Le deuil de la mélancolie – Michel Onfray –

Le deuil de la mélancolie - Michel Onfray - Michel Onfray a écrit le contenu de ce livre  « à chaud » avec son iPhone, sur son lit d’hôpital. Il a fait le choix de ne rien retoucher de ce qu’il a inscrit, pensé à ces instants. Il relate son AVC et comment plusieurs médecins et spécialistes sont passés « à côté », la vie sauve qu’il doit à la notoriété qui aide à passer des examens décisifs dans la journée alors que pour tout un chacun il faut se résoudre à attendre plusieurs jours. On ne les a pas toujours.

Dans un premier temps, je l’ai trouvé vraiment sévère avec le corps médical (nous connaissons tous la situation de l’hôpital public. Qui n’a pas dans sa famille, ses connaissances, un infirmier, une anesthésiste, ou tout autre spécialiste qui nous en raconte « de bonnes », souvent à la limite de l’invraisemblable ?). On réclame l’indulgence. Mais quand cela nous concerne, ce n’est pas tout aussi simple. Alors, réflexion faite, je comprends sa colère : ce n’est pas tant l’erreur de diagnostic qui le fait bondir, mais le fait que les médecins concernés n’aient pas accepté s’être trompés. Beaucoup de vanité dans les réponses qui lui ont été faites. Je vous laisse juge.

Cet AVC il en connait la cause. La mort de sa compagne Marie-Claude. Ses réflexions m’ont beaucoup touchée. Il n’y a plus de philosophe, plus d’homme de lettres, prompt à analyser, décortiquer pour penser et agir. Il n’y a qu’un homme qui souffre, qui ploie sous le chagrin, l’incompréhension et le déni…

Ce qu’il dit, toute personne confrontée à la maladie et la mort l’a vécu ; je n’aurais pas pensé qu’il soit, lui aussi, confronté à l’éloignement des proches et amis. J’imaginais bêtement que la notoriété avait cet avantage de se sentir entouré. Oui, mais que pour le bon. Pas pour tout le reste…
Sommes-nous si peu à avoir le courage de tenir une dernière fois la main d’un ami qui s’en va, d’accompagner celui ou celle qui reste seul, écrasé par le désespoir et la tristesse ? Pourquoi si peu pleurent avec nous ? Une constante de la nature humaine, sans doute…

Le deuil de la mélancolie, c’est de savoir vivre après. Mais pas que.

Vivre n’est pas prendre soin de soi, ce qui est une affaire d’infirmerie ou d’hospice et relève d’une morale de dispensaire : vivre c’est prendre soin de ceux qu’on aime…

Vivre en étant à la hauteur de ce qu’elle fut : un modèle de rectitude, de droiture, de justesse et de justice, de générosité, de bienveillance et de douceur, de force discrète et de courage modeste. J’avais eu mon père comme premier modèle d’héroïsme simple et réservé ; j’ai eu Marie-Claude comme second modèle pendant presque 37 ans. C’est déjà une grande chance, une immense chance. Merci pour ce cadeau. Je te suivrai un temps, mais l’éternité du néant nous réunira.

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4ième de couv :

J’ai subi un infarctus quand je n’avais pas encore trente ans, un AVC quelque temps plus tard, puis un deuxième en janvier 2018. Nietzsche a raison de dire que toute pensée est la confession d’un corps, son autobiographie. Que me dit le mien avec ce foudroiement qui porte avec lui un peu de ma mort ?
La disparition de ma compagne cinq ans en amont de ce récent creusement dans mon cerveau, qui emporte avec lui un quart de mon champ visuel, transforme mon corps en un lieu de deuil.  » Faire son deuil  » est une expression stupide, car c’est le deuil qui nous fait.
Comment le deuil nous fait-il ? En travaillant un corps pour lequel il s’agit de tenir ou de mourir. Un lustre de mélancolie ou de chagrin porte avec lui ses fleurs du mal.
Ce texte est la description du deuil qui me constitue. Faute d’avoir réussi son coup, la mort devra attendre. Combien de temps ? Dieu seul (qui n’existe pas) sait… Pour l’heure, la vie gagne. Ce livre est un manifeste vitaliste.

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Le sillon – Valérie Manteau –

Agos - pour Idil - 20/11 : Midi. Il est dans ma boîte aux lettres. Très vite dans mes mains. Je picore plus que je ne mange et commence à lire : Istanbul, la place Taksim, le parc Gezi, Recep Erdogan et la démocratie étouffée dans la violence, la guerre, les réfugiés à la frontière… je pars travailler sur ces derniers mots les turcs, les Kurdes, les Syriens, les travailleurs pseudo-humanitaires, ils peuvent tous crever dans leur croissant fertile de merde : cette terre est maudite, sauve qui peut.
Mais pour aller où, Sara ?

22h00 : Je sais que ce n’est pas raisonnable, mais je le reprends et continue à lire. Que peut-on faire pour la liberté, pour l’art, pour l’amour ? C’est une question simple, non. Je suis les pas de Valérie Manteau, son style me surprend. Je bute sur les phrases, ne sais pas toujours qui parle, je repars en arrière, reprend ma lecture, j’essaie de ne pas les perdre, ces petites voix qui s’entremêlent, s’entrechoquent. Et puis, très vite, c’est là ! Ce rythme, cette respiration. Je marche maintenant côte à côte avec elle. Nous partageons la même foulée, dans les rues d’Istanbul qui nous conduisent au Muz, dans les escaliers qui mènent à son appartement, celui de son amant turc.

