Les passeurs de livres de Daraya – Delphine Minoui –

Ce n’est pas que je n’ai pas envie d’aborder cette thématique si forte, de la littérature, de la lecture qui sauvent les hommes, de cette formidable entreprise qui consiste à construire une bibliothèque sous les bombes, avec les livres extraits des décombres, des flammes… Décrire à quel point, ce lieu de culture et de loisirs devient ici un lieu de survie, de résistance, une petite bulle protectrice où se poser pour reprendre pied, continuer la lutte, rêver à un pays libre et éclairé… jusqu’à devenir un symbole. Non, ce n’est pas cela.

C’est que j’aimerai évoquer Shadi, Ahmad, Omar, Hussam, les femmes de Daraya et tous les autres qu’on nous présentent la plupart du temps comme des terroristes vivants dans l’obscurantisme et dont la seule motivation serait de détruire le régime de Bachar-al-Assad pour instaurer une gouvernance religieuse et intolérante. Ces dangereux rebelles qu’il faut à tout prix écraser dans un conflit qu’on évoque le plus souvent uniquement comme une guerre contre le terrorisme. 

Delphine Minoui évoque de front cette question  avec Ahmad :

La question djihadiste me taraude. A Damas, la télévision pro-régime Al-Dounia ne cesse de proférer la même rengaine : Daraya est un nid de terroristes. Il faut les éliminer. En découdre pour de bon. Le mensonge d’Etat, fidèle à la fabrication d’un récit officiel, ne fait aucun doute. Je souhaite pourtant en avoir le cœur net : la banlieue de Daraya héberge-t-elle, oui ou non, des terroristes islamistes, fussent-ils en minorité ?

La réponse d’Ahmad est honnête et lucide. Si la jeunesse s’est laissée séduire dans un premier temps par cette idée de l’islam comme étendard, une façon de dire non à un régime castrateur, elle a pour la plupart vite découvert le vrai visage sous le drapeau noir : les attentats-suicides, la terreur imposée dans les territoires tombés sous leur contrôle, l’assassinat de combattants de l’Armée syrienne libre, … 

Dans les passeurs de livres de Daraya, je ne les ai pas trouvés, ces djihadistes ivres de Dieu. J’ai découvert de jeunes hommes qui se battent, pas seulement « contre », mais pour :

– pour le droit de s’exprimer et de vivre autrement ; 
– pour la liberté – celle de penser, de dire, d’apprendre, lire et enseigner autre chose que ce qui est convenu et étiqueté politiquement acceptable par le système ;
– pour l’instauration d’une démocratie et donc pour une révolution – politique, culturelle, sociale… ; 
– vivre autrement, puis vivre tout court ;
– …

Je ne suis pas en train de vous dire que Daraya est pure de tout terroriste islamiste. Je vous fais partager cette découverte bouleversante de ces jeunes en lutte, de ces 47 femmes signant cette missive collective : cri de détresse lancé à la face du monde occidental qui s’en fout, noyé dans ses propres préoccupations et qui regarde tout cela de bien loin…

JE regardai tout cela de bien loin. Maintenant, je ressens les choses autrement. J’essaie de ne pas tomber dans la pensée unique, de ne pas laisser ce voile de l’esprit tomber devant mes yeux pour enfin essayer de penser différemment ce conflit. Les passeurs de livres de Daraya - Delphine Minoui -Daraya n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Damas, la Syrie, aux portes de la Turquie où vit Delphine Minoui – quelle femme et quelle journaliste ! Qu’il serait salutaire qu’on donne à de telles personnes la parole plus souvent, autrement que brièvement sur la 5 ou Arte. Si vous ne devez lire que quelques pages des passeurs de livres, lisez les pages 92 à 95. Elles touchent au cœur, à un essentiel. Je les publierai sur mon blog. Plus qu’une citation, ce sera un extrait. Tant pis. Je ne force personne à le lire. 

Ce leitmotiv de Bachar-al-Assad – « Moi ou le Chaos » -, je ne veux plus le voir comme la moins mauvaise des solutions à ce conflit. Je veux le voir comme ce qu’il est réellement : une carte blanche laissée au tyran pour anéantir tout ce qui s’oppose à lui. Fût-ce son propre peuple…

De Daraya, ce sont ces images-là que je veux conserver en mémoire, a-t-il insisté. Celle d’un groupe uni, soudé. D’une envie commune de construire l’avenir. De défendre de nouvelles idées. Nous ne faisions qu’un. Une ambiance de solidarité, de camaraderie. Une expérience unique qui aurait pu servir de modèle à d’autres villes. Daraya, ce n’est pas seulement un lieu, c’est un esprit.


Disponible en replay sur France5 ou sur Youtube

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4ème de couv : 

De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Delphine Minoui est grande reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient. Prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak, elle sillonne le monde arabo-musulman depuis 20 ans. Après Téhéran, Beyrouth et Le Caire, elle vit aujourd’hui à Istanbul, où elle continue à suivre de près l’actualité syrienne. Elle est également l’auteur des Pintades à Téhéran (Jacob-Duvernet), de Moi, Nojoud, dix ans, divorcée (Michel Lafon), de Tripoliwood (Grasset) et de Je vous écris de Téhéran (Seuil).

