la fin nous cueillent et nous assènent deux belles paires de claques. Ça nous apprendra à nous sentir en terrain conquis, à vouloir être bercé par le rythme des phrases. La vie qui bat là comme un cœur qui pulse, c’est pas du roman. C’est de l’or noir qui coule des pages et gare à nous s’il finit dans nos veines !

« Il n’y a pas plus de violence dans un cri d’hystérie que dans une phrase énoncée d’une voix calme et blanche. Être capable de regarder un adversaire droit dans les yeux et le mettre face à la vérité nue : le vrai pouvoir est là. »

Nota bene : Si avec tout cela, ils sont pas foutus de me l’emprunter, je ne sais plus ce qu’il faut que je fasse !!

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4ième de couv :

Une boutique de tatouage où l’on emploie des encres un peu spéciales. Une aire d’autoroute qui devient un refuge à la nuit tombée. Une ligne de métro où l’on fait d’étranges rencontres. Un restaurant grec dont la patronne se nomme Circé. Une maison italienne où deux enfants croisent un esprit familier… Tels sont les décors du quotidien où prennent racine ces dix nouvelles. Dix étapes, et autant de façades rassurantes au premier abord… mais qui s’ouvrent bientôt sur des zones plus troubles. Car les lieux les plus familiers dissimulent souvent des failles, écho de ces fêlures que l’on porte en soi. Il suffit de si peu, parfois, pour que tout bascule…