Le sillon - Valérie Manteau -

Je ne sais toujours pas comment prononcer Hrant. Des phrases de lui, tracées dans de la terre pigmentée d’Anatolie. Je l’imagine, cette femme, mouvements amples et lents, la tête haute, déterminée à ne rien lâcher. Car céder, c’est mourir encore un peu…
Je m’arrête sur l’origine d’un slogan politique que j’exècre « Tu l’aimes ou tu la quittes ». De quelle tombe crois-tu que Sarkozy a exhumé ce refrain ? Et c’est déjà le petit matin. Je m’endors en colère…

21/11 : Quelques pages au petit déjeuner avant d’aller bosser. Et ce repas entre collègues à midi, où je leur parle de Sarko, du slogan, du karcher… et tout le monde s’en fout ! L’indifférence, c’est ce qui nous perdra. Tous !
Rentrée tard ce soir, mais pas prête à le lâcher, je reprends le sillon. Tu vas écrire sur Hrant alors ? (…) Si tu veux mon avis (je fais non de la tête) tu n’as pas besoin de ce détour pour comprendre ce qui nous arrive, tu pourrais aussi bien le voir directement. Au lieu de quoi tu ajoutes des écrans de morts aux vivants pour te planquer, tu n’iras nulle part avec tous ces boulets au pied. Mais précisément, je dis, je ne veux aller nulle part. Je reste ici.

Je reste aussi. Bien planquée dans ma petite vie… mais je te suis. Ton indignation est la mienne : Anna, cette petite robe jaune fluo. Je la porte aussi, elle gonfle et gronde. il gueule d’un coup très fort, fous le camp maintenant, tu ne comprends rien et tu ne nous aides pas.
Comprendre, j’essaie. Mais c’est pas simple, vu d’ici. Merci à toi, Valérie, de me parler de là-bas, comme personne encore ne l’a fait…

Le sillon - Valérie Manteau - 22/11 : Mais pourquoi tu vas raconter tout ça ? Tu écris comme on appelle un soir de panique face au drame – cette liberté qu’on emprisonne, ces vies qu’on écrase – lucide et claire, pour que je puisse comprendre, attraper cette main tendue, mais avec cette voix saccadée du souffle coupé. L’émotion. Valérie, tes phrases sont des respirations. Une urgence de dire et de donner à entendre. Mais que nous sert d’entendre si nous ne savons pas écouter ?
Je veux retenir tous ces noms, ces anonymes, ces écrivains, ces journalistes, qui résistent et tremblent. Asli et tous les autres…
J’arrive sur les dernières pages.

Ne plus pouvoir lire
La gorge serrée
Mais continuer à écrire

23/11 :

Hrant Dink. Mort assassiné par balle le 19 janvier 2007 devant son journal, Agos, à Osmanbey, quartier animé de la rive européenne d’Istanbul. Abattu par un jeune nationaliste de dix-sept ans qui a voulu débarrasser le pays de cet insolent Arménien, « l’ennemi des Turcs ».

Les mots suffoquent-ils
encore sur le papier froissé ?

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4ième de couv :

 » Je rêve de chats qui tombent des rambardes, d’adolescents aux yeux brillants qui surgissent au coin de la rue et tirent en pleine tête, de glissements de terrain emportant tout Cihangir dans le Bosphore, de ballerines funambules aux pieds cisaillés, je rêve que je marche sur les tuiles
des toits d’Istanbul et qu’elles glissent et se décrochent. Mais toujours ta main me rattrape, juste au moment où je me réveille en plein vertige, les poings fermés, agrippée aux draps ; même si de plus en plus souvent au réveil tu n’es plus là.  »

Récit d’une femme partie rejoindre son amant à Istanbul, Le Sillon est, après Calme et tranquille (Le Tripode, 2016), le deuxième roman de Valérie Manteau.
Prix Renaudot 2018

La Route chante – Lhasa de Sela –

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J’ai encore souvenir de la première fois où j’ai entendu sa voix. Ce que je faisais. Où j’étais. Cette silhouette gracile, fragile et cette chanson envoûtante au timbre inimitable. C’était la confession.

Je ne veux pas me souvenir du jour où j’ai appris sa mort. Il y a des artistes qui ne quittent jamais vraiment la scène. Lhasa de Sela est de ceux-là. Elle arrivait doucement, timide, le sourire aux lèvres, souvent habillée de noir, ses musiciens à ses côtés, et la magie opérait dans l’instant.

Je passe dans cet endroit, je ne le reverrai plus, mais pour pour cet instant c’est chez moi, c’est l’endroit où je suis, où mon cœur bat, c’est mon pays, et c’est ma vie.

Textuel Musik lui a laissé carte blanche dans ce petit livre : une belle façon de la découvrir et de s’émerveiller de toute la diversité, la richesse de son univers.

Écrire une chanson, c’est comme trouver une trame, un fil magique qu’on suit.

Lhasa en a fait un objet d’art entre carnet de route et journal intime. Elle nous dévoile son enfance, sa vie de bohème sur les routes du Mexique, des États-Unis, … et cette formidable liberté comme moteur de création.

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J’ai lu ce livre avec des yeux d’enfant, m’émerveillant de ses peintures et dessins au stylo bic, admirative devant son absence de concession dans son processus de création et de sa formidable capacité à aimer et partager.