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Ma vie balagan – Marceline Loridan-Ivens –

Voilà ! Ça c’est dit ! Maintenant vous pouvez ouvrir ce livre et mesurez la force incroyable de ce petit bout de femme ! Elle en a fait grincer des dents, Marceline, jamais la langue dans sa poche, toujours un mot plus haut que l’autre. Rebelle et indignée. C’est peut-être cela sa revanche, prendre toutes les libertés, même et surtout, celles qu’on lui refuse… 

Elle évoque ses souvenirs, les hommes de sa vie, ses combats et bien sûr les camps. C’est une révoltée, une rebelle, Marceline. Insaisissable, toujours en mouvement : une valise toujours  prête au cas où, ses marches folles jusqu’à l’épuisement et ce désir de foutre le camp !  Oui, foutre le camp, comme dit Myriam dans la petite prairie aux bouleaux, ce film qu’elle a tourné avec Anouk Aimée que j’aimerai tant découvrir… Et cette femme après la projection qui lui demande si elle en a fait exprès d’utiliser cette expression « foutre le camp ». Vous vous rendez compte ? Non elle ne s’était pas rendu compte… 

Ma vie balagan - Marceline Loridan-Ivens -

On connait tous son amitié pour Simone Veil : les pages qu’elle lui consacre sont emplies de sobriété et de pudeur. On y découvre Simone comme elle aimait la raconter. Et d’autres anonymes également, auxquels elle tente de rendre justice, avec cette peur et cette tristesse que sa mémoire n’y suffise plus… 

L’âge lui vole ses souvenirs, elle s’en plaint à la fin du livre, mais certainement pas sa détermination et son indignation ! Ma vie balagan n’est pas un mémorial où reprendrait vie ceux qui ne sont plus, Ma vie balagan est une formidable ode à la  vie, à la détermination et à cette ténacité qui fait que vivre, c’est ne rien lâcher, ne pas plier. Tenir bon ! Toujours !  

Je pense que la mort arrive à un moment du chemin où ça va comme ça. Ça suffit. Mais je n’en suis pas sûre non plus. Il y a des gens qui ont très peur de mourir. Moi, je ne peux pas dire que je n’ai pas peur. J’aimerai encore simplement être. C’est tout. Pas faire. Être. 

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4ième de couv : 

Le matin de ses soixante-dix-huit ans, Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, calcule que 7 et 8 font 15 : quinze ans, son âge lors de sa déportation au camp d’Auschwitz-Birkenau. Elle contemple les objets de sa maison, qui réveillent en elle des fragments de sa vie faite de désordres, de révoltes, de provocations et d’engagements sur les marges du monde… 1945 : revenue d’Auschwitz détruite à mort, Marceline se lance dans la vie comme si elle n’avait plus rien à perdre. Elle hante les nuits bleues des caves de Saint-Germain-des-Prés, entre au PC, claque la porte, porte les valises pour le FLN, s’engage pour l’avortement – elle est de tous les combats. Et rencontre le grand cinéaste Joris Ivens ; la voilà avec lui au Vietnam sous les bombardements, à Pékin pendant la Révolution culturelle… Une grande histoire d’amour et de cinéma commence. Simone Veil, son amie pour la vie, se rappelle que même à Auschwitz Marceline racontait des histoires drôles. Une façon pour elle de survivre à la souffrance omniprésente du souvenir. Ainsi se reconstruit à la première personne, sur une mémoire fuyante et une force de vie contagieuse, la légende intime de Marceline Loridan-Ivens, que le feu des nazis n’a pas pu anéantir.

Le deuil de la mélancolie – Michel Onfray –

Le deuil de la mélancolie - Michel Onfray - Michel Onfray a écrit le contenu de ce livre  « à chaud » avec son iPhone, sur son lit d’hôpital. Il a fait le choix de ne rien retoucher de ce qu’il a inscrit, pensé à ces instants. Il relate son AVC et comment plusieurs médecins et spécialistes sont passés « à côté », la vie sauve qu’il doit à la notoriété qui aide à passer des examens décisifs dans la journée alors que pour tout un chacun il faut se résoudre à attendre plusieurs jours. On ne les a pas toujours.

Dans un premier temps, je l’ai trouvé vraiment sévère avec le corps médical (nous connaissons tous la situation de l’hôpital public. Qui n’a pas dans sa famille, ses connaissances, un infirmier, une anesthésiste, ou tout autre spécialiste qui nous en raconte « de bonnes », souvent à la limite de l’invraisemblable ?). On réclame l’indulgence. Mais quand cela nous concerne, ce n’est pas tout aussi simple. Alors, réflexion faite, je comprends sa colère : ce n’est pas tant l’erreur de diagnostic qui le fait bondir, mais le fait que les médecins concernés n’aient pas accepté s’être trompés. Beaucoup de vanité dans les réponses qui lui ont été faites. Je vous laisse juge.

Cet AVC il en connait la cause. La mort de sa compagne Marie-Claude. Ses réflexions m’ont beaucoup touchée. Il n’y a plus de philosophe, plus d’homme de lettres, prompt à analyser, décortiquer pour penser et agir. Il n’y a qu’un homme qui souffre, qui ploie sous le chagrin, l’incompréhension et le déni…

Ce qu’il dit, toute personne confrontée à la maladie et la mort l’a vécu ; je n’aurais pas pensé qu’il soit, lui aussi, confronté à l’éloignement des proches et amis. J’imaginais bêtement que la notoriété avait cet avantage de se sentir entouré. Oui, mais que pour le bon. Pas pour tout le reste…
Sommes-nous si peu à avoir le courage de tenir une dernière fois la main d’un ami qui s’en va, d’accompagner celui ou celle qui reste seul, écrasé par le désespoir et la tristesse ? Pourquoi si peu pleurent avec nous ? Une constante de la nature humaine, sans doute…

Le deuil de la mélancolie, c’est de savoir vivre après. Mais pas que.

