Personne n’a peur des gens qui sourient – Véronique Ovaldé –

On nous répète tellement de fois que le temps joue en notre faveur quand nous vivons un deuil où une rupture brutale, eh bien, sachez qu’il y a des gens pour lesquels le deuil est infini et que s’ils choisissent de rester en vie, c’est qu’ils ont la responsabilité de quelqu’un, d’un enfant en général, mais que franchement si ce n’était pas le cas, si leur absence définitive n’allait peser que très légèrement sur les épaules de quelqu’un, si on leur laissait le choix, ils déclareraient forfait, se pendraient au fond du jardin ou passeraient toute la nuit dehors avec deux bouteilles de vodka sous le coude puis dans l’estomac alors qu’il fait moins quinze.

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L’enfer, c’est le passé – Tristan Garcia –

L’enfer, c’est le passé. Il n’y a pas de jugement dernier, pas de résurrection. La vie est finie, point barre. L’enfer, c’est ça. Si mon livre est hanté par le pouvoir, il l’est aussi par la cruauté du progrès. Rendre la vie meilleure, c’est rendre plus tragique la vie de ceux qui n’en ont pas bénéficié. Car l’Histoire est irréversible. 

Âmes. Histoire de la souffrance ! – Tristan Garcia –

Cosmos – Michel Onfray –

Le livre n’est grand que lorsqu’il apprend à se passer de lui, à lever la tête, à sortir le nez du volume pour regarder le détail du monde qui n’attend que notre souci.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire ce que vous avez à faire. Je pourrais éventuellement lâcher à mi-mots « Lisez Cosmos ! » avec ce sourire entendu, un brin crétin parfois, de celle qui se la joue, entre initiée et novice. Je pourrais. Mais je préfère vous confier mes impressions sur cette lecture singulière. 

Cosmos - Michel Onfray - Michel Onfray nous propose une invitation au sublime résultant de la tension avec le souci et l’attention au spectacle du monde concret et la petitesse de notre conscience aiguisée, sachant qu’elle n’est pas grand-chose, mais qu’elle peut beaucoup.

Il commence par nous faire ressentir cet écart qui existe maintenant entre ce qu’il appelle le temps virgilien, celui de la nature, des saisons …, celui de son père. Un temps où l’homme vivait en harmonie avec le monde, au même diapason, sans heurts et précipitations, sans cette idée récurrente que nous avons tous maintenant de gagner ou de perdre du temps, « son » temps…

Ignorer les cycles de la nature, ne pas connaître les mouvements des saisons et ne vivre que dans le béton et le bitume des villes, l’acier et le verre, n’avoir jamais vu un pré, un champ, un sous-bois, une forêt, un taillis, une vigne, un herbage, une rivière, c’est vivre déjà dans le caveau du ciment qui accueillera un jour un corps qui n’aura rien connu du monde.

Cette force vive, à laquelle nous tentons de nous arracher ou faisons « comme si » nous n’y étions pas reliée, nous détermine et finit toujours par nous soumettre, que ce soit simplement en sonnant la fin de nos existences. Homme ou Animal, nous y sommes tous soumis. Il n’y a pas de différence de nature entre l’homme et l’animal mais une différence de degré. Ce cosmos, d’où nous sommes issus et dans lequel nous vivons et interagissons, peut être la clef d’une sagesse retrouvée, hors de toutes les interprétations religieuses ; l’occasion d’un discours sur le monde, enfin concret et cohérent avec notre nature profonde…

Ce que j’ai eu énormément plaisir à lire : 

– les très belles pages sur son père ; 
– cette découverte de la culture tzigane ; 
– l’incroyable expérience de Michel Siffre, ce géologue, exilé volontaire sous la terre pendant deux mois ; 
– toutes ses réflexions sur l’animal, comme alter ego, sur le véganisme et le végétarisme ; 
– son analyse du Land Art…

Sans compter tout ce que j’oublie…

J’ai eu plus de mal avec son analyse des Haïkus. Un brin longuet à mon goût, mais cela reste très subjectif. 

En un mot, j’ai vraiment apprécier ce livre, qui nous ouvre à d’autres horizons, tout en nous ramenant constamment à ce que nous sommes. Je compte bien lire Décadence, même s’il me tente un peu moins. 