La Llorona, qui figure sur la pochette du disque, est de ma main. J’avais besoin de mettre le doigt sur ce personnage de pleureuse, de le voir représenté.

Il n’y a pas chez elle de frontière entre l’art, la joie, la souffrance, la vie (vraie ou rêvée)… tout cela est à la fois esprit et matière. Tout cela fait ce qu’elle est et ce qu’elle nous offre en partage.

Tout est vivant, il faut faire attention à ce qu’on créé. Si un jour on donne la vie à ces personnages, et qu’ils se lèvent et se mettent à marcher, comme ils vont m’en vouloir de les avoir si mal dessinés !

Écoutez Lhasa ! Écoutez-la…

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4ième de couv :

Silhouette sombre et gracile, enfance itinérante et identité folâtre, Lhasa raconte ici ses mondes sous forme de contes. Elle livre sa quête : la recherche de l’intensité émotionnelle, la vérité du rêve, ce qui fait signe et ce qui fait sens. Envoûté, vous commencez à voir comme Lhasa voit : le monde nettoyé des frontières où l’animé et l’inanimé, les hommes et les bêtes, les fleurs et le bitume sont du même tissu sans coutures. Ces pages, mystiques sans y songer, où peintures, notes et mots voisinent, nous dévoilent Lhasa, qui nous dévoile le monde.

La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose – Diane Ducret –

indexAttention, si vous ouvrez ce livre, vous allez rire, pleurer, aimer, détester… l’avoir déjà fini ! Voilà ! Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu. Moi, je ne l’étais pas. Je me suis fiée aux couleurs pastel de la couverture, à ce flamant rose-bonbon, si sûr de lui, juché sur une seule pâte. Je ne m’attendais pas à cela : un récit fort, drôle, bouleversant et de surcroît : véridique…

Enaid-Diane Ducret nous livre son histoire, celle d’une enfant qui grandira loin de sa mère, sera élevée par ses grands-parents, dans l’indifférence totale d’un père et qui devra apprendre à vivre et se construire avec cette réalité affective-là ! Ce n’est pas la première, vous me direz, et sûrement pas la dernière et cela n’empêche pas toujours de grandir ! Pas toujours. Mais parfois si… Pour peu que la loi de Murphy s’en mêle et que l’on se retrouve prise au piège d’un engrenage infernal : violence, descente aux enfers, blessures physiques et morales indélébiles, …

Je ne sais pas comment ils vivent, ceux qui n’ont pas songé à mourir au moins une fois, ceux qui n’ont pas pleuré jusqu’à leur bile, ceux qui sont tout de suite heureux.

indexJe voyais Diane Ducret comme une belle femme à qui tout réussit, me demandant quelle bonne fée s’était penchée sur son berceau, jusqu’à ce que je découvre Enaid… À lire, on peut se dire que cela fait beaucoup pour une seule femme, mais je me suis surtout dit « quel talent ! » Elle a su mettre de la distance entre son personnage et elle : on en oublie Diane face à Enaid. Il n’y a aucune lourdeur, aucun artifice et on reste bluffer devant cette progression qui va crescendo et vous fait passer du rire aux larmes en moins de temps qu’il vous faut pour tourner la page, jusqu’à cette fin si belle…

Cela va paraître contradictoire, mais ce livre qui m’a pris aux tripes et fait rouler les larmes sur les joues, m’a donné une formidable envie de vivre, d’être heureuse et de prendre les gens que j’aime dans mes bras. Sans attendre que ce soit la dernière fois…

Ce que tu as vu là… ce n’est pas la vraie vie. C’est une partie de la vie seulement. Les paillettes, Ça ne brille pas… ça ne fait que refléter la lumière produite par d’autres.

Et elle sera belle la lumière d’Enaid ! Même s’il en faudra du temps et des embûches, pour que Diane la laisse enfin s’échapper, la plume glissant sur le papier…

J’écris pour me raconter les histoires que tu ne m’as jamais dites, c’est la seule manière que j’ai trouvée de ne pas être seule. Je raconte les aventures de filles de mauvaise vie, en espérant guérir en moi le vide que tu as laissé.

Encore une belle découverte que je dois aux éditions Flammarion et aux masses critiques de Babelio.

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4ième de couv :

La loi de Murphy n’est rien comparée à la loi d’Enaid : tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera plus mal encore qu’on aurait humainement pu le prévoir. Après avoir été quittée à Gdansk par téléphone, Enaid se rend à l’évidence : les fées qui se sont penchées sur son berceau ont dû s’emmêler les pinceaux. Comment expliquer, sinon, la sensation qu’elle a depuis l’enfance qu’il lui a toujours manqué quelqu’un ? Il y a de quoi se poser des questions quand les parents adoptifs sont en fait les grands-parents, que la mère est danseuse de nuit, que le père change de religion comme de famille, que les bunkers de l’ETA servent d’école buissonnière. Et que l’accident d’un instant devient la fracture de toute une vie? On peut se laisser choir ou faire le saut de l’ange. Être boiteux ou devenir un flamant rose. Sur ses jambes fragiles, tenir en équilibre avec grâce par le pouvoir de l’esprit, un humour décapant et le courage de rester soi.