Vivre n’est pas prendre soin de soi, ce qui est une affaire d’infirmerie ou d’hospice et relève d’une morale de dispensaire : vivre c’est prendre soin de ceux qu’on aime…

Vivre en étant à la hauteur de ce qu’elle fut : un modèle de rectitude, de droiture, de justesse et de justice, de générosité, de bienveillance et de douceur, de force discrète et de courage modeste. J’avais eu mon père comme premier modèle d’héroïsme simple et réservé ; j’ai eu Marie-Claude comme second modèle pendant presque 37 ans. C’est déjà une grande chance, une immense chance. Merci pour ce cadeau. Je te suivrai un temps, mais l’éternité du néant nous réunira.

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4ième de couv :

J’ai subi un infarctus quand je n’avais pas encore trente ans, un AVC quelque temps plus tard, puis un deuxième en janvier 2018. Nietzsche a raison de dire que toute pensée est la confession d’un corps, son autobiographie. Que me dit le mien avec ce foudroiement qui porte avec lui un peu de ma mort ?
La disparition de ma compagne cinq ans en amont de ce récent creusement dans mon cerveau, qui emporte avec lui un quart de mon champ visuel, transforme mon corps en un lieu de deuil.  » Faire son deuil  » est une expression stupide, car c’est le deuil qui nous fait.
Comment le deuil nous fait-il ? En travaillant un corps pour lequel il s’agit de tenir ou de mourir. Un lustre de mélancolie ou de chagrin porte avec lui ses fleurs du mal.
Ce texte est la description du deuil qui me constitue. Faute d’avoir réussi son coup, la mort devra attendre. Combien de temps ? Dieu seul (qui n’existe pas) sait… Pour l’heure, la vie gagne. Ce livre est un manifeste vitaliste.

Le sillon – Valérie Manteau –

Agos - pour Idil - 20/11 : Midi. Il est dans ma boîte aux lettres. Très vite dans mes mains. Je picore plus que je ne mange et commence à lire : Istanbul, la place Taksim, le parc Gezi, Recep Erdogan et la démocratie étouffée dans la violence, la guerre, les réfugiés à la frontière… je pars travailler sur ces derniers mots les turcs, les Kurdes, les Syriens, les travailleurs pseudo-humanitaires, ils peuvent tous crever dans leur croissant fertile de merde : cette terre est maudite, sauve qui peut.
Mais pour aller où, Sara ?

22h00 : Je sais que ce n’est pas raisonnable, mais je le reprends et continue à lire. Que peut-on faire pour la liberté, pour l’art, pour l’amour ? C’est une question simple, non. Je suis les pas de Valérie Manteau, son style me surprend. Je bute sur les phrases, ne sais pas toujours qui parle, je repars en arrière, reprend ma lecture, j’essaie de ne pas les perdre, ces petites voix qui s’entremêlent, s’entrechoquent. Et puis, très vite, c’est là ! Ce rythme, cette respiration. Je marche maintenant côte à côte avec elle. Nous partageons la même foulée, dans les rues d’Istanbul qui nous conduisent au Muz, dans les escaliers qui mènent à son appartement, celui de son amant turc.

Le sillon - Valérie Manteau -

Je ne sais toujours pas comment prononcer Hrant. Des phrases de lui, tracées dans de la terre pigmentée d’Anatolie. Je l’imagine, cette femme, mouvements amples et lents, la tête haute, déterminée à ne rien lâcher. Car céder, c’est mourir encore un peu…
Je m’arrête sur l’origine d’un slogan politique que j’exècre « Tu l’aimes ou tu la quittes ». De quelle tombe crois-tu que Sarkozy a exhumé ce refrain ? Et c’est déjà le petit matin. Je m’endors en colère…

21/11 : Quelques pages au petit déjeuner avant d’aller bosser. Et ce repas entre collègues à midi, où je leur parle de Sarko, du slogan, du karcher… et tout le monde s’en fout ! L’indifférence, c’est ce qui nous perdra. Tous !
Rentrée tard ce soir, mais pas prête à le lâcher, je reprends le sillon. Tu vas écrire sur Hrant alors ? (…) Si tu veux mon avis (je fais non de la tête) tu n’as pas besoin de ce détour pour comprendre ce qui nous arrive, tu pourrais aussi bien le voir directement. Au lieu de quoi tu ajoutes des écrans de morts aux vivants pour te planquer, tu n’iras nulle part avec tous ces boulets au pied. Mais précisément, je dis, je ne veux aller nulle part. Je reste ici.

Je reste aussi. Bien planquée dans ma petite vie… mais je te suis. Ton indignation est la mienne : Anna, cette petite robe jaune fluo. Je la porte aussi, elle gonfle et gronde. il gueule d’un coup très fort, fous le camp maintenant, tu ne comprends rien et tu ne nous aides pas.
Comprendre, j’essaie. Mais c’est pas simple, vu d’ici. Merci à toi, Valérie, de me parler de là-bas, comme personne encore ne l’a fait…

Le sillon - Valérie Manteau - 22/11 : Mais pourquoi tu vas raconter tout ça ? Tu écris comme on appelle un soir de panique face au drame – cette liberté qu’on emprisonne, ces vies qu’on écrase – lucide et claire, pour que je puisse comprendre, attraper cette main tendue, mais avec cette voix saccadée du souffle coupé. L’émotion. Valérie, tes phrases sont des respirations. Une urgence de dire et de donner à entendre. Mais que nous sert d’entendre si nous ne savons pas écouter ?
Je veux retenir tous ces noms, ces anonymes, ces écrivains, ces journalistes, qui résistent et tremblent. Asli et tous les autres…
J’arrive sur les dernières pages.

