Les Fourmis – Bernard Weber –

Les Fourmis - Bernard Weber -En Afrique, on pleure la mort d’un vieillard plus que la mort d’un nouveau-né. Le vieillard constituait une masse d’expériences qui pouvait profiter au reste de la tribu alors que le nouveau-né, n’ayant pas vécu, n’arrive même pas à avoir conscience de sa mort. En Europe, on pleure le nouveau-né car on se dit qu’il aurait sûrement pu faire des choses fabuleuses s’il avait vécu. On porte par contre peu d’attention à la mort d’un vieillard. De toute façon il avait déjà profité de la vie.

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FUTU.RE – Dimitri Glukhovsky –

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Voici un roman de SF qui a su posé son univers : un FUTU.RE où la quasi-totalité de l’humanité est devenue immortelle. Le prix à payer : faire le deuil des enfants à naître ou offrir sa propre vie en échange de celle de sa descendance. Le choix est cornélien et certains essaient de se soustraire à cette obligation. La traque commence alors… C’est là que Jan, alias 717, intervient.

Les hommes du rang sont rarement gâtés. Mais essayez donc de trouver un autre boulot qui donne du sens à votre vie. Parce que dans une vie éternelle, le sens fait sacrément défaut. Sur cette terre, un trillion d’individus jouent des coudes dans le petit bain de l’éternité et, dans leur grande majorité, ils ne peuvent se vanter de faire quelque chose d’utile : tout l’utile a été fait il y a pas loin de trois siècles. En revanche, ce que nous faisons sera toujours d’actualité. Non, on ne démissionne pas d’un poste comme ça. Personne ne nous laisserait partir, de toute manière.

Je ne vous en dirais pas plus afin de ne pas vous ôter le plaisir de découvrir cette histoire bien ficelée, somme toute un scénario assez réaliste de ce qui pourrait se produire face à l’immortalité des hommes et  la question cruciale qui en découle : celle de la surpopulation. Comme aujourd’hui : tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit ; en pratique, c’est une autre histoire…

Moi aussi j’aurais dû naître fainéant, insouciant, dans ce jardin paradisiaque, tenir les rayons du soleil pour acquis, ne pas voir les murs ni en être effrayé, vivre libre, respirer à pleins poumons ! Et au lieu de ça…
J’ai commis une seule et unique erreur je suis sorti du ventre de la mauvaise mère et maintenant je le paye toute mon interminable vie.

imagesMais cela ne s’arrête pas là : Dimitry Glukovsky développe une réflexion pointue et pertinente sur cette société FUTU.RE qui n’est, au final, pas si loin de nous et de ce qui pourrait advenir dans un avenir guère si lointain…

Seul petit bémol, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer vraiment dans le récit. J’ai trouvé quelques longueurs et c’est l’intérêt que je portais au sort de Jan et au fonctionnement de cette société que je découvrais au fur et à mesure, qui m’a fait ne pas l’abandonner. Et je ne le regrette pas, car passer les 200 premières pages, je ne l’ai plus lâché…

Nous avons besoin de la mort ! Nous ne devons pas vivre éternellement ! Nous sommes trop bêtes pour l’éternité. Trop égoïstes. Trop présomptueux. Nous ne sommes pas prêts à vivre sans fin. Nous avons besoin de la mort, Jacob. Nous ne savons pas vivre sans.

¤ ¤ ¤
4ième de couv :

L’action de FUTU.RE se déroule dans un avenir lointain où l’humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir d’une forme d’immortalité.L’Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s’entasse une population qui avoisine le trillion de personnes, fait figure d’utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée.La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite procréer doit déclarer la grossesse à l’État et désigner le parent qui recevra l’injection d’un accélérateur métabolique destiné à provoquer son décès à plus ou moins brève échéance.Une mort pour une vie, c’est le prix de l’État providence européen.La Phalange, entité paramilitaire à l’existence et aux méthodes controversées, veille au strict respect de la loi. Matricule 717, le protagoniste principal du roman, est un homme du rang. Mais sa vie miteuse va basculer le jour où un sénateur lui propose d’éliminer en sous-main un activiste de l’opposition. Brillant, trash et émouvant !

 

 

La confession – Lhasa de Sela –

Je n’ai pas peur
De dire que je t’ai trahi
Par pure paresse
Par pure mélancolie
Qu’entre toi
Et le Diable
J’ai choisi le plus
Confortable
Mais tout cela
N’est pas pourquoi
Je me sens coupable
Mon cher ami

Je n’ai pas peur de dire
Que tu me fais peur
Avec ton espoir
Et ton grand sens
De l’honneur
Tu me donnes envie
De tout détruire
De t’arracher
Le beau sourire
Et même ça
N’est pas pourquoi
Je me sens coupable
C’est ça le pire

Car je ne pensais pas qu’une autre puisse m’émouvoir, avec ses mots et qu’Ibrahim Maalouf a un souffle d’or :

Et parce que je m’en voudrais de ne pas vous faire découvrir sa voix, si vous ne la connaissez pas. Elle manque.