Intouchable : Une famille de parias dans l’Inde contemporaine – Narendra Jadhav –

sm_cvt_Intouchable--Une-famille-de-parias-dans-lInde-co_3622J’avais 7 ans lorsque j’ai lu mon premier livre sur l’Inde. Sita et la rivière de Ruskind Bond. Cela a été pour moi une révélation et le premier d’une longue liste…
Enfant, la première fois que j’ai rencontré ce mot « intouchable», je pensais que c’était le caractère sacré de cette caste qui faisait son intouchabilité. Puis j’ai découvert que c’était tout le contraire. La caste des intouchables (dalit), est la caste la plus impure de l’Inde. Les chiens et les rats ont plus de valeur que tous ces enfants, femmes et hommes bannis.

Narendra Jadhav est un économiste de formation, qui exerça au sein du FMI et du ministère des finances indiens, et qui est toujours actuellement engagé dans le développement de son pays. Mais pour les indiens, c’est avant tout un dalit qui a réussi à accéder aux plus hautes fonctions. Impossible et impensable il y a encore 50 ans !

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Intouchable raconte la vie de parias de ses parents, sa mère (Sonu) et son père (Damu), et la rencontre qui a bouleversé et changé leur vie : celle de Babasahed Ambedkar.
Babasahed Ambedkar est un intouchable qui a pu bénéficier d’une éducation à l’étranger et qui, revenu dans son pays, s’est battu pour l’abolition des castes et les droits des intouchables, pour leur liberté et leur éducation. Il a participé également avec Gandhi à la lutte pour l’indépendance, ou devrions-nous dire plutôt contre Gandhi, car ils étaient tous les deux, de virulents rivaux, tout en nourrissant l’un pour l’autre un profond respect…

Forts des enseignements de ce maître à penser, Damu et Sonu ont lutté pour leurs droits et pour donner à leurs enfants une éducation leur permettant d’accéder à cet avenir meilleur et ce respect dont ils ont toujours rêvés.
La première partie s’articule sur un récit à deux voix (celle de Damu puis celle de Sonu), qui a le mérite de nous donner 2 visions des choses : celle d’un homme en révolte prêt à tout pour survivre et vivre dignement, dont l’esprit est entièrement tourné vers la réalisation de cet idéal et celle d’une femme, qui malgré le poids des traditions et de la religion, va participer à cette lutte, tout en restant consciente que le combat pour les dalits mené, il en restera toujours un, sans fin, celui pour le droit des femmes.15LRLEAD PIC

Dans la maison, les femmes savent régner
Mais des questions, faut pas s’en poser…
Notre vie, c’est obéir puis crever
Mais le mari, faut jamais le défier
– chanson populaire indienne –

Dans une dernière partie, l’auteur raconte son enfance et sa vision de la vie de ses parents et le parcours qui l’a mené là où il est aujourd’hui.
Un glossaire et un rappel historique sur les intouchables clos ce livre. Il faudrait pouvoir le lire avant pour apprécier d’autant plus le récit qui suit.

J’ai dévoré ce livre. Je trouve qu’il offre une vision forte de l’Inde, des castes et de toute l’ambivalence qui caractérise ce pays. le style est simple mais il n’est de toute façon pas le moteur de la lecture et cela donne un côté authentique, qui fait tout le bonheur de ce récit. de la vie en Inde (à la campagne ou à la ville), on suit le quotidien des femmes, hommes et enfants, rythmé par la recherche d’un travail permettant de gagner quelques roupies voire même quelques paise pour tout simplement espérer manger et donner à manger aux siens. On assiste, au sein des intouchables, à la prise de conscience et à l’éveil d’un sentiment d’injustice et de rejet face à un système et une religion qui les excluent. L’euphorie est vite rattrapée par la réalité et le combat est loin d’être gagné. L’auteur reste lucide sur le chemin qui reste à parcourir et la persistance du système des castes qui régit encore et toujours les relations sociales en Inde.
Sous le vernis de l’évolution, de l’émancipation, restent toujours les traditions millénaires.

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4iéme de couv :

Ce récit, fondé sur une exceptionnelle documentation familiale, raconte une histoire vraie, celle d’une famille d’intouchables vivant dans l’ouest de l’Inde au XXe siècle.Un jour de 1927, Damu, le père de l’auteur, refusant de subir une humiliation de plus, se révolte et, la nuit tombée, quitte le village en compagnie de sa femme Sonu… Commence alors une aventure qui conduit le couple à vivre les situations les plus extrêmes, celles de l’intouchabilité au jour le jour ici et là dans le pays, et à Bombay notamment – misère, violence, mépris -, puis à rejoindre le mouvement de lutte pour l’émancipation dirigé à l’époque par un intouchable formé aux États-Unis, fils des Lumières, le fameux Babasahed Ambedkar, le grand rival de Gandhi dans les années 1930, l’homme qui rendit leur dignité aux misérables. Ce combat est loin d’être achevé aujourd’hui, car si le système des castes a été officiellement aboli en 1950, il continue à prospérer et à régenter la vie des Indiens sous des formes plus ou moins insidieuses, tant en ville qu’à la campagne. Ce dont témoigne aussi cette histoire bouleversante.Lors de sa divulgation en Inde il y a deux ans, ce récit d’aventures a été fêté comme un événement.