Ne plus pouvoir lire
La gorge serrée
Mais continuer à écrire

23/11 :

Hrant Dink. Mort assassiné par balle le 19 janvier 2007 devant son journal, Agos, à Osmanbey, quartier animé de la rive européenne d’Istanbul. Abattu par un jeune nationaliste de dix-sept ans qui a voulu débarrasser le pays de cet insolent Arménien, « l’ennemi des Turcs ».

Les mots suffoquent-ils
encore sur le papier froissé ?

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4ième de couv :

 » Je rêve de chats qui tombent des rambardes, d’adolescents aux yeux brillants qui surgissent au coin de la rue et tirent en pleine tête, de glissements de terrain emportant tout Cihangir dans le Bosphore, de ballerines funambules aux pieds cisaillés, je rêve que je marche sur les tuiles
des toits d’Istanbul et qu’elles glissent et se décrochent. Mais toujours ta main me rattrape, juste au moment où je me réveille en plein vertige, les poings fermés, agrippée aux draps ; même si de plus en plus souvent au réveil tu n’es plus là.  »

Récit d’une femme partie rejoindre son amant à Istanbul, Le Sillon est, après Calme et tranquille (Le Tripode, 2016), le deuxième roman de Valérie Manteau.
Prix Renaudot 2018

La Route chante – Lhasa de Sela –

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J’ai encore souvenir de la première fois où j’ai entendu sa voix. Ce que je faisais. Où j’étais. Cette silhouette gracile, fragile et cette chanson envoûtante au timbre inimitable. C’était la confession.

Je ne veux pas me souvenir du jour où j’ai appris sa mort. Il y a des artistes qui ne quittent jamais vraiment la scène. Lhasa de Sela est de ceux-là. Elle arrivait doucement, timide, le sourire aux lèvres, souvent habillée de noir, ses musiciens à ses côtés, et la magie opérait dans l’instant.

Je passe dans cet endroit, je ne le reverrai plus, mais pour pour cet instant c’est chez moi, c’est l’endroit où je suis, où mon cœur bat, c’est mon pays, et c’est ma vie.

Textuel Musik lui a laissé carte blanche dans ce petit livre : une belle façon de la découvrir et de s’émerveiller de toute la diversité, la richesse de son univers.

Écrire une chanson, c’est comme trouver une trame, un fil magique qu’on suit.

Lhasa en a fait un objet d’art entre carnet de route et journal intime. Elle nous dévoile son enfance, sa vie de bohème sur les routes du Mexique, des États-Unis, … et cette formidable liberté comme moteur de création.

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J’ai lu ce livre avec des yeux d’enfant, m’émerveillant de ses peintures et dessins au stylo bic, admirative devant son absence de concession dans son processus de création et de sa formidable capacité à aimer et partager.

La Llorona, qui figure sur la pochette du disque, est de ma main. J’avais besoin de mettre le doigt sur ce personnage de pleureuse, de le voir représenté.

Il n’y a pas chez elle de frontière entre l’art, la joie, la souffrance, la vie (vraie ou rêvée)… tout cela est à la fois esprit et matière. Tout cela fait ce qu’elle est et ce qu’elle nous offre en partage.

Tout est vivant, il faut faire attention à ce qu’on créé. Si un jour on donne la vie à ces personnages, et qu’ils se lèvent et se mettent à marcher, comme ils vont m’en vouloir de les avoir si mal dessinés !

Écoutez Lhasa ! Écoutez-la…

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4ième de couv :

Silhouette sombre et gracile, enfance itinérante et identité folâtre, Lhasa raconte ici ses mondes sous forme de contes. Elle livre sa quête : la recherche de l’intensité émotionnelle, la vérité du rêve, ce qui fait signe et ce qui fait sens. Envoûté, vous commencez à voir comme Lhasa voit : le monde nettoyé des frontières où l’animé et l’inanimé, les hommes et les bêtes, les fleurs et le bitume sont du même tissu sans coutures. Ces pages, mystiques sans y songer, où peintures, notes et mots voisinent, nous dévoilent Lhasa, qui nous dévoile le monde.

La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose – Diane Ducret –

indexAttention, si vous ouvrez ce livre, vous allez rire, pleurer, aimer, détester… l’avoir déjà fini ! Voilà ! Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu. Moi, je ne l’étais pas. Je me suis fiée aux couleurs pastel de la couverture, à ce flamant rose-bonbon, si sûr de lui, juché sur une seule pâte. Je ne m’attendais pas à cela : un récit fort, drôle, bouleversant et de surcroît : véridique…

Enaid-Diane Ducret nous livre son histoire, celle d’une enfant qui grandira loin de sa mère, sera élevée par ses grands-parents, dans l’indifférence totale d’un père et qui devra apprendre à vivre et se construire avec cette réalité affective-là ! Ce n’est pas la première, vous me direz, et sûrement pas la dernière et cela n’empêche pas toujours de grandir ! Pas toujours. Mais parfois si… Pour peu que la loi de Murphy s’en mêle et que l’on se retrouve prise au piège d’un engrenage infernal : violence, descente aux enfers, blessures physiques et morales indélébiles, …