Histoire d’une vie – Aharon Appelfeld – 2

Histoire d’une vie - Aharon Appelfeld -

Pourtant il me fallut des années pour me libérer des érudits, de leur tutelle, de leur sourire supérieur, et revenir à mes amis fidèles qui savaient qu’un homme n’est rien d’autre qu’une pelote de faiblesses et de peurs. Il ne faut pas en rajouter. S’ils ont le mot juste, ils vous le tendent comme une tranche de pain en temps de guerre, et s’ils ne l’ont pas, ils restent assis près de vous et se taisent.

Soyons aussi intelligents que la nature ! – Gunter Pauli –

51hTYn0GzmL._SX195_Il y a plusieurs façons d’aborder l’épuisement en ressources de notre planète, notre mode de consommation, de production sans fin et l’avenir que tout cela nous réserve.

Certaines sont assez radicales :

Micro-trottoir n°1 : « La civilisation a toujours été vecteur de progrès et la nature a toujours su se débrouiller pour rebondir et arranger les choses : le réchauffement climatique, le problème de l’eau, de la pollution, de l’épuisement des ressources, ce n’est que du baratin, un énorme Hoax lancé par une poignée d’agitateurs à l’échelle de l’humanité, l’avenir leur donnera tort ! Et moi, j’en ai rien à cirer, tant que j’ai mon iphone dans ma poche et mon Nutella sur mes tartines ! »

Micro-trottoir n°2 : « C’est terrible, le monde est pourri ! Ce sont les politiques qui ne font pas leur boulot, trop occupés à faire le jeu du monde de la Finance pour en récupérer les miettes (des grosses miettes, entendons-nous bien !) ; ils en ont rien à foutre de nous ! Tu penses : la nourriture de merde, l’eau polluée et les cages à lapin, c’est pas pour eux. Faut tout foutre en l’air et tout faire péter. Il nous faut une bonne révolution. Faire table rase de tous ces blaireaux et repartir à zéro ! »

Il y a aussi les bras qui tombent et les forfaits avant combat :

Micro-trottoir n°3 : « Bah, bien sûr qu’on va tous crever ! Ce n’est pas pour rien que les pleins de tunes construisent des fusées pour se barrer de ce monde de merde ! Mais que veux-tu qu’on y fasse ? Que veux-tu que j’y fasse moi ?! Avec mon salaire qui me permet tout juste le nécessaire et les rêves qui vont avec ! Après moi le déluge ! Tant pis ! Je préfère tenir que courir et profitez de la vie tant qu’il est encore temps… »

Et il y a ceux qui ont déjà touché le fond et qui n’ont pas d’autre choix que d’agir ou crever ! Ceux-là ont inventé des solutions avec les moyens du bord, en observant et imitant ce qui marche dans la nature : des solutions de « pauvres » qui ont permis de nourrir des populations, reboiser des territoires, penser autrement l’agriculture pour changer les pénuries en moissons foisonnantes, valoriser les déchets au lieu de les laisser empoisonner leurs eaux et leurs terres, exploiter ce qu’ils ont, au lieu de payer un bras pour ce qu’ils n’ont pas…

index

Ce sont toutes ces initiatives jugées un peu folles au départ, mais payantes et tout à fait réalisables (puisque réalisées) que Gunter Pauli nous présente dans son livre, qu’il synthétise en 12 tendances révolutionnaires pour sauver notre consommation… et notre planète. Je vous laisse les découvrir… Son approche est claire et constructive et son enthousiasme communicatif, même s’il n’en reste pas moins lucide :

Le défi consiste à faire renoncer les personnes qui contrôlent le système de production actuel ! Et la question est de savoir s’ils accepteront de considérer que la résilience doit être l’objectif principal de tout système économique sain.

Le voilà, le nœud du problème ! Personnellement, je pense que convaincre les cadors de la Finance que « détruire la nature, c’est pas bien », que « se tenir debout sur une montagne de fric, c’est pas socialement correct », que « le partage est la clef d’une vie sereine et paisible pour l’humanité », et que « les bisounours existent en vrai, si, si, je vous assure… » c’est comme « pisser dans un violon ». Bon. Je n’en rajoute pas plus, je pense que vous avez saisi l’idée.

Par nature, l’environnement créé une abondance. Pourtant, nous choisissons de ne pas voir ni exploiter cette abondance. Nous rendons les choses « simples » et « efficaces », et nous créons la pénurie – car il s’agit en fait du meilleur moyen pour faire davantage de profits.