Retour à Lemberg – Philippe Sands –

indexQue nous ayons des droits en tant qu’individus et que ces droits ne puissent être bafoués par le gouvernement du pays où nous vivons, nous paraît aujourd’hui allant de soi. C’est l’inverse qui ne l’est pas et nous fait nous insurger, aujourd’hui, contre certains pays où dirigeants au vu de l’actualité du monde : Qui ne s’est pas inquiété pour le sort d’Asli Erdogan, citoyenne turque ? Qui ne s’est pas demandé de quelles armes juridiques la communauté internationale pouvait disposer pour régler certains conflits dans le monde impactant dramatiquement les civils, et quelles étaient leurs réelles portées ?

Et pourtant, ces droits et les revendications qui en découlent sont encore bien récents et fragiles.

Il y a encore quelques décennies, prévalait partout dans le monde l’entière souveraineté de l’État : libre d’emprisonner, tuer, discriminer ses membres, sans avoir aucun compte à rendre… Beaucoup de pays considèrent encore de nos jours que leur souveraineté est au-dessus de tout, et autant aimeraient que le droit international ne sorte pas du monde des idées.

Avons-nous perdu le sens de l’histoire ? Les États veulent-ils vraiment « reprendre le contrôle » ? Une telle reprise du contrôle entraînerait-elle le retour du droit de traiter les citoyens, ou les étrangers, comme il leur plaît, sans qu’ils soient contraints par le droit international ou obligés par la fidélité aux engagements donnés ?

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C’est cette transition et cette lutte pour inscrire dans le droit international, la notion de crime contre l’humanité, et de façon plus difficile encore, celle de génocide, que nous raconte Philippe Sands, juriste spécialisé dans les droits de l’Homme. Là où Retour à Lemberg est original, c’est que cette trame est soutenue par le récit haletant qu’il nous fait des parcours individuels des membres de sa famille (juifs et donc soumis aux lois raciales nazies) et de la ville de Lviv, berceau de ses origines. Il nous embarque littéralement dans cette (en)quête qui va durer plus de six ans. Six années où son chemin va croiser et mettre en perspective les destins passés ou présents de gens aussi divers que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin (créateurs des notions de crime contre l’humanité et de génocide), Niklas Frank (fils du gouverneur-général de la Pologne occupée qui fut un ami et fidèle d’Hitler), les accusés et témoins du procès de Nuremberg en passant par l’histoire de ses grands-parents et de sa mère, sans oublier Miss Tilney.

Ce qui nous hante apparemment, ce ne sont pas seulement les morts, ou les vides que laissent en nous les secrets des autres, ce sont aussi leurs histoires.

De nombreuses photographies illustrent son propos et Philippe Sands nomme, date, cite, inscrivant sans relâche les événements qui font, non seulement sens, mais nous touchent profondément car l’écrire, c’est en laisser trace, ne pas permettre qu’ils s’effacent et que nous les oublions. Et le lire, c’est aussi comprendre pourquoi il n’est jamais vain de connaître nos devoirs et se battre pour nos droits, afin de ne pas un jour avoir à se battre pour nos vies…

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4ième de couv :

Invité à donner une conférence en Ukraine dans la ville de Lviv, autrefois Lemberg, Philippe Sands, avocat international réputé, découvre une série de coïncidences historiques qui le conduiront de Lemberg à Nuremberg, des secrets de sa famille à l’histoire universelle. C’est à Lemberg que Leon Buchholz, son grand-père, passe son enfance avant de fuir, échappant ainsi à l’Holocauste qui décima sa famille ; c’est là que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, deux juristes juifs qui jouèrent un rôle déterminant lors du procès de Nuremberg et auxquels nous devons les concepts de  » crime contre l’humanité  » et de  » génocide « , étudient le droit dans l’entre-deux guerres. C’est là enfin que Hans Frank, haut dignitaire nazi, annonce, en 1942, alors qu’il est Gouverneur général de Pologne, la mise en place de la  » Solution finale  » qui condamna à la mort des millions de Juifs. Parmi eux, les familles Lauterpacht, Lemkin et Buchholz. Philippe Sands transcende les genres dans cet extraordinaire témoignage où s’entrecroisent enquête palpitante et méditation profonde sur le pouvoir de la mémoire.

Va par où tu ne sais pas… – Laurence de la Baume –

indexParfois, le hasard des lectures fait qu’elles se répondent. Après avoir lu Homo Deus de Yuval Noah Harari qui pointe du doigt le fait que notre modernité à dissocier le couple Intelligence/Conscience pour ne retenir que la première et mettre aux oubliettes la seconde, j’attaquais le livre de Laurence de la Baume (grâce à Babelio et aux éditions Massot), qui elle, témoigne de sa découverte personnelle de niveaux de conscience méconnus.

Car c’est bien d’un témoignage dont il s’agit dans Va par où tu ne sais pas…, bien plus que d’une démonstration ou d’une vulgarisation de thèses scientifiques actuelles qui confirmeraient l’existence de phénomènes liés à la conscience permettant à l’être humain de connaître le monde d’une manière différente, plus immanente et intuitive.

index2J’ai aimé découvrir son parcours et son cheminement : elle qui se définit « cartésienne » va faire l’expérience d’un état de conscience modifiée (comme lors d’une NDE – Near Death Experience – : décorporation, sensations accrues et sur-développées…) à la suite d’une rencontre avec Mudrooroo (romancier australien se disant aborigène) lors d’une interview pour une de ses émissions sur Arte.