Je ne sais pas comment ils vivent, ceux qui n’ont pas songé à mourir au moins une fois, ceux qui n’ont pas pleuré jusqu’à leur bile, ceux qui sont tout de suite heureux.

indexJe voyais Diane Ducret comme une belle femme à qui tout réussit, me demandant quelle bonne fée s’était penchée sur son berceau, jusqu’à ce que je découvre Enaid… À lire, on peut se dire que cela fait beaucoup pour une seule femme, mais je me suis surtout dit « quel talent ! » Elle a su mettre de la distance entre son personnage et elle : on en oublie Diane face à Enaid. Il n’y a aucune lourdeur, aucun artifice et on reste bluffer devant cette progression qui va crescendo et vous fait passer du rire aux larmes en moins de temps qu’il vous faut pour tourner la page, jusqu’à cette fin si belle…

Cela va paraître contradictoire, mais ce livre qui m’a pris aux tripes et fait rouler les larmes sur les joues, m’a donné une formidable envie de vivre, d’être heureuse et de prendre les gens que j’aime dans mes bras. Sans attendre que ce soit la dernière fois…

Ce que tu as vu là… ce n’est pas la vraie vie. C’est une partie de la vie seulement. Les paillettes, Ça ne brille pas… ça ne fait que refléter la lumière produite par d’autres.

Et elle sera belle la lumière d’Enaid ! Même s’il en faudra du temps et des embûches, pour que Diane la laisse enfin s’échapper, la plume glissant sur le papier…

J’écris pour me raconter les histoires que tu ne m’as jamais dites, c’est la seule manière que j’ai trouvée de ne pas être seule. Je raconte les aventures de filles de mauvaise vie, en espérant guérir en moi le vide que tu as laissé.

Encore une belle découverte que je dois aux éditions Flammarion et aux masses critiques de Babelio.

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4ième de couv :

La loi de Murphy n’est rien comparée à la loi d’Enaid : tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera plus mal encore qu’on aurait humainement pu le prévoir. Après avoir été quittée à Gdansk par téléphone, Enaid se rend à l’évidence : les fées qui se sont penchées sur son berceau ont dû s’emmêler les pinceaux. Comment expliquer, sinon, la sensation qu’elle a depuis l’enfance qu’il lui a toujours manqué quelqu’un ? Il y a de quoi se poser des questions quand les parents adoptifs sont en fait les grands-parents, que la mère est danseuse de nuit, que le père change de religion comme de famille, que les bunkers de l’ETA servent d’école buissonnière. Et que l’accident d’un instant devient la fracture de toute une vie? On peut se laisser choir ou faire le saut de l’ange. Être boiteux ou devenir un flamant rose. Sur ses jambes fragiles, tenir en équilibre avec grâce par le pouvoir de l’esprit, un humour décapant et le courage de rester soi.

Intouchable : Une famille de parias dans l’Inde contemporaine – Narendra Jadhav –

sm_cvt_Intouchable--Une-famille-de-parias-dans-lInde-co_3622J’avais 7 ans lorsque j’ai lu mon premier livre sur l’Inde. Sita et la rivière de Ruskind Bond. Cela a été pour moi une révélation et le premier d’une longue liste…
Enfant, la première fois que j’ai rencontré ce mot « intouchable», je pensais que c’était le caractère sacré de cette caste qui faisait son intouchabilité. Puis j’ai découvert que c’était tout le contraire. La caste des intouchables (dalit), est la caste la plus impure de l’Inde. Les chiens et les rats ont plus de valeur que tous ces enfants, femmes et hommes bannis.

Narendra Jadhav est un économiste de formation, qui exerça au sein du FMI et du ministère des finances indiens, et qui est toujours actuellement engagé dans le développement de son pays. Mais pour les indiens, c’est avant tout un dalit qui a réussi à accéder aux plus hautes fonctions. Impossible et impensable il y a encore 50 ans !

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Intouchable raconte la vie de parias de ses parents, sa mère (Sonu) et son père (Damu), et la rencontre qui a bouleversé et changé leur vie : celle de Babasahed Ambedkar.
Babasahed Ambedkar est un intouchable qui a pu bénéficier d’une éducation à l’étranger et qui, revenu dans son pays, s’est battu pour l’abolition des castes et les droits des intouchables, pour leur liberté et leur éducation. Il a participé également avec Gandhi à la lutte pour l’indépendance, ou devrions-nous dire plutôt contre Gandhi, car ils étaient tous les deux, de virulents rivaux, tout en nourrissant l’un pour l’autre un profond respect…

Forts des enseignements de ce maître à penser, Damu et Sonu ont lutté pour leurs droits et pour donner à leurs enfants une éducation leur permettant d’accéder à cet avenir meilleur et ce respect dont ils ont toujours rêvés.
La première partie s’articule sur un récit à deux voix (celle de Damu puis celle de Sonu), qui a le mérite de nous donner 2 visions des choses : celle d’un homme en révolte prêt à tout pour survivre et vivre dignement, dont l’esprit est entièrement tourné vers la réalisation de cet idéal et celle d’une femme, qui malgré le poids des traditions et de la religion, va participer à cette lutte, tout en restant consciente que le combat pour les dalits mené, il en restera toujours un, sans fin, celui pour le droit des femmes.15LRLEAD PIC

Dans la maison, les femmes savent régner
Mais des questions, faut pas s’en poser…
Notre vie, c’est obéir puis crever
Mais le mari, faut jamais le défier
– chanson populaire indienne –

Dans une dernière partie, l’auteur raconte son enfance et sa vision de la vie de ses parents et le parcours qui l’a mené là où il est aujourd’hui.
Un glossaire et un rappel historique sur les intouchables clos ce livre. Il faudrait pouvoir le lire avant pour apprécier d’autant plus le récit qui suit.