Peut-être arriverons-nous à faire pencher la balance de notre côté en ne respectant plus les règles du marché qu’ils nous imposent ? Je dis bien, peut-être…

Gunter Pauli développe quelques pistes ; J’en ai ajouté quelques-autres :

– essayer de consommer autrement, chacun à hauteur de ses moyens ;
– recréer une économie locale ;
– privilégier le rapport qualité-prix tant qu’on le peut ;
– faire le deuil de tous ces produits dont nous n’avons absolument pas besoin, mais dont on nous conditionne à avoir une énooorrrrmmme envie… ;
– arrêter, pour certains, de trouver cela normal de mettre 1000 euros dans le dernier smartphone tous les ans et faire un scandale à l’idée de payer le juste prix du kilo de fruits, légumes, … au paysan du coin qui les cultive sans (ou sans trop) de chimie et lui préférer la grande surface à 20 km qui va vous en vendre 2 pour le prix d’un ! :
– Essayer de donner son temps, son argent, son énergie à ce (ceux) qui en vaut la peine…

Peut-être qu’à force, cela pourrait devenir de plus en plus facile et réalisable ?!

Ces 12 tendances sont basées sur des expériences pratiques et des centaines de projets mis en œuvre. Il ne s’agit pas de prévisions statistiques, mais de vagues de plus en plus grosses poussées par des courants sous-jacents (profondément ancrés dans nos sociétés et nos économies, partout dans le monde), par lesquels de plus en plus de gens sont prêts à « tourner le dos » au modèle qui ne les a pas satisfaits. La puissance de ces vagues émergentes garantit une transformation plus rapide et plus profonde que tout ce que nous pouvions considérer comme viable.

Merci aux éditions de l’Observatoire et à Babelio pour l’envoi de ce livre passionnant et utile.

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4ième de couv :

Pénuries annoncées, pollution, malnutrition… Avons-nous vraiment bénéficié des supposées avancées technologiques ? Pour Gunter Pauli, il est temps de révolutionner notre consommation et nos moyens de production. Son business model ? La nature ! Nous avons fait l’erreur de vouloir supplanter la nature, persuadés d’être capables de l’augmenter. Résultat, nous avons épuisé notre planète. Pour Gunter Pauli, le « Steve Jobs du développement durable », créateur du concept d’« économie bleue », ces dégâts peuvent être réparés. La solution est simple : il nous faut repenser notre système de production agricole, voué à l’échec, en observant les phénomènes naturels et en imitant leur fonctionnement, à grande échelle, afin de mieux cultiver et consommer ce que notre planète produit déjà. C’est possible, et sans même sacrifier notre confort ! Décryptant 12 tendances illustrées par des cas concrets qui ont fait leur preuve aux quatre coins de la planète, Gunter Pauli annonce une véritable révolution planétaire : meilleures conditions de vie, dynamisme économique local, autosuffisance nationale, diversification de la faune et la flore… Une chance pour chacun d’entre nous !

Histoire d’une vie – Aharon Appelfeld – 1

Histoire d’une vie - Aharon Appelfeld -Avec le temps j’appris qu’ils [les érudits] n’étaient pas capables d’être des amis. Ils étaient trop occupés d’eux-mêmes, de leur apparence, du polissage de leurs paroles, pour donner quelque chose à leur prochain. Ils s’appuieraient toujours sur les grands et les bons, et de cette hauteur imaginaire ils jetteraient toujours sur les autres un regard stérilisant.

La Horde du Contrevent – Alain Damasio –

02_SmgtAu_WvTZQ5u9cxkkUGfvoVous croyez quoi ? Qu’on va gagner un an en se baladant ? En se baquant dans des lagunes ? On va en chier comme jamais ! On sera des sacs d’eau moisis, à crever de froid, à dormir sur des tas de cailloux boulottés à la vague. Rien qui sèche, tout qui pue, on attendra le soleil comme on prie ! Et ça pleuvra sur tout, ça vous coulera dans le calbut, ça vous trouera votre cul chaud !

Pendant trois mois ! Et vous n’oserez même plus chialer de peur de rajouter de la flotte à la flotte. Ça s’appelle la flaque de Lapsane, bande de traîne-chariots ! Et vous me parlez de confort ? La flaque, mon père m’en parlait quand j’avais trois putains d’années ! L’aqual, il me faisait ! Dans ma lignée, on connaît chaque putain d’arpent de cette putain de terre plate ! Personne ici n’a jamais nagé plus d’une heure d’affilée. On n’a pas de bras, on sait pas respirer dans l’eau et il faudrait encore traîner dans les vagues un radeau caffi de bijoux, de lettres à la con et de bouquins ?

La douleur porte un costume de plumes – Max Porter –

La douleur porte un costume de plumes - Max Porter -On me parlait de mécanismes de défense et d’enfance normale et de temps. Beaucoup de gens disaient : « vous avez besoin de temps », alors que nous avions besoin de lessive, de shampooing anti-poux , de vignettes, de football, de piles, d’arcs, de flèches.
On me parlait de charge de travail raisonnable et de période de guérison et d’obsessions saines. Beaucoup de gens disaient : « Vous avez besoin de temps », alors que j’avais besoin de Shakespeare, d’Ibn’Arabi, de Chostakovitch.

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Lecture par l’auteur :