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4ème de couv : 

Cosmos est le premier volume d’une trilogie intitulée « Brève encyclopédie du monde ». Il présente une philosophie de la nature. Il sera suivi de « Décadence », qui traitera de l’histoire, puis de « Sagesse », consacré à la question de l’éthique et du bonheur. « Trop de livres se proposent de faire l’économie du monde tout en prétendant nous le décrire. Cet oubli nihiliste du cosmos me semble plus peser que l’oubli de l’être. Les monothéismes ont voulu célébrer un livre qui prétendait dire la totalité du monde. Pour ce faire ils ont écarté des livres qui disaient le monde autrement qu’eux. Une immense bibliothèque s’est installée entre les hommes et le cosmos, et la nature, et le réel ». Tel est le point de départ de ce livre, dans lequel Michel Onfray nous propose de renouer avec une méditation philosophique en prise directe avec le cosmos. Contempler le monde, ressaisir les intuitions fondatrices du temps, de la vie, de la nature, comprendre ses mystères et les leçons qu’elle nous livre. Tel est l’ambition de ce livre très personnel, qui renoue avec l’idéal grec et païen d’une sagesse humaine en harmonie avec le monde.

Interview Céline Minard 2 – Lire février 2019

Interview Céline Minard 1 – Lire février 2019 –

L’amie prodigieuse, tome 1 – Elena Ferrante –

Les âmes englouties – Susanne Jansson –

L’histoire commence simplement : Nathalie Ström, revient sur ses terres natales pour finaliser sa thèse en biologie. Elle loge dans une petite maison, près d’un vieux manoir. Elle fait rapidement la connaissance d’un étudiant en art qu’elle va mettre à contribution pour effectuer toute une série de mesures scientifiques dans la tourbière. Jusqu’au jour où elle le sauve d’une mort certaine…

Une enquête est menée par un policier pas vraiment motivé ; la photographe sous contrat aux affaires criminelles, Maya, est bien plus décidée à faire éclore la vérité… Car, peu à peu, les cadavres remontent à la surface, si j’ose dire, sortent les uns après les autres de la tourbe. Et pourtant, rien n’indique qui pourrait en être responsable. La tourbière a tout englouti, les preuves comme les corps et que dire des âmes ? C’est là tout le nœud et l’intérêt de ce récit…

Les tourbières sacrificielles avaient la réputation d’être à la fois dangereuses et sacrées. Un lieu à craindre et à vénérer en même temps.

Devant ces événements, le passé de Nathalie prend peu à peu sens. Elle qui ne s’est jamais vraiment confiée ni libérée de son histoire, se rend compte qu’elle va devoir affronter toutes ces choses et que tout cela est peut-être lié…

Susanne Jansson installe dès les premières pages une ambiance assez fantasmagorique… Les paysages de tourbières, les personnages assez froids et distants, suspicieux souvent, prennent corps sous sa plume. On a vraiment l’impression de se frayer un chemin dans les tourbières avec l’angoisse d’être happée par cette terre mouvante en cas de faux pas… 
A découvrir !  

Je remercie les éditions Presses  de la Cité pour l’envoi de ce livre sans oublier Babelio et ses opérations masse critique.

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4ème de couv : 

Surgie des tourbières scandinaves, une nouvelle voix du polar nordique

Pour travailler à sa thèse de biologie, Nathalie retourne vivre dans sa région natale, au coeur d’une Suède humide et reculée. Dans la petite maison qu’elle habite en forêt, elle se laisse rappeler à son enfance douloureuse, à l’époque où la disparition de la jeune Tracy avait inauguré une succession de drames. Un jour, un cadavre est retrouvé dans la tourbière. Dix années auparavant, déjà, une jeune fille momifiée avait été découverte au même endroit. Bientôt, de nouveaux cadavres affleurent. Alors que la police se met en quête d’un serial killer, Göran, ancien 
professeur de physique, est convaincu que l’endroit est peuplé de revenants. Cette théorie intrigue aussi Maya, photographe judiciaire. Les trajectoires de Nathalie et de ces deux enquêteurs de l’ombre vont se mêler… et de nombreux secrets seront déterrés. 

Angoissant et précis, un thriller atmosphérique à la rare puissance suggestive, qui conjugue tentations surnaturelles, croyances populaires, explications scientifiques et fines analyses psychologiques.

Hortense – Jacques Expert –

Cette femme sans âge, c’est moi, transparente, anonyme.
Voilà ce que je suis devenue. Rien.
Même pas un fantôme. Un fantôme, on finit toujours par le voir. Moi, je ne suis rien, depuis une éternité, et cela m’indiffère. Mieux, cela me convient tout à fait. 

Les passeurs de livres de Daraya – Delphine Minoui –

C’est une salle d’école aux fenêtres dépecées. Carcasses de pupitres et squelettes de chaises en ferraille s’y disputent le plancher. Au fond, un tableau noir sur lequel Abou Malek al-Chami a fait glisser sa craie de droite à gauche. Je déchiffre sa prose rédigée en arabe : « Avant, on blaguait en disant : pourvu que l’école s’effondre. Et elle s’est effondrée ». L’autodérision, cet autre produit de protection. Mon regard pivote un peu plus vers la gauche, où l’illustration se poursuit : elle représente un garçon en haillons, pieds nus et sac à dos, qui écrit « Daraya » en lettre rouge sang.