J’ai dévoré ce livre. Je trouve qu’il offre une vision forte de l’Inde, des castes et de toute l’ambivalence qui caractérise ce pays. le style est simple mais il n’est de toute façon pas le moteur de la lecture et cela donne un côté authentique, qui fait tout le bonheur de ce récit. de la vie en Inde (à la campagne ou à la ville), on suit le quotidien des femmes, hommes et enfants, rythmé par la recherche d’un travail permettant de gagner quelques roupies voire même quelques paise pour tout simplement espérer manger et donner à manger aux siens. On assiste, au sein des intouchables, à la prise de conscience et à l’éveil d’un sentiment d’injustice et de rejet face à un système et une religion qui les excluent. L’euphorie est vite rattrapée par la réalité et le combat est loin d’être gagné. L’auteur reste lucide sur le chemin qui reste à parcourir et la persistance du système des castes qui régit encore et toujours les relations sociales en Inde.
Sous le vernis de l’évolution, de l’émancipation, restent toujours les traditions millénaires.

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4iéme de couv :

Ce récit, fondé sur une exceptionnelle documentation familiale, raconte une histoire vraie, celle d’une famille d’intouchables vivant dans l’ouest de l’Inde au XXe siècle.Un jour de 1927, Damu, le père de l’auteur, refusant de subir une humiliation de plus, se révolte et, la nuit tombée, quitte le village en compagnie de sa femme Sonu… Commence alors une aventure qui conduit le couple à vivre les situations les plus extrêmes, celles de l’intouchabilité au jour le jour ici et là dans le pays, et à Bombay notamment – misère, violence, mépris -, puis à rejoindre le mouvement de lutte pour l’émancipation dirigé à l’époque par un intouchable formé aux États-Unis, fils des Lumières, le fameux Babasahed Ambedkar, le grand rival de Gandhi dans les années 1930, l’homme qui rendit leur dignité aux misérables. Ce combat est loin d’être achevé aujourd’hui, car si le système des castes a été officiellement aboli en 1950, il continue à prospérer et à régenter la vie des Indiens sous des formes plus ou moins insidieuses, tant en ville qu’à la campagne. Ce dont témoigne aussi cette histoire bouleversante.Lors de sa divulgation en Inde il y a deux ans, ce récit d’aventures a été fêté comme un événement.

Retour à Lemberg – Philippe Sands –

indexQue nous ayons des droits en tant qu’individus et que ces droits ne puissent être bafoués par le gouvernement du pays où nous vivons, nous paraît aujourd’hui allant de soi. C’est l’inverse qui ne l’est pas et nous fait nous insurger, aujourd’hui, contre certains pays où dirigeants au vu de l’actualité du monde : Qui ne s’est pas inquiété pour le sort d’Asli Erdogan, citoyenne turque ? Qui ne s’est pas demandé de quelles armes juridiques la communauté internationale pouvait disposer pour régler certains conflits dans le monde impactant dramatiquement les civils, et quelles étaient leurs réelles portées ?

Et pourtant, ces droits et les revendications qui en découlent sont encore bien récents et fragiles.

Il y a encore quelques décennies, prévalait partout dans le monde l’entière souveraineté de l’État : libre d’emprisonner, tuer, discriminer ses membres, sans avoir aucun compte à rendre… Beaucoup de pays considèrent encore de nos jours que leur souveraineté est au-dessus de tout, et autant aimeraient que le droit international ne sorte pas du monde des idées.

Avons-nous perdu le sens de l’histoire ? Les États veulent-ils vraiment « reprendre le contrôle » ? Une telle reprise du contrôle entraînerait-elle le retour du droit de traiter les citoyens, ou les étrangers, comme il leur plaît, sans qu’ils soient contraints par le droit international ou obligés par la fidélité aux engagements donnés ?

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C’est cette transition et cette lutte pour inscrire dans le droit international, la notion de crime contre l’humanité, et de façon plus difficile encore, celle de génocide, que nous raconte Philippe Sands, juriste spécialisé dans les droits de l’Homme. Là où Retour à Lemberg est original, c’est que cette trame est soutenue par le récit haletant qu’il nous fait des parcours individuels des membres de sa famille (juifs et donc soumis aux lois raciales nazies) et de la ville de Lviv, berceau de ses origines. Il nous embarque littéralement dans cette (en)quête qui va durer plus de six ans. Six années où son chemin va croiser et mettre en perspective les destins passés ou présents de gens aussi divers que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin (créateurs des notions de crime contre l’humanité et de génocide), Niklas Frank (fils du gouverneur-général de la Pologne occupée qui fut un ami et fidèle d’Hitler), les accusés et témoins du procès de Nuremberg en passant par l’histoire de ses grands-parents et de sa mère, sans oublier Miss Tilney.

Ce qui nous hante apparemment, ce ne sont pas seulement les morts, ou les vides que laissent en nous les secrets des autres, ce sont aussi leurs histoires.

