Le grand jeu – Céline Minard –

On peut s’exercer à le percevoir, à le recevoir et à le représenter. On peut s’exercer à l’accueil. Une observation, une description, une représentation sont des actes d’accueil. 
Une attention non détournée à l’autre aurait-elle pour objet sa respiration à lui ? Sa simple présence ?
Il y a des occasions paradoxales pour la musique de sortir du temps. Des occasions paradoxales pour le mouvement de sortir de l’espace. Y auraient-ils des occasions paradoxales pour une relation humaine de sortir du jeu ? 

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Eurodance – Aurélien Bellanger –

J’ai été contrôlé deux fois, dans ma vie. Les deux fois autour du terminal. La police était polie, c’est une guerre de très basse intensité et j’étais de toute façon dans le bon camp. Mais il y avait là quelque chose de bizarre. Comme ces grandes clôtures blanches, ces murs végétalisés. C’était la guerre mais elle était jolie. C’était la guerre mais on avait fait en sorte que ça ne ressemble pas à la guerre. 
Jusque dans ces deux appellations, le tunnel et la jungle : l’ordre et le désordre, la civilisation et la sauvagerie.

Hortense – Jacques Expert –

Jacques Expert commence son récit sur la déposition du commissaire chargé de l’enquête de la disparition d’Hortense, une petite fille arrachée à sa mère par son père biologique et restée introuvable depuis 1993. L’histoire se passe en 2015. Puis, nous découvrons Sophie, la mère de la gamine, à la vie déchirée qui n’a eu de cesse depuis toutes ces années de retrouver sa fille… 

Voilà ce que je suis devenue. Rien. Même pas un fantôme. Un fantôme, on finit toujours par le voir. Moi je ne suis rien, depuis une éternité, et cela m’indiffère.

L’auteur va alterné, dans de courts chapitres assez denses, les dépositions, les points de vue de Sophie, d’Hortense, et ainsi de suite jusqu’au dénouement final, dont je ne vous dirais absolument rien ! 

Mon avis sera donc court car je n’ai aucune envie de vous priver du plaisir de lire ce livre. Une chose est sûre, si comme moi vous vous laissez embarquer, vous ne pourrez plus le lâcher… Et quand j’apprends en plus que l’auteur s’est inspiré d’un fait divers, je ne peux que m’interroger sur le destin de cette femme et me demander si sa fille restera – ou non – toute sa vie dans l’ignorance ? Si elles finiront un jour par être réunies ? Parfois la réalité dépasse la fiction…
C’était mon premier Jacques Expert. Ce ne sera pas le dernier ! 

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4ème de couv : 

1993 : Sophie Delalande est folle d’amour pour sa fille, Hortense, presque trois ans, qu’elle élève seule. Son ex-compagnon est un homme violent, auquel elle refuse le droit de visite. Un jour, il fait irruption chez elle et lui enlève Hortense.
2015 : Sophie mène une vie morne, solitaire. Un dimanche pluvieux, elle se fait bousculer par une jeune femme dans la rue. Persuadée qu’il s’agit d’Hortense, elle la suit. Sans rien lui dévoiler, elle sympathise avec elle. La relation qui se noue alors est pleine de mystères. Sophie ne serait-elle pas la proie d’un délire psychotique qui lui fait prendre cette inconnue pour sa fille ? Et cette jeune femme est-elle aussi innocente qu’elle le paraît ?
Une intrigue fascinante et haletante, inspirée d’un fait divers.


 

Eurodance – Aurélien Bellanger –

Le projet c’était décrire sur Calais pour le spectacle de sortie des étudiants du Théâtre national de Strasbourg. Sept ans de moins encore : ils sont tous nés autour de 1993.
Ils ont à peine connu la guerre en Yougoslavie, ni l’Amérique en tant qu’hyperpuissance.

Nous n’habitions pas dans le même monde, nous n’avions pas la même paix en partage. 

Je me souviens, par exemple, assez clairement de l’année 1989, et le concept de fin de l’histoire n’est pas, pour moi, une abstraction de philosophe. C’est quelque chose que j’ai vécu, avec quoi je vis probablement encore, une idée un peu bizarre, et presque obsessionnelle, celle de la paix dans le monde et de la fin de la politique. 

La forêt des araignées tristes – Colin Heine –

Les gens sont laids.
Agathe l’a vite compris et ne l’a jamais oublié.
Laid le rentier, qui sous des abords généreux troussait sa mère dans sa chambrette quand madame était sortie. Laids ses allusions aux affaires qui marchent mal et au prix exorbitant du personnel, surtout encombré d’une fillette et d’un garçonnet sans père. Laide la bague offerte à son épouse, parce que rien n’est trop beau pour elle, alors que les domestiques travaillent tous les jours de la semaine, avec une soirée de libre accordée avec hauteur. Laid leur sentiment de fierté quand, lorsqu’ils faisaient un peu moins trimer les petites mains de la maisonnée et leur menaient la vie un peu moins dure, lui et sa femme se drapaient de bonne conscience et dormaient du sommeil du juste dans des édredons à housses de soie ourlées de brocart.
(…)
Oui, les gens sont laids. Agathe le sait. Elle l’a vu. Elle n’a jamais oublié. Les convenances ne coûtent rien quand l’enjeu est nul ou presque. Mais face au pouvoir, celui de l’argent ou un autre, elles ne font pas le poids. 