Fascinée et à la fois déstabilisée, Laurence de la Baume se met en quête d’en apprendre plus sur ces phénomènes et nous fait partager ses découvertes :

– la Conscience (sorte d’hologramme cosmique) existerait hors du cerveau, dans un au-delà de l’espace-temps dans lequel elle reviendrait lors de la naissance et repartirait à la mort.
– Il y aurait 3 niveaux de conscience :
la conscience d’éveil (celle des perceptions sensorielles), la conscience intuitive (celle de la méditation, au delà des perceptions sensorielles) et la conscience suprême, celle qu’il nous reste à acquérir, qui est connaissance, puissance, amour, équilibre, lumière…
– Notre cerveau n’en serait donc qu’un récepteur et non l’origine. Il faut donc apprendre à se reconnecter à ces différents états de conscience (trouver la bonne fréquence) pour recevoir et comprendre l’information contenue dans ce champ énergétique de l’univers qui, sans cela, nous reste invisible.
– et d’autres concepts tels le champ akashique, le plenum cosmique, la comparaison de la conscience à un hologramme cosmique, … pour lesquels j’avoue, je n’ai pas su saisir exactement ce qu’elle voulait dire. Est-ce mon manque de connaissance ? son manque de clarté ? le fait que je ne sois pas une lectrice avertie de ces idées ? Sûrement un peu tout cela à la fois…

champakashique

Si vous n’êtes pas conscient que nous sommes tous connectés, vous vous malmenez les uns les autres. Vous maltraitez la nature et la planète sur laquelle nous vivons. Donc, il faut que nous changions de conscience pour changer le monde. Et changer de conscience signifie s’ouvrir à de nouvelles possibilités, se changer soi-même.

Là où la modernité fait le pari de l’intelligence, Laurence de la Baume choisit celui de la conscience. Dire cela a été pendant longtemps faire preuve de croyance. Or, elle nous parle de découvertes scientifiques, de la physique quantique avec notamment la théorie de la relativité, qui viendraient soutenir et accréditer ces phénomènes. J’aurais souhaité une démonstration claire et argumentée qui m’aurait permise d’appréhender totalement son propos. Mis à part cela, ce livre aura su attiser ma curiosité sur la possibilité non seulement de comprendre le monde d’une manière autre que rationnelle, mais aussi de vivre et de se concevoir différemment…

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4ième de couv :

 » Des sagesses ancestrales à la science de demain, un voyage initiatique aux limites du réel, du temps et de la matière… « 
 » Un éclairage humaniste sur certains des plus grands concepts de notre temps !  » G. F Smoot, Prix Nobel de physique, 2006
Une narrative non fiction mêlant une expérience hors du corps à une enquête approfondie sur l’existence d’un autre niveau de conscience qui nous permettrait de vivre mieux

En 1996, la journaliste Laurence de la Baume, auteure dans l’émission  » Metropolis  » sur Arte, interviewe Mudrooroo, un écrivain aborigène qui se révèle être un  » chaman « . Le soir même,  » en contactant ses ancêtres « , il provoque chez elle une expérience qui va bouleverser sa vie. Elle découvre qu’il existe un autre niveau de réalité. Une  » conscience  » au-delà de notre conscience habituelle.
Laurence décide alors de partir à travers le monde, à la rencontre des plus grands spécialistes de la conscience et des scientifiques d’avant garde ouvrant de nouveaux territoires à la compréhension du réel. Au cours de ce véritable voyage initiatique qui durera plus de 10 ans, ces chercheurs lui confirmeront que nous sommes dotés de capacités extra-sensorielles qui nous relient à l’univers.
Dans ce livre, nous suivrons pas à pas les découvertes du cardiologue Pim van Lommel, spécialiste des  » expériences aux frontières de la mort « , pénétrerons le mystère des  » champs akashiques  » avec le philosophe Ervin László. Nous découvrirons les états modifiés de conscience grâce à la méthode du psychiatre Stanislav Grof et les traces de lumière dans nos corps avec le biophysicien Fritz-Albert Popp. Nous évaluerons notre part de  » libre-arbitre  » avec le physicien Philippe Guillemant, sur le chemin des  » synchronicités  » qui peuvent changer nos vies. Nous irons vérifier la flèche du temps avec George Smoot, le Prix Nobel de Physique 2006. Et en écho à toute cette science, nous découvrirons le  » travail cellulaire  » de Satprem, sur les traces du visionnaire indien Sri Aurobindo et de la Mère, nous capterons des  » voix inexpliquées  » grâce au Père François Brune témoin des communications instrumentales avec  » l’au-delà « .

Akago, Ma vie au Groenland – Nicolas Dubreuil –

51vsynAVF1L._SX195_S’il y a un endroit où je ne souhaiterais pas vivre, c’est bien le Groenland ! J’ai déjà du mal à supporter les températures hivernales de mon Jura, alors un petit moins quarante, même avec un beau soleil, ce n’est pas pour moi… Mais cela ne m’a pas empêché d’adorer Akago, Ma vie au Groenland de Nicolas Dubreuil. Lui, le monde polaire, il en rêve depuis qu’il est môme !

Il nous raconte la vie de ce petit village le plus reculé du Groenland, Kullorsuaq, à l’entrée de la baie de Melville où il vit maintenant 8 mois par an, dans une maison rafistolée de bric et de broc, qu’il a achetée autour d’un café, en moins de temps qu’il lui a fallu pour le boire.

Au Groenland, la terre n’est la propriété de personne. Une maison s’acquiert comme on achète un canapé.