De nombreuses photographies illustrent son propos et Philippe Sands nomme, date, cite, inscrivant sans relâche les événements qui font, non seulement sens, mais nous touchent profondément car l’écrire, c’est en laisser trace, ne pas permettre qu’ils s’effacent et que nous les oublions. Et le lire, c’est aussi comprendre pourquoi il n’est jamais vain de connaître nos devoirs et se battre pour nos droits, afin de ne pas un jour avoir à se battre pour nos vies…

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4ième de couv :

Invité à donner une conférence en Ukraine dans la ville de Lviv, autrefois Lemberg, Philippe Sands, avocat international réputé, découvre une série de coïncidences historiques qui le conduiront de Lemberg à Nuremberg, des secrets de sa famille à l’histoire universelle. C’est à Lemberg que Leon Buchholz, son grand-père, passe son enfance avant de fuir, échappant ainsi à l’Holocauste qui décima sa famille ; c’est là que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, deux juristes juifs qui jouèrent un rôle déterminant lors du procès de Nuremberg et auxquels nous devons les concepts de  » crime contre l’humanité  » et de  » génocide « , étudient le droit dans l’entre-deux guerres. C’est là enfin que Hans Frank, haut dignitaire nazi, annonce, en 1942, alors qu’il est Gouverneur général de Pologne, la mise en place de la  » Solution finale  » qui condamna à la mort des millions de Juifs. Parmi eux, les familles Lauterpacht, Lemkin et Buchholz. Philippe Sands transcende les genres dans cet extraordinaire témoignage où s’entrecroisent enquête palpitante et méditation profonde sur le pouvoir de la mémoire.

Va par où tu ne sais pas… – Laurence de la Baume –

indexParfois, le hasard des lectures fait qu’elles se répondent. Après avoir lu Homo Deus de Yuval Noah Harari qui pointe du doigt le fait que notre modernité à dissocier le couple Intelligence/Conscience pour ne retenir que la première et mettre aux oubliettes la seconde, j’attaquais le livre de Laurence de la Baume (grâce à Babelio et aux éditions Massot), qui elle, témoigne de sa découverte personnelle de niveaux de conscience méconnus.

Car c’est bien d’un témoignage dont il s’agit dans Va par où tu ne sais pas…, bien plus que d’une démonstration ou d’une vulgarisation de thèses scientifiques actuelles qui confirmeraient l’existence de phénomènes liés à la conscience permettant à l’être humain de connaître le monde d’une manière différente, plus immanente et intuitive.

index2J’ai aimé découvrir son parcours et son cheminement : elle qui se définit « cartésienne » va faire l’expérience d’un état de conscience modifiée (comme lors d’une NDE – Near Death Experience – : décorporation, sensations accrues et sur-développées…) à la suite d’une rencontre avec Mudrooroo (romancier australien se disant aborigène) lors d’une interview pour une de ses émissions sur Arte.

Fascinée et à la fois déstabilisée, Laurence de la Baume se met en quête d’en apprendre plus sur ces phénomènes et nous fait partager ses découvertes :

– la Conscience (sorte d’hologramme cosmique) existerait hors du cerveau, dans un au-delà de l’espace-temps dans lequel elle reviendrait lors de la naissance et repartirait à la mort.
– Il y aurait 3 niveaux de conscience :
la conscience d’éveil (celle des perceptions sensorielles), la conscience intuitive (celle de la méditation, au delà des perceptions sensorielles) et la conscience suprême, celle qu’il nous reste à acquérir, qui est connaissance, puissance, amour, équilibre, lumière…
– Notre cerveau n’en serait donc qu’un récepteur et non l’origine. Il faut donc apprendre à se reconnecter à ces différents états de conscience (trouver la bonne fréquence) pour recevoir et comprendre l’information contenue dans ce champ énergétique de l’univers qui, sans cela, nous reste invisible.
– et d’autres concepts tels le champ akashique, le plenum cosmique, la comparaison de la conscience à un hologramme cosmique, … pour lesquels j’avoue, je n’ai pas su saisir exactement ce qu’elle voulait dire. Est-ce mon manque de connaissance ? son manque de clarté ? le fait que je ne sois pas une lectrice avertie de ces idées ? Sûrement un peu tout cela à la fois…

champakashique

Si vous n’êtes pas conscient que nous sommes tous connectés, vous vous malmenez les uns les autres. Vous maltraitez la nature et la planète sur laquelle nous vivons. Donc, il faut que nous changions de conscience pour changer le monde. Et changer de conscience signifie s’ouvrir à de nouvelles possibilités, se changer soi-même.

Là où la modernité fait le pari de l’intelligence, Laurence de la Baume choisit celui de la conscience. Dire cela a été pendant longtemps faire preuve de croyance. Or, elle nous parle de découvertes scientifiques, de la physique quantique avec notamment la théorie de la relativité, qui viendraient soutenir et accréditer ces phénomènes. J’aurais souhaité une démonstration claire et argumentée qui m’aurait permise d’appréhender totalement son propos. Mis à part cela, ce livre aura su attiser ma curiosité sur la possibilité non seulement de comprendre le monde d’une manière autre que rationnelle, mais aussi de vivre et de se concevoir différemment…

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4ième de couv :

 » Des sagesses ancestrales à la science de demain, un voyage initiatique aux limites du réel, du temps et de la matière… « 
 » Un éclairage humaniste sur certains des plus grands concepts de notre temps !  » G. F Smoot, Prix Nobel de physique, 2006
Une narrative non fiction mêlant une expérience hors du corps à une enquête approfondie sur l’existence d’un autre niveau de conscience qui nous permettrait de vivre mieux