La forêt des araignées tristes – Colin Heine –

Bastien est un aristocrate déconnecté des enjeux et des difficultés de la vie, qui passe l’essentiel de son temps à collecter et étudier les créatures naissant de la vape, que lui ramène Ernest, explorateur et aventurier, lors de ses expéditions. Sa vie va prendre un tournant radical, lorsqu’il va enquêter sur un accident qui a bien failli lui coûter la vie. Un peu naïf et assez désarmé face au monde qu’il va découvrir, il lui faudra compter sur l’aide d’Agathe, sa gouvernante au caractère bien trempé pour arriver à sortir vivant de cette aventure. 

 J’ai beaucoup apprécié la révolte des ouvriers, la répression qui  en découle et la fuite d’Angela, qui va venir se greffer au petit groupe que constitue Bastien, Agathe et Ernest. Cette différence entre le monde du haut et celui du bas booste le récit : 

Le lac, c’est sale et c’est tout noir, hein ? ça pue la vase et le poisson pourri ! On y jette ses ordures et on n’y pense plus ! Eh ben sachez une bonne chose, monseigneur de Corville : le lac, c’est aussi la vie de dizaines de milliers de crève-la-faim ! On y trouve des mendiants, des gavroches et des pulmonaires en fin de tout, mais tous ces gens y vivent ! C’est leur quotidien ! Qu’ils s’aventurent un peu trop haut sur les piliers, et ces messieurs de la police auront tôt fait de les renvoyer à leur cloaque. Alors qu’on me dise pas qu’il y a personne en bas. Il y a une vie sale, grouillante, dépérissante et qui se cramponne comme elle peut à l’existence, mais une vie quand même. Alors on va compter sur elle et ne pas se dire que ces pauvres gens ne servent à rien. Pour une fois qu’il se passe quelque chose près de leur misère, peut-être que quelqu’un aura un truc à dire !

Un premier roman et un auteur que j’ai eu plaisir à découvrir grâce à Babelio et aux éditions ActuSF. A noter : la superbe illustration de Dogan Oztel !

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4ème de couv :

Bastien est paléontologue : sa spécialité ? Étudier les créatures étranges qui naissent de la vape, ce mystérieux brouillard aux propriétés énergétiques extraordinaires qui a recouvert le monde et menace de l’engloutir un peu plus chaque jour. Tour à tour victime d’un dramatique accident en apparence banal duquel il réchappe de justesse et témoin d’un attentat, où sa survie ne tient à nouveau qu’à un fil, il voit son destin basculer.
Le voilà pris dans l’engrenage d’une affaire d’espionnage d’envergure internationale, sous les feux croisés d’une société secrète d’assassins, de brutes armées et d’une agence de détectives aux méthodes douteuses. Sans compter qu’une créature cauchemardesque, tout droit venue des Vaineterres, ces zones perdues dans un océan de vape, semble bien décidée à lui faire la peau…

La forêt des araignées tristes – Colin Heine –

Ils ne voyaient en elles qu’un instrument de torture qui leur suçait la moelle, ce qu’Angela pouvait en partie comprendre. Certains y ajoutaient l’idée que c’étaient les machines qui, loin de leur apporter la richesse comme l’affirmaient ceux qui les exploitaient, leur volaient leur sueur et leur sang pour grossir les coffres-forts des patrons.
Cela ne devait, cela ne pouvait pas durer. Et si protester ne suffisait pas, si seuls les coups et les balles de la police répondaient à leur soif d’un peu de bien-être, alors il était vain de demander, de supplier ou de menacer. Il fallait prendre le mal à la racine et détruire ce par quoi on les enchaînait.

Les Royaumes du Nord – Philip Pullman –

Cette ville qui flottait au-dessus d’elle, vide et silencieuse, semblait née à l’instant, attendant qu’on l’habite ; ou peut-être était -elle endormie et attendait-elle qu’on la réveille. Le soleil de cet autre monde éclairait celui-ci, couvrant d’or les mains de Lyra. Il faisait fondre la glace sur la capuche en poil de loup de Roger, dont la peau claire des joues paraissait transparente, et faisait scintiller ses yeux ouverts et aveugles.

le premier jour du hanami… – Antoine Dole –


Je suis arrivé la veille du premier jour du hanami, pour l’éclosion des fleurs de cerisiers. Je logeai à côté du Ueno Park, le poumon vert de Tokyo. Une fois à l’intérieur, la ville est oubliée, les arbres forment un écrin jalonné de temples. L’atmosphère est différente, les gens sont différents. Pour hanami, ils s’installent dès 5 heures du matin et quand les pétales éclatent, une masse rose envahit tout. Vsuellement, émotionnellement… Le spectacle est total ! Je me trouvais dans un pays dont je ne comprenais absolument rien de la langue, moi qui suis si sensible aux mots ; j’ai pourtant ressenti une émotion immense, en communion totale avec ceux qui m’entouraient.