Même si je savais que les Inuits ne vivaient plus dans les igloos, et que le Ski-Doo a remplacé en grande partie le traîneau, j’ai été surprise de découvrir à quel point, jeunes et vieux, sont rodés aux technologies les plus modernes. J’étais loin de deviner la place que prenaient la play station, FaceBook et le téléphone portable dans les foyers et beaucoup d’autres choses que je vous laisse découvrir… Tout m’a plu dans ce livre. Même le chapitre sur la partie de football m’a scotchée. Et vu le peu d’intérêt que j’ai pour ce sport, ce n’est pas rien…

Et ce pari fou d’emmener deux de ces meilleurs amis de Kullorsuaq à Paris ! Ces pages sont magnifiques et leurs réflexions devant la découverte de notre monde sont tellement surprenantes, belles et candides qu’elles ne pourront vous laisser indifférents.

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Nicolas Dubreuil nous fait partager également leur vision du réchauffement climatique, la manière dont ils abordent l’existence des gisements colossaux de pétrole présent dans les sous-sols du pays et ce qui est en jeu, pour les groenlandais, dans la possibilité ou non, de pouvoir l’extraire…  Et c’est loin d’être ce que nous occidentaux, nous imaginons.

Sans doute ai-je conservé une vision idéaliste, toujours en lune de miel avec cet univers qui n’est pas le mien, malgré vingt cinq ans de vie commune. D’ailleurs,  combien de Groenlandais rêvent en retour de notre monde, avec la même candeur que celle qui était la mienne à l’égard de leur pays à mes débuts ?

Ce livre fut un superbe voyage que je ne peux que vous recommander…

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4ième de couv :

Depuis plus de vingt ans, Nicolas Dubreuil passe chaque année près de huit mois dans le Grand Nord. Sa terre de prédilection: Kullorsuaq, le village le plus extrême du Groenland. Au fil de ses aventures, « Niko », comme l’appellent ses copains inuits, y a noué des liens uniques avec ces chasseurs d’ours, de phoque ou de narval. C’est là aussi qu’il a construit sa maison.
L’explorateur nous fait partager son quotidien aux côtés d’Ole, son meilleur ami à l’âme rêveuse, ou de Pita, un tueur d’ours à la dure qui n’hésite pas à faire dix jours de traîneau pour retrouver sa belle. Un univers chaleureux et déjanté, rythmé par des parties de foot endiablées ou des selfies sur Facebook, loin des clichés habituels sur ces peuples.
Réchauffement climatique, ruée vers le pétrole, jeunesse perdue… Aujourd’hui, Kullorsuaq se retrouve face à son destin. Entre situations désopilantes et vives inquiétudes, Nicolas Dubreuil raconte avec humour, à hauteur d’homme, ces bouleversements qui nous concernent tous.

Manifeste Incertain 5 – Frédéric Pajak –

indexVincent Van Gogh. Depuis des années, je lis, regarde, cours après tout ce qui parle de lui. Avec parfois de beaux coups de cœur et quelques déceptions. Et puis j’ai découvert le Van Gogh de Frédéric Pajak… Là où d’autres nous offre leur érudition, lui nous prend par la main et nous donne à voir, à aimer, cet être saugrenu, un peu barré, un peu illuminé, qui deviendra, à force de passion et d’acharnement, le peintre que nous admirons. Ce n’est pas un critique qui parle, c’est avant tout un artiste, qui laisse le mythe de côté pour évoquer le peintre en devenir et sa fragile humanité. Peut-être est-ce ce qui fait la différence ? Pajak a en plus des mots, son trait d’encre noire pour nous livrer son Van Gogh. Il remet l’homme au centre de sa création. Cet homme hors norme, un peu fou, avec ce désir d’absolu et cette intransigeance qui va le conduire à ne jamais abandonner cette quête du trait, du rendu parfait, non de la réalité, mais de ce qui est vu !

Il voudrait pouvoir dessiner en quelques traits ; il voudrait croquer les passants dans les rues et sur les boulevards, et explorer ainsi des motifs nouveaux.

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Toute œuvre nouvelle balbutie longtemps avant d’exploser à la face de ses voyeurs. Vincent est en grand apprentissage ; jeté au milieu des peintres de la peinture nouvelle, il cherche sa propre éloquence.

C’est ce cheminement auquel nous invite Frédéric Pajak, des mineurs du Borinage aux paysans, en passant par la capitale de France, pour finir par l’explosion des couleurs du midi et l’accablement devant cette tâche immense !

Comme Van Gogh qui peint sans se préoccuper de ce qui plaît, se vend, s’expose, Pajak suit son bonhomme de chemin avec son Manifeste Incertain en racontant et croquant ce qui lui importe et non ce qu’un éditeur attend de lui. L’histoire nous montre que c’est souvent le meilleur moyen de ne pas vivre de son art. Mais qu’importe… Ce n’est tout compte fait pas un choix, mais une nécessité !

Je me suis souvent demandée, si j’avais été une de ses contemporains, quel accueil j’aurai réservé à Van Gogh ? Aujourd’hui, tout le monde, à la quasi unanimité, s’extasie sur son travail d’artiste, ses œuvres et connaît plus ou moins sa vie : de ses accès de folie, sa relation fraternelle indestructible avec Théo, à son oreille coupée et sa mort tragique.
Van Gogh, c’est un mythe : celui de l’artiste sans le sou, qui meurt dans un dénuement terrible alors que les ventes de ses peintures s’élèvent actuellement à des millions de dollars… Combien d’entre nous aurait donné 10 francs pour l’achat d’une de ses croûtes ? Combien d’entre nous s’attardent aujourd’hui dans les ateliers ou expo d’artistes et sortent quelques billets pour l’achat d’une œuvre d’un(e) illustre inconnu(e) mais qui peut-être… ? Je crois que là on tient un début de réponse…

Bien sûr, tous ne seront pas Van Gogh, mais à combien donnons-nous la chance les moyens de pouvoir continuer de créer ?