En 1996, la journaliste Laurence de la Baume, auteure dans l’émission  » Metropolis  » sur Arte, interviewe Mudrooroo, un écrivain aborigène qui se révèle être un  » chaman « . Le soir même,  » en contactant ses ancêtres « , il provoque chez elle une expérience qui va bouleverser sa vie. Elle découvre qu’il existe un autre niveau de réalité. Une  » conscience  » au-delà de notre conscience habituelle.
Laurence décide alors de partir à travers le monde, à la rencontre des plus grands spécialistes de la conscience et des scientifiques d’avant garde ouvrant de nouveaux territoires à la compréhension du réel. Au cours de ce véritable voyage initiatique qui durera plus de 10 ans, ces chercheurs lui confirmeront que nous sommes dotés de capacités extra-sensorielles qui nous relient à l’univers.
Dans ce livre, nous suivrons pas à pas les découvertes du cardiologue Pim van Lommel, spécialiste des  » expériences aux frontières de la mort « , pénétrerons le mystère des  » champs akashiques  » avec le philosophe Ervin László. Nous découvrirons les états modifiés de conscience grâce à la méthode du psychiatre Stanislav Grof et les traces de lumière dans nos corps avec le biophysicien Fritz-Albert Popp. Nous évaluerons notre part de  » libre-arbitre  » avec le physicien Philippe Guillemant, sur le chemin des  » synchronicités  » qui peuvent changer nos vies. Nous irons vérifier la flèche du temps avec George Smoot, le Prix Nobel de Physique 2006. Et en écho à toute cette science, nous découvrirons le  » travail cellulaire  » de Satprem, sur les traces du visionnaire indien Sri Aurobindo et de la Mère, nous capterons des  » voix inexpliquées  » grâce au Père François Brune témoin des communications instrumentales avec  » l’au-delà « .

Akago, Ma vie au Groenland – Nicolas Dubreuil –

51vsynAVF1L._SX195_S’il y a un endroit où je ne souhaiterais pas vivre, c’est bien le Groenland ! J’ai déjà du mal à supporter les températures hivernales de mon Jura, alors un petit moins quarante, même avec un beau soleil, ce n’est pas pour moi… Mais cela ne m’a pas empêché d’adorer Akago, Ma vie au Groenland de Nicolas Dubreuil. Lui, le monde polaire, il en rêve depuis qu’il est môme !

Il nous raconte la vie de ce petit village le plus reculé du Groenland, Kullorsuaq, à l’entrée de la baie de Melville où il vit maintenant 8 mois par an, dans une maison rafistolée de bric et de broc, qu’il a achetée autour d’un café, en moins de temps qu’il lui a fallu pour le boire.

Au Groenland, la terre n’est la propriété de personne. Une maison s’acquiert comme on achète un canapé.

Même si je savais que les Inuits ne vivaient plus dans les igloos, et que le Ski-Doo a remplacé en grande partie le traîneau, j’ai été surprise de découvrir à quel point, jeunes et vieux, sont rodés aux technologies les plus modernes. J’étais loin de deviner la place que prenaient la play station, FaceBook et le téléphone portable dans les foyers et beaucoup d’autres choses que je vous laisse découvrir… Tout m’a plu dans ce livre. Même le chapitre sur la partie de football m’a scotchée. Et vu le peu d’intérêt que j’ai pour ce sport, ce n’est pas rien…

Et ce pari fou d’emmener deux de ces meilleurs amis de Kullorsuaq à Paris ! Ces pages sont magnifiques et leurs réflexions devant la découverte de notre monde sont tellement surprenantes, belles et candides qu’elles ne pourront vous laisser indifférents.

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Nicolas Dubreuil nous fait partager également leur vision du réchauffement climatique, la manière dont ils abordent l’existence des gisements colossaux de pétrole présent dans les sous-sols du pays et ce qui est en jeu, pour les groenlandais, dans la possibilité ou non, de pouvoir l’extraire…  Et c’est loin d’être ce que nous occidentaux, nous imaginons.

Sans doute ai-je conservé une vision idéaliste, toujours en lune de miel avec cet univers qui n’est pas le mien, malgré vingt cinq ans de vie commune. D’ailleurs,  combien de Groenlandais rêvent en retour de notre monde, avec la même candeur que celle qui était la mienne à l’égard de leur pays à mes débuts ?

Ce livre fut un superbe voyage que je ne peux que vous recommander…

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4ième de couv :

Depuis plus de vingt ans, Nicolas Dubreuil passe chaque année près de huit mois dans le Grand Nord. Sa terre de prédilection: Kullorsuaq, le village le plus extrême du Groenland. Au fil de ses aventures, « Niko », comme l’appellent ses copains inuits, y a noué des liens uniques avec ces chasseurs d’ours, de phoque ou de narval. C’est là aussi qu’il a construit sa maison.
L’explorateur nous fait partager son quotidien aux côtés d’Ole, son meilleur ami à l’âme rêveuse, ou de Pita, un tueur d’ours à la dure qui n’hésite pas à faire dix jours de traîneau pour retrouver sa belle. Un univers chaleureux et déjanté, rythmé par des parties de foot endiablées ou des selfies sur Facebook, loin des clichés habituels sur ces peuples.
Réchauffement climatique, ruée vers le pétrole, jeunesse perdue… Aujourd’hui, Kullorsuaq se retrouve face à son destin. Entre situations désopilantes et vives inquiétudes, Nicolas Dubreuil raconte avec humour, à hauteur d’homme, ces bouleversements qui nous concernent tous.