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4ième de couv
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En découvrant le roseau de Camargue à Arles en 1888 — deux ans avant sa mort —, Vincent Van Gogh révolutionne l’art du dessin, en même temps qu’il introduit dans sa peinture une gestuelle directement transposée de ce trait nouveau.

Le dessin et la peinture ont été pour lui, on le sait, un véritable chemin de croix, depuis ses premières esquisses malhabiles jusqu’à ses œuvres flamboyantes. Dix ans d’acharnement qui le conduisent d’un médiocre talent au génie le plus incontestable. Dans ce cinquième Manifeste incertain, Frédéric Pajak se propose de retracer scrupuleusement l’errance solitaire de Vincent, de sa Hollande natale jusqu’à Auvers-sur-Oise, en passant par Londres, le Borinage, Paris, Arles et Saint-Rémy.

Errance existentielle, errance artistique, cette biographie écrite et dessinée met l’accent sur des épisodes peu connus ou mal interprétés de sa vie, notamment de son enfance. La légende de Van Gogh est ici examinée, en particulier son supposé suicide, revu à la lumière du témoignage tardif d’un meurtrier présumé.

Black Museum – Alexandre Kauffmann –

indexQue dire ? J’attendais beaucoup de ce livre. J’aurais aimé n’en dire que du bien, mais voilà, j’avoue qu’en toute honnêteté, je ressors de cette lecture avec un avis mitigé.

Et pourtant Black Museum est un beau projet : L’auteur se rend chez les Hadzas, un peuple africain qui semble être resté au plus proche du mythe de l’homme « des origines », avec tout ce que cela comporte de fantasmes et de préjugés, dans le but de faire paraître un article sur eux. Il sait qu’un grand anthropologue a déjà publié une thèse fort remarquée sur ce clan, qu’il a lue et connaît sur le bout des doigts… mais il souhaiterait livrer une image plus fidèle, plus vraie, de ce que sont ces hommes, sans dénaturer et réinterpréter leur vie.

Cela ne va pas être si simple…

Alexandre Kauffmann nous apparaît souvent désabusé par cette mission et l’ampleur de la tâche : comment rentrer en contact avec les Hadzas ?

« Le mystère de la société hadza, je l’avais approché avec naïveté. Comment faire autrement ? Personne ne savait au juste d’où venaient ces nomades et où ils allaient. Les archers pouvaient être d’anciens agriculteurs ruinés par les sécheresses, des pasteurs privés de bétail qui avaient gagné le bush pour fuir leurs créanciers, ou les descendants d’un peuple lointain à la rechercher d’une terre d’asile. »

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Comment ne pas être dupe de la comédie qui se joue devant ses yeux ? Que penser de ce tourisme organisé qui offre aux étrangers une mise en scène théâtrale, leur donnant à voir ce qu’ils étaient venus chercher : un spectacle exotique entre dépaysement et mythe occidental du « bon sauvage » ?

« Pour résumer le tableau de la rivière Barai : des crève-la-faim vendaient des visites truquées chez d’autres crève-la-faim à des étrangers qui auraient mieux fait de rester chez eux. »

Est-ce que ce reportage vaut tous les efforts qu’il pressent devoir faire et pour atteindre à quoi ? Une vérité ? Est-ce que tout récit de ce genre n’est pas, quoi qu’on y fasse, une fiction, une ré-écriture de ce qu’ « on » a décidé de nous donner à voir ? À quoi bon s’acharner et se battre contre des moulins à vent, là où il pourrait rédiger de son hôtel un condensé de toutes ses notes et recherches, agrémenté de deux, trois photos et anecdotes, et le tour serait joué. Les lecteurs n’y verraient que du feu. Fake news !

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Même dans ses désillusions et dans ce qui a vraiment nuit à ma lecture, il est fidèle en quelque sorte à ce projet d’écriture. Est-ce que le fait d’entrecouper son récit de ses réflexions sur sa co-locataire, avare et manipulatrice, la façon dont il prévoit de la congédier et d’autres réflexions du même acabit, ne serait pas une manière de nous montrer à nous lecteurs, le côté blasé du journaliste, qui même dans les plus beaux coins du monde, n’arrive pas à se poser, à décrocher de ses considérations matérielles pour tout simple dire « Waouhh ! » ? Si c’est le cas, chapeau bas ! On n’a qu’une envie c’est de lui demander de nous laisser sa place, car non, nous « Monsieur », on ne ferait pas la fine bouche… Si ce n’est pas le cas, et bien, je dois dire que je me suis souvent retrouvée dans la situation qu’il met en scène où, à son retour en France, il pollue tout son entourage avec ses récits sur les Hadzas :

« Même ma mère, pourtant patiente avec son fils, se raidissait quand j’abordais le sujet : « Non, disait-elle avec une lueur d’effroi dans les yeux, pas les chasseurs-cueilleurs ! »

Et moi de me dire : « Non, pas la colocataire !! »